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Pour limiter la pollution numérique: dix règles à suivre

Surfer sur nos tablettes et regarder des films sur nos smartphones n’est pas sans incidence pour l’environnement. Dans nos sociétés en constante accélération numérique, comment résister et limiter notre impact? La journaliste Juliette Duquesne, spécialisée dans les thématiques économiques et environnementales, nous aiguille.

Gaëlle Belda Publié le 11/01/2022 à 20:00, mis à jour le 17/01/2022 à 19:09
Photo Marvin Meyer - Unsplash

Qu’est-ce que la pollution numérique? Ce sont des émissions de gaz à effet de serre, des contaminations chimiques, l’érosion de la biodiversité, la production de déchets électroniques… Eh oui, il n’y a pas que les pots d’échappement qui étouffent la planète, il y a aussi le secteur informatique. Comme nous avons tous les mains dedans, peut-être faudrait-il se pencher sur ce fléau et se demander comment dégager un peu l’horizon. 

À cet effet, nous avons interrogé la journaliste Juliette Duquesne. Son dernier livre – L’Humain au risque de l’intelligence artificielle –, cosigné avec Pierre Rabhi, pionnier de l’agroécologie, consacre un important espace à la question. Il vient compléter la collection de Carnets d'Alerte. Nous en avons extirpé dix règles simples et efficaces.

Je garde mon smartphone le plus longtemps possible

Juliette Duquesne conserve le sien depuis 2015. Et vous? Parce qu’être en possession de l’iPhone 7 alors que le 13 est déjà entre les mains maladroites de nos ados, ça a quelque chose de frustrant. Mais la réalité c’est qu’en France, la fabrication des équipements des utilisateurs représente 76% des émissions de gaz à effet de serre du numérique et 86% de l’eau consommée par le numérique. Alors, on le conserve notre engin?

J’achète du matériel informatique reconditionné

Pour tout ce que l’on vient de dire et aussi parce que le matériel informatique se recycle très mal. Alors autant en faire bon usage. Dans le monde, seuls 17,4% des déchets électroniques sont collectés et recyclés. Une misère quoi.

 

Je pratique la sobriété numérique

Je diminue l’impact du numérique sur l’environnement. Un mouvement né en 2008 par l'association GreenIT.fr. On ne possède que ce qui est indispensable: je n’ai pas besoin de trois tablettes et de quatre ordinateurs dans mon foyer. Déjà qu’on a cinq téléphones portables! Et puis on modère nos usages. La "surconsommation numérique" n’est notamment pas compatible avec les engagements internationaux pris par la France et l’Union européenne lors de l'accord de Paris sur le climat, en 2015.

Je privilégie les logiciels libres

Il existe des alternatives aux réseaux sociaux qui tiennent aujourd’hui le monopole. Il y a aussi de quoi contourner les outils Google, comme les grands fournisseurs d'accès Internet. Juliette Duquesne évoque notamment l’April, pionnière du logiciel libre en France depuis 1996. Elle promeut la "démocratisation et de la diffusion du logiciel libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l'espace francophone". Chacun est libre de décider… et surtout de s’informer.

Juliette Duquesne a créé les Carnets d'Alerte avec Pierre Rabhi. L'humain au risque de l'intelligence artificielle est le dernier ouvrage de la collection. Photo Laurence de Terline - DR.

Je me documente pour ne plus subir

Juliette Duquesne souligne justement, dans son livre, qu’on peut tout à fait "construire un monde numérique loin des Gafam" (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, Ndlr). Il faut prendre un peu de hauteur de vue pour essayer d’analyser les choses avec un maximum d’objectivité.

"Il est difficile pour nous d’être totalement cohérents avec le numérique", explique la journaliste. Avant de poursuivre: "Nos pays occidentaux sont ceux qui consomment le plus. Les Européens sont 78% à posséder un ordinateur chez eux, contre seulement 10,7% des Africains." Le 15 novembre 2021, la France a néanmoins érigé une loi sur la sobriété numérique pour que convergent transition numérique et transition écologique. 

De nombreux groupes de recherches et autres associations se sont aussi penchés sur cette question et communiquent largement leurs conclusions. Il y a de quoi lire, écouter, visionner sur le web, justement. Et dans les journaux, régulièrement. 

Je ne me laisse pas imposer la 5G sans débat

La 5G nous fait la promesse d’un réseau non saturé et d’échanges encore accélérés. On va pouvoir stocker à fond dans le cloud et regarder des vidéos non-stop sur nos téléphones. Juliette Duquesne a interrogé nombre de spécialistes sur la question. Dont Hugues Ferreboeuf, qui fait partie du think tank The Shift Project – acteur de la transition vers une économie décarbonée – où il conduit des travaux relatifs à l’impact énergétique et écologique de la transition numérique. Il questionne: "Avons-nous vraiment besoin de regarder trois films Netflix par jour? Avons-nous seulement besoin de les regarder mais, désormais, de les regarder en 4K sur un smartphone où, de toute façon, il n’y a pas de différence entre du 4K et une définition plus simple? C’est totalement stupide et ça a des conséquences en termes énergétiques."

 

Cela nous ramène à la notion de sobriété numérique. Parce que la 5G va booster les objets connectés et que pour pouvoir les utiliser, il va falloir se rééquiper. Changer nos smartphones, etc. Et est-ce que cela donnera accès à l’Internet à ceux qui vivent en zone blanche (Non couverte par un réseau mobile, Ndlr)? Même pas. Un investissement conséquent pour favoriser des urbains déjà équipés de la fibre… Cela demande à réfléchir. Et débat. 

J’utilise la Wi-Fi plutôt que la 4G 

Parce que c’est bien moins énergivore que la 3G ou la 4G. "Certains pensent qu’il faut interdire les forfaits illimités pour le mobile, afin d’inciter les consommateurs à se connecter via la Wi-Fi [...]" Cela fait partie des petits gestes quotidiens à mettre en place, du même ordre qu’éteindre sa box et autres appareils électroniques quand on ne s’en sert pas. Ou regarder la télévision via la TNT plutôt que via la box.

La connexion fibre ou ADSL est aussi à privilégier quand on surfe sur Internet. Les impacts de la 4G, en la matière, sont 20 fois plus importants.

 

Je trie, je maîtrise mon stockage

L’auteure fait deux ou trois rappels en la matière. Parce que nous sommes nombreux à nous demander régulièrement si l’on doit imprimer un document ou le conserver sous format numérique. Eh bien, étonnamment, mieux vaut imprimer un document que l’on doit conserver longtemps que de le stocker numériquement. Effacer ses mails? Ce ne serait pas forcément le plus essentiel – même si ce n'est pas négligeable –, mais il faut noter qu’envoyer un mail équivaut à utiliser une ampoule de 60 watts pendant vingt-cinq minutes.

 

Je ne surconsomme pas du numérique parce qu’on gagne en efficacité

La pandémie a déjà eu un effet boosteur, en amplifiant les usages. Les innovations numériques ont tendance à nous pousser à consommer encore davantage. On va plus vite, tout est plus fluide, confortable… Il faut modérer nos pratiques.

 

 

Je prends conscience qu’il faut revenir à l’humain, à la terre

Et je me pose les bonnes questions. Un peu comme lorsque je mange. Qu’est-ce que je consomme et comment? Où est-ce que j'achète? Auprès de qui? En quelle quantité et pour quel impact environnemental? Est-ce que cela coïncide avec mon besoin réel? 

Juliette Duquesne expose quelques chiffres parlants: pour produire un ordinateur de 2 kg, il faut 600 kg de matières premières. Aussi, pour accéder aux métaux nécessaires à ces mêmes équipements en France, il faut extraire quatre milliards de tonnes de terre chaque année. L'indium – utilisé massivement dans les écrans LCD, notamment – pourrait connaître des problèmes d’approvisionnement dès 2030-2035. "Toutes mes enquêtes me ramènent à ça. À la terre. Au modèle agricole qu’il faut changer. Je sais que le lien est un peu difficile à saisir, mais on en est là. Nous vivons dans des sociétés hors-sol. La numérisation toujours plus forte nous pousse à vivre hors-sol. On ne va pas pouvoir revenir complètement en arrière, mais on peut modérer les choses. Privilégier les innovations sociales aux innovations numériques."

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