"Deux ou trois fois, j'étais presque à la surface": coincé sous terre pendant deux jours, il raconte son calvaire

La voix est fatiguée mais le soulagement palpable. Le spéléologue resté prisonnier d’une cavité pendant deux jours, à Saint-Vallier-de-Thiey, échange par téléphone avec ses sauveteurs et Nice-Matin.

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Christophe Cirone Publié le 05/01/2023 à 16:03, mis à jour le 05/01/2023 à 18:08
Jean-Vincent Ducrocq et Serge Santantonio, du Spéléo secours 06, montrent la cavité dont ils ont extrait leur collègue la veille. Photo Christophe Cirone

Après deux jours et deux nuits sous terre, il vient de passer 24 heures sur un lit d’hôpital. Il s’y trouve toujours, ce jeudi midi, quand nous joignons par téléphone le rescapé de Saint-Vallier-de-Thiey.

"Excavator", comme le surnomment ses amis spéléologues (il tient à garder l’anonymat), remercie ceux qui l’ont tiré de ce très mauvais pas. "Bien content" de s’en être sorti.

Nous sommes à Saint-Vallier, route de Saint-Cézaire, dans le secteur de la déchetterie. C’est ici, en pleine forêt, qu’"Excavator" est entré dans une cavité dont il n’a pu ressortir seul.

Cet aven, à l’entrée étroite et glissante, s’est transformé en piège de calcaire, synonyme de calvaire. Il est descendu dans ce puits profond de cinq mètres lundi en début d’après-midi. Il y aura passé près de 45 heures. Sans manger, ni boire, ni dormir.

Ceux qui nous ont guidés là sont intervenus la veille pour le libérer. Jean-Vincent Ducrocq et Serge Santantonio sont membres de l’association Spéléo secours 06, tout comme "Excavator" du reste.

Ils étaient à la manœuvre, épaulés par les sapeurs-pompiers du Groupe milieu périlleux (GMP), pour le hisser à la surface. Un système de "mouflage" -une combinaison de poulie et de cordes arrimées à un baudrier- lui a permis de franchir le dernier mètre.

"Force de caractère"

Le spéléologue est ressorti indemne mais fatigué et déshydraté. Jean-Vincent l’appelle en notre présence. Derrière son accent slave, on devine une voix lasse. "Maintenant, c’est mieux par rapport à hier. J’ai eu mal aux pieds à cause de la déshydratation..."

Et ces toxines dans les muscles, s’enquiert Jean-Vincent? Elles s’éliminent peu à peu. Le rescapé vient de se soumettre aux analyses sanguines. "Tout va bien. Ils vont me mettre dans un autre service. Et [je serai] peut-être demain [vendredi] à la maison."

Jean-Vincent lui pose ces questions qui nous assaillent. "Tu as pensé à quoi, quand tu es resté 43 heures sous terre?" Réponse sobre mais logique: "J’ai pensé à comment sortir!"

A-t-il craint d’être oublié là? "Non, pas du tout", tranche "Excavator". La confiance en ses collègues a pris le dessus. Ces derniers saluent sa "force de caractère".

Prêt à redescendre

À une vingtaine de reprises, "Excavator" a tenté de sortir. "Deux ou trois fois, j’étais presque à la surface. Mais il n’y avait pas d’accroche", témoigne-t-il. "Il y a des trous dont on peut sortir, et d’autres non... C’était le cas. On ne peut pas deviner."

En théorie, ce spéléologue aguerri, membre d'un club affilié à la fédération nationale, aurait dû indiquer où il allait et à quelle heure il était censé revenir. Ce n’était pas le cas. Mais pas question de l’accabler pour ses collègues, "une famille" comme ils disent.

"Il arrive que les Secours spéléo se fassent secourir. C’est ça, la solidarité! Parfois, on fait une petite erreur d’estimation, et tout le monde est sur le pied de guerre."

Encore secoué par cette expérience, "Excavator" reste en observation. Mais il se dit prêt à redescendre sitôt rétabli. Jean-Vincent le titille: "On recommence dès que tu es sur pieds?" Pas d’hésitation: "Oui oui, on recommence!"

Mais cette fois-ci, sans doute prendra-t-il quelques précautions supplémentaires.

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