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Marco Prince: "Je peux ne pas aimer une série mais me dire qu’elle est bonne"

Membre du jury série longue, le leader musical du groupe FFF et aussi acteur et compositeur confirmé, parle de son amour des séries et de ce qu’il faut pour le séduire.

Mathieu Faure Publié le 10/10/2021 à 17:10, mis à jour le 10/10/2021 à 17:10
Marco Prince est juré des séries longues en compétition à Canneseries. PATRICE LAPOIRIE / Nice Matin

Le prénom d’un délicieux joueur du Paris-SG, un patronyme souverain et un sourire qui illumine la pièce. Lui, c’est Marco Prince, leader charismatique du groupe FFF pour Fédération Française de Fonck, mais aussi membre du jury de cette quatrième saison de Canneseries.

Marco Prince, c’est un artiste pluridimensionnel, musicien, acteur, compositeur, acteur, on se souvient notamment de lui en train de rosser Samuel Le Bihan dans le génial Total Western d’Eric Rochant, le créateur du Bureau des Légendes. Juré, il connaît un peu Marco Prince puisqu’il occupait ce fauteuil dans la huitième saison de Nouvelle Star sur M6.

Cette fois, pas question de découvrir des futures grandes voix mais plutôt de zieuter, disséquer, décortiquer les dix séries officielles en compétition. Marco Prince a un œil mais surtout une oreille. Sur son CV, les bandes sonores de Mafiosa - toujours d’Eric Rochant - mais aussi, très récemment, L’Opéra, une série plébiscitée à Séries Mania en août et disponible sur OCS. À mi-festival, l’homme de 58 ans parle de son parcours, de ses coups de cœur et de son rôle de juré.

 

Comment se retrouve-t-on dans le jury de Canneseries?

C’est Albin Lewi - le directeur technique de Canneseries - qui m’a proposé de venir en tant que juré, je venais de terminer la musique de L’Opéra, la nouvelle série d’OCS, et ça me plaisait bien de passer quelques jours à Cannes, sans pression, et de voir le travail des autres. Même si mon métier est de faire des musiques de film, je suis intéressé par toute la chaîne artistique, le scénario, les axes, les lumières, le jeu d’acteur. Tout ça m’inspire, me branche. C’est intéressant de se confronter au travail des autres quand on vient de passer deux ans à ne faire que le sien. Les séries ont quelque chose de plus nerveux, il y a une velléité à être incisif, à changer le regard des autres et, en ce moment, les séries m’intéressent plus que les films.

Qu’est-ce qu’il faut pour vous séduire?

Me faire mener par le bout du nez dans la drôlerie, dans le drame, je veux être surpris. Et c’est vraiment l’écriture qui compte. C’est l’avènement des auteurs, maintenant, car on se rend compte qu’une bonne série, il faut un putain de bon scénario. Il faut être efficace, plus vite, dans une série. Alors on écrit mieux. Je peux ne pas aimer une série mais me dire qu’elle est bonne mais, par contre, il y a des séries de merde où la seule volonté c’est de faire de l’image et pendant deux heures on regarde un clip. Ça ne m’intéresse pas, ça.

 

Comment ça se passe dans le jury?

On se fait des petits points quotidiennement. On va faire un premier bilan à mi-parcours. J’adore ce jury, il est cosmopolite, polyvalent, surtout Salvatore Esposito qui est tombé amoureux de moi (rires). Et c’est quelqu’un qui n’a pas l’habitude qu’on lui dise non (rires).

Est-ce facile de juger une série quand on ne voit que deux épisodes?

C’est le truc de la narration sérielle, normalement, toutes les bases de la série doivent tenir dans le premier épisode. Vous avez toutes les clés rapidement. Il faudrait, idéalement, voir une série entière pour la juger mais c’est le deal, et c’est la même chose pour tout le monde. Quand vous proposez votre série à Canneseries, vous savez que vous avez seulement deux épisodes pour vous démarquer. C’est une modernité car, par exemple, je suis fan de The Wire et c’est une série qui met du temps à démarrer. Si cette série devait s’écrire en 2021, elle serait écrite différemment, j’en suis persuadé.

Vous avez une sensibilité de l’oreille plus développée, en quoi cela joue dans votre manière d’aimer une série?

 

Je ne sais pas si j’y prête plus attention qu’un autre mais il y a des ressorts que j’entends et que je perçois que d’autres ne perçoivent peut-être pas. Mais quand un projet qui était faible se repeint de musique de partout pour habiller, ça s’entend rapidement. La musique comme objet de soutenance d’un ventre de film peu cohérent, ça s’entend beaucoup. Quand il n’y a rien, il n’y a rien…

Comment on réussit à trouver la bonne ambiance sonore pour une série?

Pour L’Opéra, il y a d’abord une réflexion esthétique générale avec la créatrice, la productrice. On rêve le projet. J’ai eu les scénarios tôt et quand je lis, j’entends des choses, même des atmosphères. Je prends conscience que plein de choses se passent à l’opéra où, quand vous êtes sur place, il y a de la musique classique partout. Les trois personnages principaux sont des gens d’aujourd’hui et il faut qu’on l’entende et qu’on trouve autre chose que de la musique classique. Une fois que l’on s’est dit ça, ça peut être mille trucs, on a essayé plein de choses et à force, on arrive sur quelque chose d’urbain classique. J’aime me mettre en danger et j’avais envie d’être original. C’est une clé très importante du cadre esthétique d’une série mais il ne faut pas que ce soit QUE esthétique, ça doit avoir un rapport avec le psychique des personnages. J’ai besoin des images pour habiller une série. Le réalisateur donne un souffle, l’énorme présence des acteurs aussi, tout ça, je dois l’accompagner au plus près.

Que ressent-on quand on voit sa série, sur laquelle on a travaillé deux ans, projetée à l’écran?

On l’a vu sur grand écran à Séries Mania à Lille. Il y a des trucs où j’étais hypercontent et d’autres auxquelles je me suis dit "merde, je n’aurais pas dû faire ça" (rires). On a été arrêtés par le Covid en plein milieu, on a dû s’adapter, travailler à distance, et c’est un long travail car c’est comme huit films et il y a souvent des actes manqués de ma part mais c’est une aventure extraordinaire.

Quelle ambiance sonore de série vous a marqué?

 

Peaky Blinders, forcément. Le choix d’une cité métallurgique du début du XXeme siècle comme cadre et ouvrir la série avec du gros son de métal, il faut être malin pour l’amener. Et avoir aussi un peu de courage. C’est émouvant et ça marche. Quand on voit le générique, on est tout de suite dedans, c’est imbattable.

Vos séries phares?

The Wire, Ted Lasso, I may destroy you, Succession car on s’attache à des personnages pourris et dégueulasses, Euphoria.

Avez-vous des séries que vous avez honte d’aimer?

Honte, je ne sais pas, mais des séries qu’aujourd’hui tout le monde ne regarde pas forcément de manière unanime comme Friends, Le Prince de Bel-Air, je me suis laissé prendre par Gossip Girl, je peux être fleur bleue très facilement.

Quel rôle aimeriez-vous avoir dans une série?

J’ai envie de jouer un flic dans Barbès, fatigué, un flic de quartier qui règle des affaires de merde, que sa femme quitte, un loser magnifique. Et une série de comédie musicale aussi. On m’a proposé d’en écrire une, ce n’est pas évident, mais j’ai très envie d’en faire une.

 

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