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"Confiné chez soi ne veut pas dire renfermé sur soi", selon l'Archevêque de Monaco

Mis à jour le 29/03/2020 à 11:18 Publié le 29/03/2020 à 11:06
Mgr Dominique-Marie David lors de son ordination, le 8 mars,  à la cathédrale de Monaco.

Mgr Dominique-Marie David lors de son ordination, le 8 mars, à la cathédrale de Monaco. Jean-François Ottonello

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"Confiné chez soi ne veut pas dire renfermé sur soi", selon l'Archevêque de Monaco

Depuis son ordination le 8 mars, le nouvel archevêque de Monaco, Mgr Dominique-Marie David, n’a plus fait d’apparition publique. Confiné, il appelle les fidèles à se recentrer sur l’essentiel

Une entrée en matière pour le moins… atypique.

Le 8 mars dernier, Mgr André Barsi, archevêque de Monaco depuis 2000, présidait la consécration épiscopale de son successeur, Mgr Dominique-Marie David.

Une ordination dans une cathédrale bondée. Sa seule apparition publique. Le nouvel archevêque de Monaco - le troisième personnage le plus important du pays, où la religion est d’État - n’a, depuis, pas pu rencontrer les fidèles. Crise sanitaire et confinement obligent.

Alors, à distance et par écrans interposés, l’ancien prêtre à Nantes découvre les lieux, les personnages qui composent ce diocèse de Monaco. Au cœur de l’archevêché, où il est confiné, l’heure est à la préparation d’une fête de Pâques, elle aussi, atypique. "Ce sera forcément inoubliable à cause de la situation que nous vivons. Mais j’espère que nous ne nous souviendrons pas que de l’épidémie mais de ce que nous aurons vécu ensemble", prêche Mgr Dominique-Marie David.

Entretien avec un homme résolument optimiste.

C’est une entrée en matière dont vous vous souviendrez…
On peut dire ça oui. Comme tout le monde, je vis cette contrainte du confinement. Je n’aurais jamais imaginé passer mes premiers jours d’archevêque de Monaco comme cela. J’avais plutôt imaginé découvrir le diocèse sans tarder, aller à la rencontre des habitants de Monaco, visiter les différentes communautés, prendre connaissance des activités dans les paroisses, à l’hôpital. De fait, c’est une prise de contact tout à fait étonnante dont je me serais bien passé. En même temps, il faut accepter cette réalité. Cela ne m’empêche pas de prendre des nouvelles, d’appeler les prêtres, d’être attentif à maintenir une vie de l’église à Monaco. Ce n’est pas non plus un temps inactif.


Depuis votre ordination, vous n’avez pas rencontré les fidèles ?
Pratiquement pas. Le 8 mars, ce fut le premier et, d’une certaine manière, le dernier grand moment dans une cathédrale pleine.Bon, depuis, j’ai quand même célébré la messe dans la cathédrale, mais vide [rires]. C’était étonnant. Mon idée était de vivre un moment de communion, de soutien pour les uns et les autres.

"ce n'est pas non plus un temps inactif"


Quel est le message du pape dans ce contexte de crise ?
Il exprime sa proximité, sa compassion, son soutien pour tous ceux qui souffrent directement de cette situation, pour les victimes – nombreuses, trop nombreuses – pour les malades et pour les soignants qui se dévouent inlassablement, au risque de leur propre existence.
Il est conscient de toutes les conséquences sociales et économiques que nous vivrons à long terme. Partant de ce constat, il cherche aussi à soutenir la foi des fidèles qui sont un peu désorientés.
Sans les points de repère habituels, sans les rassemblements, sans les sacrements reçus, sans les messes à l’église, on est un peu démunis et appauvris. Il encourage à puiser dans nos ressources intérieures, à se laisser visiter par Dieu à domicile. Car Dieu n’est pas confiné, il dépasse le temps et l’espace. Et, aussi, de vivre un autre type de solidarité et de communion fraternelle, peut-être même un nouveau regard sur notre mode de vie, sur ceux qui sont nos proches, avec lesquels parfois nous manquons peut-être d’attention. On assiste à des initiatives de services, de solidarité, d’attentions qui sont peut-être moins présents quand on vit notre vie ordinaire.


La technologie et les réseaux sociaux freinent parfois les interactions sociales, nous enferment dans une bulle. Aujourd’hui, vous les utilisez pour que les fidèles continuent à prier…
Les réseaux sociaux n’ont pas de valeur morale, tout dépend de l’usage que nous en faisons. Bien heureux ceux qui savent utiliser les réseaux sociaux, non pas pour se renfermer sur soi, mais au contraire pour créer des liens, maintenir cette unité et cette proximité dont nous avons encore plus besoin en ce moment de confinement. Nous serions bien bêtes de ne pas en tirer profit. C’est le seul moyen en notre possession, aujourd’hui, pour vivre ce qui nous rassemble, ce qui va nous donner l’énergie, la force, l’enthousiasme pour durer dans une situation incertaine. Confiné chez soi ne veut pas dire être renfermé sur soi.

"Les réseaux sociaux n'ont pas
de valeur morale"


Pâques approche. Que prévoyez-vous pour la fête chrétienne la plus importante ?
Même si nous n’avons pas encore tout acté, les réseaux sociaux et les moyens techniques vont nous aider à vivre ce sommet de l’année chrétienne. Il y aura probablement des célébrations retransmises. Nous aiderons tous les fidèles à vivre, à domicile, une Pâques toute à fait inédite, inattendue, que personne n’aurait pu imaginer. On fera tout pour nourrir la foi et la prière des fidèles et essayer de n’oublier personne, y compris les plus isolés.


Comment gère-t-on sa foi dans un tel contexte ?
Je ne sais pas si on la gère. La foi est un don qu’on reçoit chaque matin. Parfois, on pourrait croire que la foi est un moyen d’oublier la réalité, de s’évader, d’avoir une échappatoire par rapport aux lourdeurs, aux épreuves de ce monde. En ce moment, la foi nous permet de vivre la réalité qui est la nôtre, laquelle est déstabilisante, surprenante, douloureuse. La foi ne nous met pas à part ou au-dessus de ce que vit le monde, des souffrances, des inquiétudes, des incertitudes.

"Dieu n'est pas confiné"


Quel est l’état d’esprit, le moral dans les différentes paroisses du diocèse de Monaco ?
On va faire le point avec le conseil épiscopal pour avoir les retours de ce que peuvent vivre les paroissiens, les fidèles. Ce que je sais, c’est que les curés sont très attentifs à établir des réseaux, de prendre des nouvelles des uns et des autres. Certes, on n’est pas à l’intérieur de chaque foyer mais on a une idée de ce que les gens vivent. On voit nos voisins italiens très affectés et très inquiets.
On perçoit l’angoisse, le questionnement, la lassitude. Il faut apprendre à vivre différemment, parfois avec l’éloignement de nos proches, parfois avec une proximité inhabituelle. On voit beaucoup, aussi, la reconnaissance et les témoignages de vie donnés pour le personnel de santé. C’est assez édifiant. Il y aura toujours des tentations de repli sur soi, de voir d’abord son intérêt. C’est aussi notre rôle de lutter contre ces tentations de repli, de fermeture. Et de choisir prioritairement l’ouverture du cœur, le regard bienveillant, la gratuité, la gratitude : c’est-à-dire savoir mesurer le don qui nous est fait et dont nous mesurons encore plus l’importance et la richesse quand nous en sommes privés.


Pendant ce confinement, sur quoi doit-on se recentrer ?
J’ai évoqué les richesses intérieures. Pour mon ministère épiscopal, j’ai choisi la devise : "Il est fidèle celui qui vous appelle". Au cœur de cette période troublée, c’est faire l’expérience que nous sommes dans la main d’un plus grand que nous. Nous-mêmes, nos familles, nos foyers, notre Principauté et le monde sommes comme enveloppés par un grand amour qui nous porte, même si celui-ci est difficile à percevoir en ce temps d’épreuve. Donc : se recentrer sur l’essentiel, d’où est-ce que je viens, où est-ce que je vais. Réfléchir aussi à la vie que nous menions avant : une vie effrénée, sans pause, sans repos, parfois même à la limite des forces dont nous disposons. Et puis : mettre un peu de gratuité, de simplicité, d’accepter aussi certaines limites. C’est la grande difficulté de l’homme d’aujourd’hui qui a du mal à concevoir qu’il puisse être contraint, limité, déterminé.
On voit que le fait de reconnaître ses limites n’est pas une entrave à la liberté à laquelle nous aspirons, au bonheur que nous recherchons.


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