Panne géante à Monaco Telecom: on vous décrypte les causes et les conséquences

En pleine maintenance d’un data center, le groupe électrogène de secours est tombé en panne ce mardi. Les services de téléphonie fixe, mobile et internet ont été fortement impactés. CHPG et Centre cardio-thoracique nous expliquent comment ils ont géré cet événement inédit

Thibaut Parat Publié le 01/12/2022 à 07:00, mis à jour le 02/12/2022 à 11:18
C’est ici, dans les locaux de Monaco Telecom, que le service de supervision a été alerté des dysfonctionnements lors de l’opération de maintenance du data center. Photo Jean-François Ottonello

"Lun des incidents les plus graves de l’histoire de Monaco Telecom." Pour qualifier la panne majeure subie ce mardi après-midi par l’opérateur de télécommunications monégasque, son directeur général, Martin Peronnet, ne se voile pas la face et, surtout, ne sous-estime pas les conséquences d’une telle crise. A 14h34, très précisément, les services de téléphonie fixe, mobile et internet ont été très fortement perturbés à Monaco.

Si une partie de l’incident technique a été résolue dans l’heure, ce n’est qu’à 20h45 que la téléphonie fixe a été définitivement rétablie pour tous, obligeant entre-temps les opérateurs d’importance vitale (OIV) de la Principauté à s’organiser en interne pour assurer une continuité des services d’urgence. Le tout piloté par une cellule de crise gouvernementale au ministère d’État. On vous décrypte ce qu’il s’est passé.

Tout commence par une maintenance

Alors que Monaco Telecom effectuait une maintenance sur l’un des principaux data center du pays, situé dans la "zone J" de Fontvieille sous le centre commercial, le groupe électrogène censé prendre le relais est soudainement tombé en panne.

À 14h34, donc, une heure et demie après le démarrage de l’opération. "Un équipement à l’intérieur de celui-ci s’est mis en échec, a disjoncté", précise Martin Peronnet.

Les équipements impactés, particulièrement énergivores, n’ont guère tenu longtemps avec leurs batteries internes. Jusqu’à 14h50. "Il a fallu arrêter la maintenance et rebrancher de toute urgence le data center sur le réseau SMEG. L’alimentation électrique a été rétablie à 15h15."

Les antennes mobiles ont ainsi progressivement repris du service et les connexions internet impactées ont été rétablies. Restait une problématique, de taille.

La téléphonie fixe out

Le commutateur téléphonique, par lequel transitent les lignes utilisant un signal analogique, n’a pas redémarré. "La plupart des centraux téléphoniques n’ont pas encore migré vers des technologies plus modernes. Ce sera le cas d’ici décembre 2024 avec l’extinction de la technologie du réseau cuivre", explique Martin Peronnet.

Cela a donc impacté les entreprises, de toutes tailles: de la pizzeria ne pouvant plus recevoir les appels téléphoniques de ses clients aux grands hôtels de la Principauté.

Mais aussi, et cela est plus épineux, les fameux OIV, entre autres la Sûreté publique, les sapeurs-pompiers de Monaco, le Centre hospitalier Princesse-Grace ou encore le centre cardio-thoracique.

Ces entités vitales, injoignables de l’extérieur, furent alors la priorité de la cellule de crise. "On a migré au plus vite les numéros d’urgence sur des lignes fonctionnelles. Vers 17h, la bascule était faite pour tous", poursuit-il.

Entre-temps, et en constante relation avec la cellule de crise, ces OIV s’étaient organisés en interne pour ne pas être coupés du monde (lire ci-dessous).

En lien avec Nokia, le fabriquant du commutateur, Monaco Telecom a redémarré l’équipement à 20h45.

Les enseignements

"On n’est jamais confronté à ce genre de panne. Tout est fait pour qu’on évite cela. Le dernier incident d’énergie de cette ampleur datait d’ailleurs de 1997, confie Martin Peronnet. Là, toutes les protections ont sauté une à une. On va réfléchir à comment construire une protection plus efficace, des garde-fous supplémentaires."

Le déménagement du data center vers la "zone F" de Fontvieille et de l’immeuble Grand Ida, lors des travaux de restructuration du centre commercial, devrait être l’occasion de revoir son architecture afin d’éviter des incidents similaires. La transition du réseau cuivre vers la fibre optique est aussi l’une des clefs. "Ce sera bien plus sûr. Le processus est enclenché avec le gouvernement. On a deux ans pour migrer tout le monde."

Dans le cadre de ses portes ouvertes, Monaco Telecom recevra aujourd’hui une délégation gouvernementale, menée par le ministre d’État, Pierre Dartout, et de l'un de ses conseillers de gouvernement-ministres, Céline Caron-Dagioni. Nul doute que la panne occupera l’essentiel des conversations et sera l’occasion, aussi, de rendre toujours plus efficient les process de gestion de crise.

La continuité des soins a été garantie au CHPG, ainsi qu’au centre cardiothoracique de Monaco. (Photo archives Jean-François Ottonello).

Comment le CHPG a vécu cette crise en interne

Quand la direction du Centre hospitalier Princesse-Grace a pris conscience que la panne allait durer, sans visibilité sur sa résolution, une cellule de crise interne a été activée en étroite relation avec la directrice générale du Département des Affaires Sociales et de la Santé.

Les principaux cadres de l’hôpital et leurs équipes ont d’abord établi un diagnostic précis de la situation pour s’assurer que la continuité des soins était garantie. "Les équipements de soins, notamment aux urgences, en réanimation et en cardiologie n’étaient pas impactés, détaille Malik Albert, directeur adjoint au CHPG. Les dossiers médicaux et les lignes téléphoniques internes non plus."

Seules les communications de téléphonie fixe avec l’extérieur ne fonctionnaient plus. Problématique en cas d’urgence vitale. "On a prévenu les acteurs des Alpes-Maritimes les plus susceptibles de nous acheminer des patients, comme le Samu 06 et le CHU de Nice, et ceux de la Principauté que l’on était joignable sur nos téléphones mobiles personnels, poursuit-il. Comme le CHPG est multi-sites et que l’un d’entre eux, le Cap Fleuri à Cap-d’Ail, n’était pas impacté par la panne, on a également basculé le standard du CHPG sur celui du Cap Fleuri. On a renforcé l’équipe pour réceptionner les appels."

La situation est revenue progressivement à la normale vers 18h avant, heureusement, le début de l’astreinte nocturne. "C’est inédit ce que l’on a vécu. Cela a généré des difficultés pour les familles des patients hospitalisés mais aucun retard de prise en charge n’a été répertorié, assure le directeur adjoint. Cela nous a permis de s’assurer de la réactivité de l’ensemble des services."

Un coursier envoyé au CHPG par le centre cardiothoracique

Si l’hôpital monégasque, opérateur d’importance vitale, est doté de groupes électrogènes et est protégé des cyberattaques, le risque zéro n’existe pas. "Cela nécessite un entraînement régulier et des procédures solides."

Même scénario au Centre cardio-thoracique de Monaco qui a été contraint de basculer son numéro d’urgence sur une ligne fonctionnelle. "On a prévenu les acteurs de Nice et Menton par mail et portable. J’ai même envoyé un coursier au CHPG, à l’ancienne, pour qu’il livre l’information en direct au service des urgences, confie Guy Nervo, président délégué de la structure. La situation a été rétablie dans la soirée. Durant cette panne, on a accueilli deux urgences. On a fait ce qu’il fallait en interne pour sécuriser notre maison, nos patients, et ne pas interrompre notre mission de service public."

 

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.