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"À bout de souffle, j'implorais la mort": le témoignage bouleversant d'une Niçoise victime d'une forme grave de Covid-19

Atteinte de sclérose en plaques et victime d’une forme grave de Covid-19 en début d’année, Sokayna a passé des semaines entre la vie et la mort. La présence de sa maman à ses côtés lui a donné la force qu’elle n’avait plus.

Nancy Cattan Publié le 21/11/2021 à 15:36, mis à jour le 21/11/2021 à 15:36
Atteinte de sclérose en plaques et victime d’une forme grave de Covid-19 en début d’année, Sokayna a passé des semaines entre la vie et la mort. Photo DR

Alors qu’elle était entre la vie et la mort, elles ont pu se tenir la main chaque jour.

Sokayna, 31 ans, n’a pas de mots pour dire sa reconnaissance à tous ces professionnels hospitaliers qui ont su déroger aux règles très strictes imposées par la pandémie, pour permettre à une mère de se rendre au chevet de son enfant à l’agonie dans une chambre d’hôpital.

Une transgression qui l’a sauvée, elle en est convaincue.

Scène de guerre aux urgences

"À bout de souffle, épuisée, paralysée, terrassée par une fièvre à 40°C, j’implorais la mort. Un soir, j’ai été jusqu’à supplier une infirmière de me donner un médicament qui m’aiderait à partir, je souffrais trop. Et, le lendemain matin, comme chaque matin pendant de longues semaines, j’ai regardé ma montre et je me suis dit: elle [sa maman] va venir, patiente, tu dois l’attendre. Et puis, elle est arrivée. Chaque soir, elle me retrouvait, à 18h, après ses longues journées de travail; ma main dans sa main, je parvenais à trouver le sommeil, ne serait-ce que quelques minutes."

C’est une vie qui s’est passée depuis ce 23 février 2021 - toutes les dates sont inscrites à jamais dans sa mémoire - où la jeune femme est conduite aux urgences du CHU de Nice dans un état critique.

 

Traitée pour une sclérose en plaques, elle a contracté quelques jours plus tôt la Covid, et après une période quasi asymptomatique, son état s’est fortement aggravé: "J’avais une fièvre à 40°C, je me suis retrouvée littéralement paralysée - jusque-là, je me déplaçais avec des béquilles -, on devait me porter pour aller aux toilettes…".

Elle ne mange plus, ne boit plus, son corps n’est plus que douleur. L’infirmière qui la suit à domicile comprend qu’il n’y a plus une minute à perdre. Toujours aussi fébrile, dans un état de semi-conscience, Sokayna va passer près de 24 heures aux urgences.

"Autour de moi, c’était une vraie scène de guerre; il y avait des malades partout, des médecins, des infirmières qui couraient, des personnes âgées qui gémissaient, j’entendais l’une d’entre elles pleurer en disant: maman, viens me chercher! C’était terrible…"

La jeune femme, elle, n’a plus la force de pleurer. Elle est sondée (sa vessie est bloquée), elle doit subir trois scanners des poumons, la gravité de son état laisse perplexe.

"J’interrogeais: Qu’est ce qui se passe? Pourquoi tout ça? Je subissais sans rien comprendre…" Lorsque la nuit tombe sur ce mardi 23 février, les boxes se vident. "Là, j’ai vraiment eu peur, je me suis demandé ce que j’allais devenir…"

 

"Je veux voir ma mère, ma famille"

Le frère de Sokayna et ses nièces lui ont adressé des messages de soutien qu’elle voyait depuis la fenêtre de sa chambre d’hôpital. Photo DR.

Les médecins vont d’abord penser que Sokayna est victime d’une poussée de sa maladie. Mais rapidement, le diagnostic s’impose. "Vous présentez une forme sévère de Covid; votre état est très grave; on doit vous hospitaliser."

Les larmes coulent enfin, mélange de peur et de soulagement. "J’allais quitter les urgences." Transférée dans une chambre en rhumatologie, elle est dans un état critique et supplie: "Je veux voir ma mère, ma famille". "On va voir ce qu’on peut faire", lui répond le médecin, émue par l’état de la jeune femme.

Il y a d’importantes restrictions en cette période de forte épidémie, les visites se font au compte-gouttes et sur rendez-vous. Mais sa mère sera autorisée à venir à son chevet chaque soir (après son travail).

"Blouse, masque, gants… elle devait être équipée de la tête aux pieds, compte tenu de la gravité de mon état - j’étais toujours fortement fébrile, et en plus, je restais positive."

Lorsque les deux femmes doivent se séparer, c’est le même déchirement. "On ne sait pas si elle va passer la nuit, gardez votre téléphone à proximité." Les médecins ne cachent pas la vérité à la maman de Sokayna.

Sous oxygène à haut débit, à bout de souffle, très amaigrie (elle a perdu 20kg en un mois), le corps perclus de douleurs, l’opportunité de la transférer en réanimation est évoquée.

"Si elle y va, elle n’a aucune chance de survivre, elle est trop fragile", oppose son kinésithérapeute. "C’est l’un de mes nombreux sauveurs au cours de cette longue lutte", sourit, très émue, Sokayna.

 

Cinq fois par jour, il viendra lui prodiguer des séances de kiné respiratoire. "Médecins, soignants, ASH, psy, kiné… tous m’ont traitée comme quelqu’un de leur famille... Lorsque l’on sent que l’on va partir, un geste, un regard, un mot, une main sur la joue vous apaise, et tous ont été là pour m’offrir ce soutien qui m’a permis de survivre."

Ce qui l’aidera à survivre, c’est aussi cette pancarte brandie par ses nièces et son frère sur le parvis de l’hôpital et qu’elle parvient à voir de sa fenêtre. Il y est écrit: JTM.

Cette survie, elle la doit aussi à une décision courageuse prise par un médecin: "Vous n’avez toujours pas d’anticorps, c’est probablement lié au traitement immunosuppresseur [pour la SEP] que vous avez eu; la maladie reste très active. On va tenter une transfusion de plasma de quelqu’un qui a guéri de la Covid. Il faut que vous sachiez que c’est expérimental".

"Je n’ai jamais autant prié de ma vie"

"Je n’ai jamais autant prié de ma vie", sourit la jeune Niçoise. Et ça va marcher. 48 heures plus tard, c’est un vrai miracle après plus d’un mois de cauchemar. La fièvre diminue enfin, Sokayna retrouve un peu plus de souffle. La vie reprend ses droits.

Depuis cette période aiguë, la trentenaire n’a pas quitté l’hôpital, elle doit aujourd’hui suivre une rééducation intensive. Mais elle veut rester optimiste.

Son rêve: reprendre son travail qu’elle aimait tant au sein d’une agence de location de voitures. Une battante, Sokayna? Plus que ça. Une leçon de courage, d’amour, de force.

Aujourd’hui encore, ensemble

Sokayna est toujours hospitalisée, mais désormais dans le service de rééducation de l’Archet 1. Il lui faut regagner de l’autonomie alors qu’elle ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant.

Ironie du sort, elle continue de voir tous les jours sa maman, mais ces rencontres sont désormais contraintes par l’état de santé de cette dernière.

Quand Sokayna a été enfin hors de danger, sa maman a été victime d’un AVC qui lui a laissé des séquelles. C’est dans le même service que sa fille qu’elle bénéficie d’une rééducation intensive. Le sort qui s’acharne.

Mais les deux femmes, rompues au combat contre l’adversité, n’entendent pas baisser les bras: "Nous (ré)apprenons à marcher ensemble, côte à côte". Tout un symbole.

Offre numérique MM+

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