"Il y avait aussi cette envie de s’afficher…": il a photographié Lady Di lors de son dernier été sur la Côte, Patrick Bar raconte

Suivre les célébrités en goguette l’été à Saint-Tropez: un quotidien qu’a bien connu Patrick Bar. Photographe durant quinze ans pour Nice-Matin, il est de ceux qui arpentaient les plages en quête de la vedette à ne pas louper. En 1997, l’aura de la princesse de Galles a balayé paillettes et starlettes.

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Margot Dasque Publié le 28/08/2022 à 09:00, mis à jour le 28/08/2022 à 08:07
Patrick Bar a travaillé pour "Nice-Matin" durant 15 ans. En 1997, il réalise les célèbres clichés de la princesse à Saint-Tropez. Photo d’archives N.-M.

Comment avez-vous été prévenu de l’arrivée de Lady Di?

L’été à Saint-Tropez pour les photographes, c’est un petit milieu. On se connaît tous. Ce jour-là, deux manquaient à l’appel. Quand c’est le cas, on se dit qu’il se trame quelque chose… J’ai téléphoné à l’un des deux pour lui proposer un café, l’air de rien. Il a coupé court à la conversation. Je savais qu’il y avait embrouille: des fois, ce n’est pas grand-chose, mais il faut en être certain. Alors, je l’ai un peu harcelé, peut-être? Et à un moment, il me lâche le morceau. Le premier jour, il était trop tard, j’ai demandé à pouvoir récupérer une photo pour le journal.

Et les jours suivants?

Le lendemain, je commence à travailler dessus. J’arrive sur place à 8h30, ça ne sert à rien d’y être plus tôt. Il faut prendre le sentier du littoral en allant à l’école de voile et continuer… Et on se retrouve sur le ponton, à 100 mètres du ponton perpendiculaire à la villa d’Al-Fayed.

Vous étiez nombreux?

Cinq à six tout de suite, oui: AFP, Reuters… Et le jour d’après, on était déjà quinze à vingt.

Donc vous n’étiez absolument pas cachés?

Absolument pas, elle sortait en connaissance de cause. Et elle jouait le jeu. C’était très facile, en réalité, de faire ces clichés. Il y avait aussi cette envie de s’afficher… Oui montrer à la famille royale et à son ex-mari qu’elle allait bien, qu’elle s’amusait. La révélation de sa relation avec Al-Fayed n’était pas du tout à l’ordre du jour.

Comment ça?

Pour nous, l’info c’est: Diana passe des vacances avec ses enfants. Point.

Vous alliez attendre sur le ponton tous les jours?

J’y allais vraiment m’installer tous les deux jours. Sinon, je passais toujours au moins une fois par jour.

Elle a adressé un signe aux photographes, à force de vous voir?

Non. Le seul signe qu’elle a fait, c’est auprès de photographes anglais. Eux avaient loué un bateau pour être en face de la villa. Elle est allée les voir, ils devaient bien se connaître. C’est aussi une autre manière de travailler: les Britanniques sont dans le corps à corps, travaillent plus près, au grand-angle. De notre côté, en France, on mise sur le téléobjectif et on reste discrets.

Le moment le plus intense de cette période?

Ils partent en bateau de la villa durant plusieurs jours. Je suis prévenu par un confrère qu’ils reviennent à Saint-Tropez. La question, c’est de savoir où ça débarque.

Il faut sentir ce qu’il va se passer et faire le bon choix, vite, c’est ça?

Il y avait la question du Club 55. S’ils descendent là, c’est quelque chose, faut pas se planter. Moi, je suis à côté de la villa. Je peux encore prendre ma moto et foncer au club. Mais je n’y vais pas. Au final, ils débarquent à côté de l’école de voile. L’adrénaline monte. Je laisse mon sac, je ne prends que mon 500 mm avec moi et je fonce. On n’est que trois photographes, elle est avec un garde du corps et Dodi. Et là je me dis: "J’aurais dû prendre mon matériel!" Ils étaient trop proches.

Deux ou trois jours après, vous apprenez sa mort…

Dans la nuit de l’accident, un photographe que je connais et qui était sur le coup m’a appelé. Je me suis mis devant ma télé et j’ai attendu 6 heures que l’antenne en parle. Réflexe professionnel, je viens très tôt au journal et je regarde les clichés que j’avais pris, ceux qui n’avaient pas encore été publiés, pour qu’ils servent à l’hommage.

En quelques heures, les photos de cet été prennent une tout autre dimension…

C’est ça. 

Diana a emmené Harry et Williman en vacances avec elle, quelques jours avant sa brutale disparition. Photo Patrick Bar.

Les coulisses de la photo du ponton

Mémorable. Lady Di en plein saut, toute en jambes. Sur sa peau: un maillot une pièce à l’imprimé léopard. Le soleil fait ressortir sa blondeur angélique, elle s’élève entre le ponton et la Méditerranée. Derrière elle, s’étend le golfe de Saint-Tropez. Format portrait. Ce cliché de légende est signé Patrick Bar.

"Je l’ai pris le deuxième jour de ma venue aux abords de la villa d’Al-Fayed." Une histoire d’espoir: "On la voit sur le ponton, on observe ses mouvements. On souhaite qu’elle s’élance parce qu’on sait que c’est ce qu’on veut voir." Un vœu exaucé. Et là, il faut être d’attaque. Ne pas hésiter à appuyer, car tout va très vite: "Je lance une rafale, ce qui donne six à sept photographies. Il ne faut pas oublier qu’on travaillait avec des pellicules à ce moment-là. Donc on ne pouvait pas shooter non-stop. Il fallait calculer, quand même."

Il remballe son téléobjectif de 500 mm, saisit son sac à dos et part développer sa série à l’agence Nice-Matin: "Heureusement nous étions déjà équipés de scanners, je n’ai pas eu à faire l’aller-retour jusqu’à Nice pour qu’elle soit publiée!" L’édition du lendemain est assurée.

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