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"Ici, c’est comme le paradis. Mais je veux retrouver mon pays": deux mois après leur arrivée sur la Côte d'Azur, on a pris des nouvelles de réfugiées ukrainiennes

Il y a deux mois, Svitlana et sa fille Anna ont fui Kiev et l’Ukraine pour rejoindre la France. Nous avions rencontré la maman, alors hébergée dans une famille à Antibes. Elle racontait le déchirement et l’horreur. Elle disait le soulagement. Elle abordait aussi la suite, un boulot au Belles-Rives et pourquoi pas la possibilité d’un appart, cité des Remparts. Qu’en est-il aujourd’hui? Où en sont mère et fille? Professionnellement, scolairement, psychologiquement. Vers quel horizon leur regard se porte-t-il?

Gaëlle Belda Publié le 04/05/2022 à 17:15, mis à jour le 04/05/2022 à 18:45
Svitlana a le coeur en Ukraine et la tête à Antibes. C'est une femme forte, notamment pour Anna, sa fille de 17 ans. Photo Patrice Lapoirie

4h30, le réveil sonne. Premier réflexe: téléphone portable. Les notifications s’empilent, les yeux de Svitlana balayent l’écran. Elle veut savoir comment vont ses parents, et son pays. L’Ukraine. Pour le moment, les nouvelles sont mauvaises. Celle des journaux en tout cas. Il lui semble, néanmoins, que du côté de sa ville de Kiev, il y a quelques rayons de soleil. 

Pas le temps de s'appesantir sur la situation, Svitlana embauche à 6 heures, à l’hôtel Belles-Rives de Juan-les-Pins. Et si sa collègue Eléanor ne peut pas la récupérer en scooter aujourd’hui, elle devra marcher 40 minutes.

C'est formidable d'avoir un travail

Là-bas, depuis un mois, elle prépare les buffets du petit-déjeuner et du déjeuner, entre autres tâches qu’il est possible d’accomplir même lorsqu’on n’a pas la maîtrise de la langue française. Elle sourit. "C’est loin du métier que j’avais en Ukraine ou même de ce pour quoi je suis formée. Mais c’est formidable d’avoir un travail…"

 

Svitlana est ingénieure. "Je n’ai jamais vraiment pu exercer parce que j’ai été diplômée en 1991, qu’on était en pleine chute du bloc sociétique et que le monde de l'industrie s'effondrait. Mais j’ai monté mon petit business de vente de peinture pour carrosseries de voiture. J’ai un site qui, depuis quelques jours d’ailleurs, retrouve un peu de trafic…"

17 ans et une surprise

Sa fille Anna, n’est pas venue raconter son quotidien sur la Côte d’Azur. Trop douloureux pour la jeune fille, dont le cœur est resté accroché à celui de son petit-ami, contraint de rester en Ukraine. Elle a eu 17 ans le 5 avril. Les yeux de la maman s’attendrissent.

"Je lui avais acheté un gâteau, des bougies. On avait mis une jolie vaisselle chez Bertrand et sa femme, qui nous accueillent depuis notre arrivée… et elle a eu une belle surprise."

Diane, une proche amie de Boutcha, réfugiée en Autriche, a pu faire le déplacement, pour deux petits jours. "Nous avions dit à Anna d’aller à la gare, que peut-être il y avait quelque chose pour elle… Elle était tellement heureuse."

Anna, pour le moment, elle est amoureuse. Elle ne se projette pas dans autre chose qu’un retour à Kiev

 

 

 

Un peu de lumière sur un quotidien à l’horizon bouché. 

Svitlana confie: "Anna, pour le moment, elle est amoureuse. Elle ne se projette pas dans autre chose qu’un retour à Kiev. Elle suit ses cours à distance, les professeurs qui le peuvent restent en lien. Elle est en classe de Terminale. On envisage de repartir. Mais malgré tout, mon rêve, ce serait qu’elle étudie en France. L’enseignement y est bien meilleur. Même si elle le vit mal pour le moment, je me dis que, peut-être, elle finira par se dire que c’est une option intéressante…"

D’autant que les cours de français pris auprès de Sylviane, à Antibes, semblent porter leurs fruits.

"L’Ukraine, c’est qui nous sommes"

Svitlana ne sait pas encore où va la mener le chemin dans lequel elle s'est engagée. Elle sait, plus que jamais, que tout peut très vite basculer. Photo Patrice Lapoirie.

Repartir. C’est là. C’est bien ancré.

"Nous, les Ukrainiens, nous avions du mal à trouver notre identité. Nous n’avions pas ce truc fort, ce nationalisme. Il se développe depuis la guerre. Depuis la guerre, on sait que c’est notre patrie, notre pays, qui nous sommes. Et on a besoin de le retrouver."

Mes parents ont besoin de moi...

Malgré les gravats, les stigmates du conflit, le bruit des bombes qui résonne encore, le traumatisme. "J’aime vivre ici. La France, la Côte d’Azur, c’est comme le paradis! J’adore, j’adore, j’adore! Et je suis tellement reconnaissante de tout ce que l’on fait pour nous ici. Mais je veux retrouver mon pays." 

 

Ses parents n’ont pas pu suivre. Son papa a déclaré un cancer au début de la crise. Sa maman ne peut pas marcher beaucoup. "Je voulais trouver un travail ici, m’installer et retourner les chercher mais ce n’est pas possible. Ils ne sont pas en état de faire ce déplacement. Heureusement, les hôpitaux ont repris les soins, alors mon père est pris en charge. Mais il va mal. Je laisse passer le mois de mai et ensuite, on verra. Anna veut y aller et mes parents ont besoin de moi..."

Toujours rester positive

Svitlana a un contrat de quelques mois. Son désir de retrouver sa terre ne l’empêche pas d’envisager une suite en France. Soutenue par Bertrand, elle a rencontré des assistantes sociales, monté des dossiers pour un logement.

"Pour le moment, c’est compliqué. La vie est chère ici. Dans l’idéal, il faudrait que je m’installe à proximité de mon travail mais Juan-les-Pins, ça demande un budget que je n’ai pas. Mais on va bien trouver des solutions…" 

Pas de pessimisme pour Svitlana. Pas question. C’est sa force. Elle s’accroche. Elle avance. "Je n’ai pas le temps de pleurer. Il y a beaucoup à faire." 

Pour se vider la tête, il y a la mer. "Quand je sors du travail, à 14 heures, on va marcher un peu sur la plage. Anna se baigne, elle nage. Le cadre est tellement beau. Cela nous aide énormément."

Parfois elle voit une amie. "Alexandra et sa petite fille ont rejoint la France trois jours après nous. Il y a beaucoup d’activités pour les petits Ukrainiens, donc elles sont assez prises. Notamment du côté de Nice où la communauté est plus étoffée. Comme je travaille, nos rencontres sont rares mais c’est bon de les savoir ici."

 

Anna se rend aussi régulièrement à Nice, retrouver de jeunes ukrainiennes de son âge. 

Une bouffée d’air. 

Grâce aux collectivités, aux associations et à l’immense générosité de particuliers qui ouvrent leurs portes et donnent de leur temps pour apaiser les maux de Svitlana, d’Anna et des autres…

Offre numérique MM+

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