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Les scaphandriers, ces acteurs immergés de l’extension en mer à Monaco

Mis à jour le 04/02/2020 à 15:00 Publié le 04/02/2020 à 15:00
Le scaphandrier est, certes, seul à plonger. Mais une équipe de 4 personnes est derrière lui.

Le scaphandrier est, certes, seul à plonger. Mais une équipe de 4 personnes est derrière lui. Photo Jean-François Ottonello

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Les scaphandriers, ces acteurs immergés de l’extension en mer à Monaco

Le métier de scaphandriers et de plongeurs est une facette méconnue du chantier de l’extension en mer. Reportage auprès de ces équipes qui assurent du génie civil et un suivi environnemental

Des ouvriers qui fourmillent par centaines sur les six hectares de la plateforme, des engins et outils de chantier à chaque mètre carré. Voilà pour la face visible du chantier titanesque de l’extension en mer. Une facette méconnue - immergée serait-on tenté de dire - s’active pourtant au quotidien. Sous la surface de l’eau, donc. Celle des scaphandriers de Bouygues Travaux Publics Monaco et des plongeurs d’Andromède Océanologie. Les premiers œuvrent principalement sur le génie civil et la mise en place de mesures pour favoriser l’écoconception. L’action des seconds, en revanche, revêt plutôt un caractère de suivi scientifique des espèces protégées.

Pour les équipes de cinq scaphandriers de Bouygues TP, le rituel est immuable chaque matin. A la lecture du planning du jour, le staff s’assure que le matériel est en bon état de marche, établit une check-list, passe en revue les dangers inhérents aux actions de la journée. "La vie du scaphandrier qui est sous l’eau dépend des quatre autres", résume justement Luc Nitenberg, le référent "travaux maritimes et sous-marins" pour Bouygues TP. Reportage.

Le travail effectué sur le chantier

 

Ce n’est que depuis janvier 2019 que Bouygues Travaux Publics Monaco a dépêché sur le terrain ses propres scaphandriers. Avant cette date charnière, l’activité était sous-traitée, notamment pour la pose d’émissaires - les canalisations - ou d’écrans antiturbidité. Depuis, l’équipe menée par Luc Nitenberg est montée petit à petit en puissance. "Au début, on a monté une équipe de visites et d’inspection pour fournir des documents, films et photos pour valider, par exemple, la pose ou non d’un caisson", explique le référent "travaux maritimes et sous-marins" chez Bouygues TP.

À terme, ce ne sont pas moins de quatre équipes de cinq scaphandriers qui évolueront sur le chantier. L’activité principale ? Le coulage, sous l’eau, de douze blocs de 80 m3 de béton, ralliant l’un des caissons de la ceinture protectrice au rivage.

"C’est un travail très physique car il faut arriver à maîtriser le manche d’où provient le béton", poursuit l’expert. À raison de deux blocs par semaine, cette activité devrait s’achever d’ici fin février.

 

Un découpage
Un découpage Photo DR

Une autre partie du travail s’opère en dehors de la fameuse ceinture de caissons, laquelle définit les nouvelles frontières de la Principauté. L’intérieur de ces parpaings géants de 10 000 tonnes pièce est, pour l’heure, étanche car obturés par des volets noirs verticaux. "On va enlever ces volets petit à petit. Cela nécessite un travail de perçage, de découpe." Une tâche, démarrée hier pour les quatre prochains mois, qui peut vite s’avérer excessivement dangereuse, en cas de non-respect des règles de sécurité.

En parallèle, l’équipe installe des panneaux d’écoconception de 500 à 900 kg, à l’extérieur de ces caissons. Douze par bloc. "De plus, on opère des inspections et une surveillance en permanence sur les rideaux antiturbidité. D’où la montée en puissance des équipes. S’ils ne sont pas en bon état, on les change immédiatement. Cela évite que la turbidité atteigne les réserves naturelles. L’écologie est en jeu et on ne rigole pas avec ça", assure Luc Nitenberg.

Par ailleurs, début février, une partie du chantier se concentrera sur le futur port d’animations de dix-huit anneaux. "On va bétonner le quai dans l’eau sur une hauteur de trois mètres. Au total : 2 100 m3 de béton à couler, ce qui est énorme. Il y aura une équipe de cinq personnes pour cette tâche."

Les dangers et comment s'en prémunir

Photo Jean-François Ottonello

On le sait, l’eau est par nature un environnement hostile. Alors, quand les équipes de Luc Nitenberg évoluent à plusieurs mètres, voire dizaines, de profondeur, le danger est partout. Et permanent. "Lors des découpes sous l’eau, par exemple, il faut s’assurer que tous les gaz de découpe s’échappent. Si ça forme une poche de gaz, ça explose, prévient cet ancien plongeur militaire pendant près de deux décennies. J’ai eu un camarade, un ancien de l’armée, qui est mort en découpant un bateau dans le port de Marseille."

Autres risques : l’aspiration par le courant, l’électrocution avec un poste à soudure, le contact du béton avec la peau ou encore le traumatisme avec une manche lorsque du béton est coulé. "Quand le béton arrive, la manche devient un tigre. C’est comme se battre avec un ours. Ça part dans tous les sens", explique-t-il.

L’eau n’étant pas le milieu naturel de l’homme, on retrouve aussi tous les risques hyperbares, "liés au fait d’être sous pression" : les problèmes d’oreilles, de surpression pulmonaire ou encore l’accident de désaturation. "Ça, c’est quand on remonte sans faire les paliers. On peut finir paralysé, cela peut-être très grave. Ensuite, on ne dépasse jamais quinze minutes de palier", détaille Luc Nitenberg.

À notre connaissance, aucun accident de cette gravité n’a été recensé sur le chantier de l’extension en mer, hormis un problème au tympan pour l’un des scaphandriers. Et ce, grâce à des procédures et un manuel de sécurité bien ficelés. "La sécurité des hommes prime avant tout", clame le référent "travaux maritimes et sous-marins" chez Bouygues Travaux Publics.

Chaque année, une visite médicale est obligatoire pour exercer. Tous les cinq ans, les scaphandriers retournent sur les bancs de l’école pour se tenir au fait des dernières réglementations et techniques. Sur le terrain, un scaphandrier ne peut pas dépasser trois heures de plongée, palier compris. "Il ne va pas dormir après, rassure Luc Nitenberg. Il va passer assistant, il va tenir le narguilé [long tuyau qui envoie l’air, ndlr] ou alors il va préparer la pince à découper. Il y a toujours quelque chose à faire."

Dans l’équipe de cinq (Un scaphandrier, un superviseur, le plongeur secours et deux assistants, ndlr) - la législation oblige à être au moins trois - figure un plongeur secours. "Il reste équipé en permanence. S’il y a un problème sous l’eau, il est prêt à intervenir. C’est un boulot ingrat mais indispensable. Pendant trois heures, il écoute ce qu’il se passe, il voit ce que fait le scaphandrier à la caméra. De plus, on ne met jamais quelqu’un qui a un rhume en plongeur de secours."

La tenue

Le casque pèse tout de même 17 kg en surface.
Le casque pèse tout de même 17 kg en surface. Photo Jean-François Ottonello

Les puristes des aventures de Tintin se souviendront du reporter évoluant en scaphandre dans Le Trésor de Rackham Le Rouge. Toutes proportions gardées, la tenue vestimentaire sous-marine des équipes de Bouygues TP n’est guère éloignée du personnage de bandes dessinées belge.
"Un scaphandrier est en combinaison étanche, en fonction de la température de l’eau. Il porte un casque complet de 17 kg. Très lourd à porter en surface mais neutre sous l’eau", détaille Luc Nitenberg.

Le casque est alimenté en air par un tuyau nommé "narguilé", dont la source d’alimentation est en surface. "Il a un harnais qui sert à porter la bouteille de secours, à accrocher le narguilé et parfois on l’utilise pour déposer délicatement le scaphandrier dans l’eau et le sortir. On n’a pas le droit de sauter avec le matériel. Soit il descend par une échelle, soit avec le système de grue."

Une profession, vous l’aurez compris, difficile et physique.


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