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"Le sentiment d’avoir servi": un documentaire retrace les 40 ans de télé de Mireille Dumas ce vendredi soir

France 3 diffuse, ce vendredi soir, un documentaire qui retrace les 40 ans de télévision de Mireille Dumas avec les moments les plus marquants et les plus drôles de ses émissions.

Mathieu Faure (mfaure@nicematin.fr) Publié le 26/11/2021 à 15:03, mis à jour le 26/11/2021 à 14:14
Guy Bedos était un proche de Mireille Dumas et a beaucoup compté dans son parcours cathodique. Photo DR

Un monument que l’on respecte. Mireille Dumas, quarante ans de télévision, est à l’honneur ce vendredi soir sur France 3 avec un documentaire, Quand les célébrités se confient, qui retrace les moments les plus marquants de ses émissions (Vie privée, vie publique, Bas les masques, La Vie à l’endroit, etc.). Celle qui vient également de sortir un ouvrage – Rencontres inoubliables, Vie privée, vie publique – s’est livrée sur quatre décennies cathodiques. Une femme qui a souvent été en avance sur son temps.

Dans votre livre, vous dites: "Aller à la rencontre des autres, de tous les autres, était une nécessité pour moi". Après quarante ans de carrière, avez-vous la sensation d’avoir suivi ce postulat?

Plus que jamais! J’ai été à la rencontre de milliers de personnes, des anonymes, des personnalités, sous différentes formes. J’ai fait du documentaire de terrain, des émissions, des entretiens. J’ai décliné des rencontres sous la forme intime mais c’est surtout la dimension sociale qui m’intéressait. Je présentais ce qu’allait devenir plus tard la fracture sociale.

 

À partir des années 1990, vous avez créé un genre nouveau à la télévision avec des émissions spécialisées dans l’entretien sur un mode intime notamment avec Bas les masques. Comment avez-vous senti que c’était le moment d’utiliser cette forme?
Je viens du documentaire, j’étais sur le terrain, à l’écoute de ceux à qui on donnait peu la parole. Je levais des tabous et je voulais surtout recréer du lien social. Quand on a fait Bas les masques, on recevait des courriers par sacs entiers, les gens étaient heureux qu’on aborde enfin certains préjugés car j’étais vraiment frappée par la lourdeur des tabous de l’époque: l’homosexualité, la pauvreté, la drogue, les abus, etc.

Vous abordiez, sans voyeurisme ni jugement, des sujets encore d’actualité. Comment avez-vous fait pour introduire cette manière de faire à la télévision?
J’avais le soutien de mes dirigeants déjà, ça me permettait d’y aller. Ensuite, le succès de l’émission m’a protégée car, au départ, j’avais seulement signé pour trois mois d’antenne avec Bas les masques. Puis, petit à petit, on a semé des cailloux de prise de conscience. On voulait défendre ces thèmes. En 1996, on doit faire un prime time sur la transsexualité et un quotidien papier s’alarme qu’un tel sujet soit diffusé à une heure de grande écoute. Face à la crainte du scandale, on termine en seconde partie de soirée. On avait déjà abordé les viols de garçons au sein de l’église, avec des témoignages. C’est seulement aujourd’hui, trente ans plus tard, que l’Église débute son mea culpa. Ce que l’on voulait faire, c’est de la télévision d’ouverture, de l’acceptation.

Quels étaient les obstacles, à l’époque?
J’ai souvent été soutenue par mes présidents de chaîne et je montrais des témoignages pour convaincre qu’il fallait faire ces émissions. On en était là car, après un prime time sur un sujet majeur, ça retombait souvent dans l’anonymat. La société de l’époque, c’était un pas en avant, un pas en arrière. En 1992, on rassemble sept millions de téléspectateurs sur un documentaire autour de Simone, une prostituée transsexuelle, c’était nécessaire de le faire, on éduquait les gens et, quatre ans plus tard, sur le même sujet, il y a une forme de frilosité à l’idée de le faire en prime time. Un pas en avant, un pas en arrière...

Laquelle de vos émissions vous ressemble le plus?
Elles font partie de moi, toutes. C’était de la télévision militante, intime mais peut-être que Vie privée, vie publique est celle qui a le plus de maturité.

Vous étiez aussi une femme de rencontres. Laquelle vous a le plus marquée?
C’est difficile de faire un choix dans quarante ans de carrière mais disons que j’ai une affection particulière pour Guy Bedos. Je le rencontre dans les années 1980 et on va en Algérie pour faire un documentaire sur son enfance. Une amitié se dessine entre nous et j’ai fait trois films avec lui dont un nouveau voyage en Algérie sur sa tournée d’adieu car c’était la première fois qu’il montait sur scène à Alger. Guy m’a toujours étonnée.

Et votre rencontre la plus singulière?
En 2001, je reçois Philippe Pozzo di Borgo, l’auteur du livre Le Second Souffle dans lequel il fait allusion à son auxiliaire de vie, Abdel Yasmin Sellou. Je trouvais l’anecdote folle et j’insiste pour qu’ils viennent tous les deux en plateau sur Vie privée, vie publique. C’est plein d’humour et je réalise, par la suite, un documentaire sur eux: la vie, à la mort. C’est ce documentaire qui va inspirer Olivier Nakache et Éric Toledano pour le film Intouchables.

 

Il y a eu, aussi, beaucoup de rires dans vos émissions.
Je repense à la rencontre entre Michel Galabru et Claude Gensac, c’est un grand moment de télévision. C’était prodigieux car ils étaient sans filtre. Mais il y en a d’autres: Enrico Macias qui me parle de fidélité, la manière dont Benoît Poelvoorde me parle de son enfance en essayant de me perdre, Fabrice Luchini aussi.

Le témoignage le plus bouleversant?
Jean-Louis Trintignant quand il me parle de sa fille, Marie. Bernard Giraudeau, qui se savait condamné, qui me parle d’un dernier voyage... J’ai été très surprise et étonnée par Jean Reno qui me parle de la relation à son père. Ce grand gaillard qui craque en face de moi, ça secoue.

Valéry Giscard d’Estaing a aussi joué le jeu sur le plateau de Vie privée, vie publique.
Il parle du pouvoir aphrodisiaque, du regard des femmes sur le pouvoir. Il était notamment venu dans l’émission par curiosité car il n’était pas habitué à ce genre d’exercice, il voulait s’y frotter.

Quel regard portez-vous sur votre carrière?
J’ai l’impression que c’était hier, il me reste beaucoup de choses à faire. Je me dis que je n’ai pas trop mal travailler (rires). J’ai essayé d’apporter ma contribution dans certaines prises de conscience. J’ai été très attentive à l’évolution de la société. J’ai le sentiment d’avoir servi, d’avoir changé le regard des gens.

Vous êtes rapidement devenue productrice aussi. Pourquoi?
Pour avoir une forme d’indépendance. Je voulais garder la main sur ce que je voulais montrer et c’était une garantie de qualité pour moi, sans interférence.

Quel regard portez-vous sur la télévision en 2021?
Il y a une offre incroyable et c’est formidable de pouvoir trouver ce que l’on veut à la demande. Mais, en même temps, on a trop tendance à aller regarder uniquement ce qui nous plaît. C’est de l’entre-soi, le contraire de l’ouverture car la curiosité est moins stimulée, on reste dans notre zone de confort. C’est le contraire de ma vision de la vie.

C’est quoi le style Mireille Dumas?
Ça me ressemble, je me ressemble à l’antenne. J’ai essayé d’amener à voir et entendre autrement. Ce croisement entre vies artistiques, intimes et sociales me tenait aussi à cœur. Je suis toujours attentive aux mots, aux silences, aux hésitations, à la gestuelle sur un plateau. J’ai donné du temps au temps tout en essayant de mettre en perspective le parcours de quelqu’un dans sa globalité.

 

Quand les célébrités se confient, ce vendredi, à 21h05, sur France 3.

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