Le chef du Pavyllon Monte Carlo, Yannick Alléno, s’engage corps et âme au nom de son fils

Le chef du Pavyllon Monte-Carlo est revenu ce dimanche dans le JDD sur le décès de son fils, fauché par un chauffard. Dans un récit poignant, il annonce se lancer dans le combat d’une vie.

Thomas MICHEL Publié le 18/09/2022 à 18:45, mis à jour le 18/09/2022 à 18:45
Le chef Yannick Alléno s’engage dans le combat d’une vie au nom de son fils. (Photo Sébastien Botella)

Le 8 mai dernier, Antoine Alléno, fils cadet du chef triplement étoilé Yannick Alléno, était fauché en pleine nuit à Paris par un délinquant notoire, ivre et sans permis au volant d’une voiture volée.

Décédé sur le coup, Antoine Alléno n’avait que 24 ans et la vie devant lui. Sa compagne Anissa, blessée ce jour-là, va mieux depuis. Hier, Yannick Alléno, son ex-épouse Isabelle et leur fils aîné Thomas, ont accordé un long entretien au JDD et témoignent "de la douleur dans la douleur".

De l’accueil "glauque" à l’hôpital la nuit de l’accident à l’institut médico-légal "sordide" où Yannick Alléno a vu son "môme derrière une vitre", en passant par d’innombrables broutilles administratives pourtant si violentes. "C’est un détail mais j’ai reçu une facture de 19 euros: le prix de notre transport de nuit en ambulance jusqu’à l’hosto!", révèle au JDD le père meurtri. Un récit poignant dont est née une inaltérable volonté d’agir. "Ce serait faire insulte à Antoine de rester les bras croisés."

"Épargner à d’autres ce que nous avons vécu"

Car les autres, ceux qui n’ont jamais été confrontés à tel drame, mais le seront peut-être un jour, oublient vite selon Isabelle, la maman d’Antoine. "La violence de perdre un enfant, ça fait deux lignes dans le journal oubliées le lendemain alors que toute une famille est blessée. Ça se passe tous les jours, mais tant qu’on n’y est pas confronté, on ne l’imagine pas."

"Quand ça vous arrive, un drame pareil, vous découvrez un monde hallucinant (...) une déshumanisation difficile à vivre", poursuit le chef du Pavyllon Monte-Carlo, depuis aidé dans la création de l’association Antoine Alléno (lire ci-dessus), créée "pour épargner à d’autres ce que nous avons vécu".

 

"Je passerai le reste de ma vie à me battre pour une peine juste", assure Yannick Alléno à l’évocation de la réponse judiciaire à donner au chauffard mis en examen pour homicide et blessures volontaires aggravées, aujourd’hui en détention provisoire.

"C’est un crime. On a tué notre enfant"

"Je m’interdis de penser à lui, de prononcer son nom", admet la maman d’Antoine. Son frère aîné, Thomas, rappelant que sa famille a déjà été condamnée contrairement à l’auteur des faits et, désormais, s’inscrit dans une résilience active. Pour elle, et pour les autres. "Nous, on a pris perpète. C’est la différence. Maintenant, il faut vivre avec et transformer ça."

Agir pour faire entendre et comprendre que la mort d’Antoine n’avait rien d’une fatalité. "Je ne suis pas sûr que j’ai envie de considérer ce qui s’est passé le 8 mai comme un accident, tranche Yannick Alléno. Pour moi, c’est un crime. On a tué notre enfant."

Durant le confinement, Antoine Alléno avait nourri puis lancé l’idée de son premier restaurant dans le 7e arrondissement de Paris: Burger & Fils. Sa compagne, Anissa, en est devenue la cheffe et tout le personnel est resté.

 

"Donnez-moi le drapeau je m’en occupe", a-t-elle dit à Yannick Alléno. "Il était très fier de notre nom mais ne l’a jamais utilisé comme un passe-droit, rappelle son frère, Thomas. Au contraire, il voulait exister et être reconnu par son prénom. Il a toujours été dans le don de lui-même."

"Elle est née de ce besoin d’être soudés", résume Yannick Alléno au moment d’expliquer le but de l’association Antoine Alléno: "offrir aux familles un soutien moral, psychologique, financier". "Il faut fournir un accompagnement dans le deuil. Peu importe le statut social ou la religion… Vous avez perdu un enfant, on doit prendre soin de vous", estime le chef du Pavyllon Monte-Carlo, dont l’engagement ne se résume pas aux accidents routiers. "Nous concentrerons notre action sur les victimes de faits de violence de moins de 25 ans ainsi que leurs proches", précise son ex-épouse, Isabelle.

"On ne veut pas de subventions de l’État: nous voulons rester libres", avance la famille d’Antoine Alléno, qui est à la recherche de dons bien entendu. "Le projet est encore en construction mais nous voulons que l’association soit puissante pour avoir les moyens d’agir." En cela, des fonds ont déjà été levés au cœur de l’été, notamment grâce à un dîner caritatif pour des amateurs de vin à Monaco. Yannick Alléno veut aussi mettre à profit son expérience avec Alain Ducasse et la création il y a dix ans du Collège culinaire de France pour soutenir les petits producteurs. "Nous avons donc créé un ‘‘collège’’ qui pourra apporter une réflexion citoyenne aux pouvoirs publics et porter des propositions."

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