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Atteinte de troubles psychiques, cette Monégasque a trouvé dans l’écriture une seconde thérapie

Dans un livre poignant, aux allures de journal intime, cette Monégasque de 41 ans témoigne des troubles psychiques dont elle souffre depuis 1998. Stabilisée mais fragile, elle livre une leçon de vie

Thibaut Parat Publié le 04/03/2021 à 09:40, mis à jour le 04/03/2021 à 09:42
Les confessions intimes d'une battante. Jean-François Ottonello

Poser des mots sur les maux. De base, l’exercice est délicat. Encore plus vrai quand une maladie psychique désorganise votre pensée, exacerbe la moindre de vos émotions.


Karine, Monégasque de 41 ans, souffre de troubles psychiques depuis ses 19 printemps.


Une souffrance intérieure pour elle – et, par ricochet, pour ses proches – qu’elle a pourtant couchée sur papier pendant des années.De ses écrits est né un livre témoignage, La force de vaincre, Rendez-vous dans l’autre côté (Éditions LC), vendu à près de 500 exemplaires en Principauté et au-delà.


Un récit autobiographique, puissant et sans ambages, conté avec la droiture qui caractérise cette coquette quadragénaire.

 


Au fil des 132 pages, Karine démystifie les troubles de la santé mentale. Elle l’assure au lecteur : elle n’entend pas de voix, ne voit pas des choses. "Ce livre est un témoignage pour les autres. Si ça peut les apaiser, les aider à mieux comprendre et accepter leurs symptômes, leur diagnostic, nous raconte-t-elle dans les locaux du Groupe d’Entraide Mutuelle Monégasque, structure créée par sa mère, Béatrice, pour les patients stabilisés. Mais c’est aussi une thérapie, un journal intime, une confession."

Le rêve d’être violoniste


On découvre ainsi les prémices de la maladie puis la nécessité, en juillet 1998 au sortir d’un voyage familial au Maroc, d’une première hospitalisation psychiatrique au CHPG de Monaco. "J’ai eu deux accidents successifs, en surf puis en ski, ainsi que la mort de ma grand-mère. À un âge, 19 ans, où l’on est censé s’épanouir, il était difficile d’accumuler mes problèmes physiques. Cela a engendré une certaine dépression", se souvient-elle.

C’est le début d’un long combat, fait de hauts et de très bas. De périodes stables et d’internements psychiatriques.


Entre les lignes, on perçoit la révolte contre cette satanée souffrance psychique qui brise ses rêves les plus chers. "Le fait d’avoir un enfant, d’être violoniste, nous liste cette mélomane, amoureuse de la variété française des années 2000. J’en jouais depuis l’âge de six ans et j’avais eu mon bac musical au Conservatoire de Nice. La vie en a décidé autrement."

 


Malgré un élan coupé net, la musique et les instruments à cordes - elle possède un piano et un violon – font aujourd’hui office de refuge pour Karine.

Sentiment d’injustice


Le sentiment d’injustice est prégnant dans le bouquin. "Pourquoi cette maladie est tombée sur moi ?", écrit-elle avec rage.


À cela s’ajoute la colère contre les traitements : une piqûre tous les mois et des médicaments quotidiens. "Une camisole chimique", peste-t-elle. Elle les aimerait moins puissants, moins invasifs, au risque de générer une décompensation et un retour à l’hôpital. "J’ai envie de connaître comment je suis avec une diminution des médicaments, de mes capacités à gérer ma journée du lendemain. Je suis à la recherche d’une qualité de vie, d’un bien-être.J’essaye de bien me préparer, de me maquiller", sourit-elle, rouge à lèvres pétant et les ongles manucurés en rose.


"Karine aime communiquer son plaisir à prendre soin d’elle, témoigne sa mère, Béatrice. Elle est intelligente, attachante, dotée d’une grande sensibilité. Elle a beaucoup d’amour et d’amitié à donner. Elle aime souvent rire et apprécie la compagnie des autres."

 


À l’heure où les liens sociaux s’effritent en ces temps de crise sanitaire, Karine y puise une certaine force. La force de vaincre pour reprendre le titre de son bouquin. Elle aime ces dimanches chez ses parents, surnomme ses deux sœurs, dont sa jumelle, "mes joies de vivre, mes piliers", évoque sans pudeur les bonheurs et peines de ses relations amoureuses.


Elle entretient aussi un lien de confiance avec sa psychiatre du CHPG, le Dr Valérie Aubin. La cheffe de service la suit depuis 1998 et a préfacé son livre. "Si aujourd’hui j’ai avancé et que j’avance encore, c’est grâce à sa façon de me parler, de trouver les mots justes. C’est parfois dur à entendre mais, avec le recul, elle a raison"
Dans la préface, Valérie Aubin écrit : "Le témoignage de Karine confirme qu’une prise en charge adaptée, pluriprofessionnelle et au long cours améliore le pronostic et le quotidien des patients. Il est porteur d’espérance et contribuera, je l’espère, à déstigmatiser les maladies psychiatriques."


De l’espoir, Karine en a à revendre.Des rêves aussi. Celui d’écrire un second livre – un projet déjà bien avancé –, celui de dénicher un travail dans le secteur du tourisme. "Et si je m’en sors ?", chantait Julie Zenatti.Des paroles qui parlent à Karine. Elle aussi veut aller de l’avant. Assurément.


"La vie n’est belle que lorsqu’on a connu nos propres échecs. Comprenez que la vie mérite d’être vécue", conclut-elle dans son bouquin.

Karine présentera de nouveau son bouquin au Salon du Livre à Monaco (19 au 20 juin) au tunnel Riva, quai Antoine-Ier, à Monaco.

Offre numérique MM+

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