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En escale à Cap-d'Ail, le capitaine d'un vieux gréement russe fermement opposé à la guerre en Ukraine

En escale à Cap-d’Ail, cette réplique d’une frégate russe du XVIIIe siècle et navire amiral du tsar Pierre le Grand a attiré l’œil curieux de nombreux badauds.

Thibaut Parat Publié le 05/04/2022 à 08:52, mis à jour le 05/04/2022 à 11:02
Pour montrer son opposition à la guerre en Ukraine et éviter toute ambiguïté, le capitaine du navire russe, Vladimir Martus, fait désormais flotter le drapeau ukrainien. Photo C.D. et T.P.

Le contexte géopolitique actuel a placé le Shtandart, déjà tourmenté par deux années de pandémie, dans une délicate situation. À cause de son drapeau russe et de son port d’attache, Saint-Pétersbourg, la frégate a été déclarée persona non grata par la société Sail Training International, la privant de la tournée estivale des ports en Europe du Nord et, de fait, d’une rentrée financière non négligeable.

Ne recevant aucune subvention de l’État, le navire ne survit sur les mers et océans que, comme cela est mentionné sur le pont principal, par "les stagiaires, les festivals [de vieux gréements, N.D.L.R.], les quelques apparitions dans des films et les donations des visiteurs."

Malte refuse que le navire russe se ravitaille en essence

En Grèce, il n’était pas rare que des passants insultent certains marins parlant russe. À Malte, sur la route entre l’île grecque de Corfou et Sète, le port local a tout bonnement refusé que le capitaine ravitaille son navire en carburant.

"En cas de mauvais temps, il est vital que nous en ayons suffisamment pour voguer en toute sécurité. Sinon, cela peut devenir dangereux, confie Vladimir Martus, le capitaine. Pour économiser, nous avons dû éteindre notre générateur qui alimente en électricité le frigo. Malte n’a même pas voulu nous donner de l’eau. Ce n’était pas sécurisant pour l’équipage à bord."

 
"Le drapeau jaune et bleu flotte d’ailleurs en haut du mât et symbolise notre opposition à cette guerre", explique le capitaine Vladimir Martus Photo C.D. et T.P..

Un délit de faciès qui, finalement, n’est aucunement justifié. "Mon bateau est indépendant. Je n’ai rien à voir avec la Russie. Cela fait treize ans que j’ai quitté ce pays car je n’aimais pas la corruption qui y régnait. La justice, par exemple, n’est pas juste. Je ne cautionne définitivement pas ce que fait Vladimir Poutine en Ukraine. Le drapeau jaune et bleu flotte d’ailleurs en haut du mât et symbolise notre opposition à cette guerre", confie celui né d’un père ukrainien et d’une mère russe.

Si certains ports français se sont d’abord montrés frileux, ils s’émeuvent désormais du sort de la frégate et ouvrent grand leurs portes. "Après Sète, nous irons à Bordeaux puis à La Rochelle. Lorient, par contre, nous dit toujours non."

Sollicité par l’équipage du Shtandart alors que les conditions météorologiques s’annonçaient défavorables, le port de Cap-d’Ail n’a guère hésité longtemps à accepter cette escale.

"Actuellement, dans le domaine du yachting et de la navigation dans les eaux territoriales françaises, les directives émises par les autorités n’interdisent pas aux bateaux battant pavillon russe ni de transiter librement dans les eaux territoriales françaises, ni de faire escale dans un port français.  À l’exception des yachts qui seraient la propriété des citoyens russes dont le nom apparaît sur liste émise par l’UE et pour lesquels les avoirs seraient confisqués et gelés", argumente Michel Perrin, directeur du port de plaisance de Cap-d’Ail. Ce qui n’est pas le cas du Shtandart.

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