Le prince Albert II a rendu visite à l'explorateur Jean Malaurie pour célébrer ses 100 ans

Le souverain a effectué une visite privée à Dieppe juste avant Noël pour échanger avec l’explorateur qui l’avait aidé dans sa propre mission au Pôle Nord. Un personnage "exceptionnel" selon le souverain.

Thomas MICHEL Publié le 28/12/2022 à 11:57, mis à jour le 28/12/2022 à 10:58
Jean Malaurie et le prince Albert II, le 22 décembre dernier à Dieppe (Normandie). Collection Jean Malaurie

Le prince Albert II s’est rendu à Dieppe (Seine-Maritime) en toute discrétion, le jeudi 22 décembre, pour célébrer les 100 ans de son ami Jean Malaurie, figure emblématique de l’exploration polaire. Quelques clichés de cette visite privée entre le Prince et l’explorateur, géographe et ethno-historien, ont été publiés dans les médias locaux.

Les Informations Dieppoises relatent qu’une quinzaine de personnes étaient présentes à l’anniversaire de celui que les Inuits appellent "L’homme qui parle avec les pierres". "Ses enfants Guillaume, journaliste, et Eleanor qui vit en Angleterre. Mais aussi des auteurs de la collection Terre humaine, qu’il a créée aux éditions Plon." Celui dont un Institut de recherche a été baptisé de son nom à Saint-Petersbourg a reçu "de nombreux messages de sympathie et d’amitié venant du Cercle polaire : le Canada, la Russie et le Groenland". Une vidéo de jeunes du village d’Uummannaq (Groenland) entonnant un chant traditionnel inuit lui est également parvenue.

"Le Prince Albert m’a téléphoné au lendemain du décès du prince Rainier"

Le bi-hebdomadaire rappelle que le souverain n’en était pas à sa première visite dans la cité de Jehan Ango, citant les propos de Jean Malaurie dans ses colonnes en 2009. "Au lendemain du décès du prince Rainier, en 2005, le prince Albert de Monaco m’a téléphoné. Il s’est dit très intéressé par mon travail et il souhaitait me rencontrer. Il est très attaché aux questions de l’environnement et souhaite œuvrer pour cette cause et laisser des traces dans la tradition d’Albert Ier qui était chef d’expédition et qu’il admire."

Dans son livre paru cet été L’Homme et les Océans, le souverain rendait d’ailleurs hommage à "un personnage exceptionnel" avec qui il avait eu de longues conversations pour préparer son expédition au Pôle Nord, en 2006. "Illuminé" par la littérature de Claude Lévi-Strauss, Jean Malaurie a étudié au Lycée Henri-IV, où il préparait l’entrée à l’École Normale Supérieure lorsqu’il est entré dans la Résistance. Sa rencontre avec le peuple inuit et des chamans bouleverse son rapport à la vie. Formé à la pensée animiste, il trouve des réponses au sens de la vie dans le taoïsme, "un champ de connaissance du monde sacré".

Son credo : "On est entre la vie et la mort, il faut savoir ce qu’on veut faire de sa vie".

Grand admirateur du prince Albert Ier

Ces dernières années, le Prince a dès que possible rendu visite à son ami pour disserter autour d’un constat commun : la Nature déteste le désordre.

Lors d’un échange amical en novembre 2019, Jean Malaurie, grand admirateur du prince Albert Ier, avait ainsi émis le souhait de léguer ses collections à la Principauté de Monaco. Le 19 novembre 2022, à Dieppe, un acte de donation était ainsi signé entre Jean Malaurie et l’Institut océanographique. Le fonds se compose de près de 500 objets (archives personnelles, médailles, décorations…), 200 heures d’enregistrements, près de 5 000 photographies (tirages et diapositives) et du traîneau de Sir Wally Herbert (1934-2007), premier conquérant du Pôle Nord géographique. Une partie de cette Collection a été exposée dès le printemps dernier au Musée océanographique au cours de l’exposition Mission Polaire.

Un esprit en osmose avec la Nature

"Mes années d’enseignement m’ont appris que la géographie est raciste, puisqu’elle ignore les sociétés indigènes, et les relègue au musée de l’Homme, comme si elles n’avaient pas de pensée et de savoir propre. Le Musée de l’Homme est conçu comme un cimetière des peuples." Chronique dans Le Parisien, en 2015

"J’ai été très choqué, dans ces classes de réflexion générale, par la volonté de nous faire réfléchir seulement autour de penseurs occidentaux, Hegel, Kant, Spinoza, Pascal, Descartes. Mais il est clair que quand on ouvre un atlas, le monde est plus vaste : il y a l’Afrique, il y a l’Asie, il y a le bouddhisme, etc. Je sentais que, quelque part, les dés étaient pipés [...] J’ai donc choisi la géographie physique parce qu’elle vous ouvre tous les horizons."
Au micro de l’émission For Intérieur (France Culture), novembre 1999

"Les peuples viennent dans une nature organisée qui finira par les supprimer s’ils ne la respectent pas. La Nature a commencé sans l’homme et peut très bien finir sans lui… Pour eux (les Inuits), se couper de l’Arctique, c’est mourir. Et en plus, ils voient où nous allons, comment nous y allons, et refusent de nous suivre !" Revue Ballast, juin 2016

"Le mot explorateur donne le sentiment d’un parcours un peu fou à la recherche de je ne sais quel point nouveau, alors que ma vie était organisée avec une prescience primitive. Cette prescience relève de gênes primitifs. C’est les Inuits qui l’ont découvert, j’avais 27 ans et je ne savais pas qui j’étais. J’avais été géographe-physicien des expéditions de Paul-Emile Victor, je suis un spécialiste des pierres, et j’avais découvert que les sciences dures sont dictatoriales. Parce qu’elles manient des chiffres, elles croient détenir la vérité. Je suis dans un domaine complexe, qui s’appelle les sciences de la nature, elles n’ont pas une vérité expérimentale, mais leur propre vie, leur propre réalité. C’est ce qui fait que lentement je suis devenu adepte d’une discipline d’esprit que l’on n’enseigne pas à la Sorbonne." Au micro de France Inter, juin 2018

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