"J’ai trouvé Benoît XVI très courageux et lucide", confie le prince Albert II

Le pape émérite sera inhumé ce jeudi midi dans les grottes du Vatican après une cérémonie présidée par le pape François à laquelle le prince Albert II n’assistera pas. Le souverain témoigne.

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Thomas MICHEL et Cédric Verany Publié le 05/01/2023 à 09:30, mis à jour le 05/01/2023 à 09:47
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Le Prince et son épouse lors d’un colloque privé avec le pape Benoît XVI en 2013. Photo Eric Mathon/Palais princier

Exposée à la basilique Saint-Pierre depuis lundi, la dépouille du pape émérite Benoît XVI sera inhumée ce jeudi dans les grottes vaticanes, sous la basilique, où elle reposera aux côtés de ses saints prédécesseurs, Jean-Paul II et Jean XXIII.

Auparavant, le cercueil traversera la place Saint-Pierre devant les fidèles et le pape François présidera la cérémonie d’adieux (dès 9h30), durant laquelle il prononcera l’homélie.

Fait inédit dans l’histoire moderne du catholicisme, un pape enterrera son prédécesseur. Pour cause, la dernière renonciation d’un pape remonte à Grégoire XII, en 1415. Après huit années de pontificat (2005 à 2013), Benoît XVI s’était, lui, mis en retrait pour raisons médicales.

Le prince Albert II n’assistera pas à la cérémonie ce jeudi selon le protocole édicté par le Vatican. "Seuls deux chefs d’État ont été invités officiellement, les présidents italien et allemand, après ce sont des représentations diplomatiques. C’est un protocole proche de celui pour les funérailles des cardinaux", nous a précisé le souverain, hier, après les obsèques de Mgr Barsi.

Vous avez rencontré Benoît XVI à quatre reprises, quels souvenirs en gardez-vous?

Il avait une réputation d’homme un peu froid et distant mais je l’ai toujours trouvé d’une grande bonté. Il avait de l’empathie pour les autres. C’était avant tout un théologien. Un homme qui a gardé l’Église sur un certain chemin, celui d’une église conservatrice. C’était loin d’être évident face à des questions de société qui reviennent périodiquement et il a su tenir une ligne de conduite avec un style propre à sa personne. Benoît a vécu sa mission de chef de l’Église pleinement dans des années difficiles.

Vous évoquez un personnage conservateur, quel avait été son propos lors de votre rencontre après la légalisation de l’interruption de grossesse à Monaco, en 2009?

Même si ce n’était pas évident au départ, il a très bien compris qu’il fallait une petite évolution et il a parfaitement saisi son caractère. Il n’a pas du tout cherché à présenter cette évolution sous une autre formulation. Même s’il ne me l’a pas dit, je ne pense pas qu’il aurait souhaité aller plus loin. Même s’il le faudra peut-être un jour.

Un pape qui restera aussi dans l’histoire pour sa renonciation…

Benoît était d’une grande intelligence et sensibilité. J’ai trouvé très courageux de sa part d’admettre qu’il ne pouvait plus continuer à exercer son ministère parce qu’il se sentait diminué physiquement. C’est un exemple de courage et de lucidité qu’il faut comprendre.

"Chaque pape marque d'une façon ou d'une autre son époque"

Difficile aussi de succéder au pape Jean-Paul II, très populaire et médiatisé...

Chaque nouveau pontife a sa propre personnalité, sa propre approche. Il est donc difficile de les comparer. Mais le pape Jean-Paul II a fait tellement de voyages sur tous les continents, rencontré tellement de personnes de tous bords, qu’il ait normal qu’il ait laissé cette empreinte. C’est pour cela que je mets Jean-Paul II, qui a été béatifié, un peu à part. Chaque Pape marque d’une façon ou d’une autre son époque même si Benoît n’a pas eu le même nombre d’années pour le faire.

Quels sujets aviez-vous pu évoquer lors de vos audiences?

À chacune de nos rencontres nous faisions un tour d’horizon de l’actualité internationale, de la situation de la foi et des catholiques dans le monde. Nous avions aussi parlé des chrétiens d’Orient et ce qu’il fallait faire pour eux. Sujet que j’ai à nouveau abordé avec le pape François.

Des moments hors du temps où la conversation pouvait être plus intime, notamment après le décès de votre père ou après votre mariage?

C’était des conversations assez courtes et toujours intelligentes, mais dans une ambiance particulière et un certain protocole.

Deuxième rencontre entre le prince et Benoit XVI. Palais princier.

Quatre rencontres au Vatican entre le Prince et le Pape

Au cours de ses huit années à la tête de l’Église catholique, le pape Benoit XVI a rencontré à quatre reprises le souverain.

La première fois au Vatican, le 24 avril 2005, quelques jours après la mort du prince Rainier III, le prince Albert II participe à la messe inaugurale du pontificat de Benoit XVI, succédant à Jean-Paul II.

La même année, le 5 décembre, le souverain fraîchement intronisé retourne au Vatican pour une audience privée avec le Saint-Père.

Au cours de leur échange, les deux hommes évoquent notamment la désignation d’un nonce pour la Principauté et ébauche l’éventualité d’une visite de Benoit XVI à Monaco.

La deuxième rencontre officielle entre le Pape et le Souverain a lieu le 16 octobre 2009. Un tête-à-tête qui intervient après l’adoption au Conseil national de la loi sur l'interruption médicale de grossesse, qui avait soulevé un débat épineux au sein d’une partie de la communauté catholique en Principauté. "Cet entretien s'est déroulé dans un climat de confiance et d'écoute mutuelle" soulignait le communiqué de l’époque.

En janvier 2013, c’est en compagnie de la princesse Charlène que le prince Albert II fait le voyage jusqu’à la cité papale, que son épouse découvre pour la première fois. C’était il y a dix ans, presque jour pour jour.

Le couple princier est reçu en colloque privé au Vatican par Benoît XVI et lui offre un livre et une peinture consacrés au cardinal Jérôme Grimaldi, qui vécut entre le XVIe et le XVIIe siècle.

L’échange est chaleureux et se déroule en français pour "renforcer les liens historiques très étroits qui unissent le Vatican et la Principauté".

Ce sera l’ultime de la série. Quelques semaines plus tard, le 28 février 2013, Benoit XVI renonce à sa charge pontificale.

Notez-le

Une messe de Requiem pour le pape émérite Benoît XVI

Elle sera présidée par Mgr Dominique-Marie David, archevêque de Monaco, le samedi 7 janvier à 10h en la cathédrale de Monaco. Avec cette messe les fidèles sont invités à confier l’âme du défunt pape à la miséricorde de Dieu et à rendre grâce pour son action au service du Christ et de son Église. Cette cérémonie est ouverte à tous.

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