Rubriques




Se connecter à

"On a saisi l'opportunité de la crise sanitaire". Le vice-président du Sportel dresse le portrait du sport business

Vice-président de Sportel, Laurent Puons dresse le portrait d’un marché du sport business en pleine révolution et prône la prise de risques pour garder un coup d’avance à Monaco.

Thomas Michel Publié le 13/10/2021 à 05:06, mis à jour le 13/10/2021 à 16:00
"La stratégie mise en place porte ses fruits", selon Laurent Puons. Photo Jean-François Ottonello

À quelques heures de la clôture du 31e Sportel, mercredi dernier, le directeur général de Monaco Mediax, Laurent Puons, nous a confié sa vision de l’évolution du marché du sport business.

Alors que la nouvelle génération balaye les codes de la consommation, que les contenus et supports mutent, que les applications détrônent les chaînes classiques… Monaco se veut à l’avant-garde.

Désormais, son marché annuel des décideurs, sa locomotive Sportel, sera accolé, mais scindé, à des Sportel Awards qui ont vocation à devenir de plus en plus populaires.

Et comme ce marché frénétique ne tolère pas le vide, l’événement Sportel du printemps aux États-Unis est maintenu. à Miami. Et après lifting complet. Conversation sans filtres.

 

Pourquoi est-ce si important de scinder Sportel, le marché du sport business, et les Sportel Awards, récompensant les plus belles images de sport et des sportif(ve)s?
Ne serait-ce qu’en termes de retombées médiatiques, le fait d’avoir deux événements distincts permet à chacun de prendre plus d’ampleur et de notoriété. On a eu des retours presse très importants dès le premier jour, ce qu’on n’aurait pas pu avoir auparavant tellement le marché "vampirisait" les Sportel Awards. Aujourd’hui, la stratégie mise en place il y a trois ans porte ses fruits avec des Sportel Awards qui se développent et, dans un avenir très proche, vont encore prendre de l’ampleur. Je n’ai jamais été autant ému que cette année par la compétition, les images étaient fantastiques et il y a eu deux standing ovations. Seul le sport peut créer cette émotion.

Mais sans Sportel, pas de Sportel Awards…
C’est très simple. Nous avons pris la décision de faire des Sportel Awards une manifestation à part entière parce qu’on gagnait de plus en plus d’argent sur Sportel, ce qui permet aujourd’hui de "subventionner" les Sportel Awards. Et même de procéder au développement du Festival de télévision. D’ailleurs je suis fier des résultats du Sportel marché cette année. Malgré la diminution du nombre d’exposants, le pourcentage d’Américains, Asiatiques et Indiens est toujours aussi important qu’en 2019. L’aura internationale est intacte, et nous avons même drainé plus de 160 nouvelles sociétés, alors qu’on est tous conscients qu’on est en sortie de crise mais qu’elle n’est pas derrière nous.

Et en même temps, cette crise bénéficie aux diffuseurs que vous accueillez…
Oui. C’est malheureux mais cette crise sanitaire, en nous contraignant à rester chez nous, a propulsé la création de plateformes digitales comme Netflix, Amazon, Salto, et d’autres dédiées au sport. La crise nous a obligés à consommer davantage et il est certain que Sportel a saisi cette opportunité. On s’est rendu compte aussi que sur le hall d’exposition il y a de plus en plus de nouvelles technologies. Aujourd’hui vous pouvez vous-même faire des commentaires durant la projection d’un match de foot ou d’un combat de boxe par exemple. Au lieu de les avoir sur les réseaux sociaux, vous les avez sur votre plateforme.

Un phénomène popularisé par la plateforme Twitch…
Exactement, et c’est l’avenir. On a réussi à fidéliser notre noyau dur de vendeurs de contenus, notre objectif maintenant c’est de développer la venue de nouvelles technologies, comme l’e-sport.

 

Le terme à la mode c’est "l’expérience". Allez toujours plus loin dans le sur-mesure proposé aux consommateurs. Et l’offre en est bouleversée…
Il y a cinq ou six ans, quand on a commencé à visionner les images de sport sur le smartphone, je trouvais ça très bien, mais je me demandais comment on allait suivre un match de foot en entier. Par contre un but, un K.O., un panier, aucun problème. Les années ont passé et on s’est rendu compte que les nouveaux consommateurs ne consomment que là-dessus. Ils ne regardent plus le téléviseur, même pas leur tablette. On constate aussi que regarder 90 minutes d’un match de football n’intéresse plus, sauf si c’est PSG - Real Madrid.

La nouvelle génération a ses propres codes. Elle "grignote" des contenus. Se lasse des longs formats. L’attention n’est pas la même…
Mes petits-enfants peuvent faire un jeu vidéo en même temps qu’ils regardent une vidéo ou vont sur une autre application. C’est la problématique de Netflix aujourd’hui : son concurrent n’est pas Amazon mais les jeux vidéo. Rien ne capte plus l’attention. Je ne pense pas me tromper en disant que Netflix se positionne sur ce créneau des jeux vidéo.

"Aujourd’hui ce ne sont pas les plus puissants qui gagnent, ce sont les plus rapides ”

Se pose alors, déjà, la question de la fidélité à ces plateformes…
Netflix a été une révolution, démontrant que le consommateur veut consommer où il est, quand il veut. Quand le président de Netflix disait il y a quatre ou cinq ans qu’il n’y avait pas d’avenir dans les chaînes linéaires, tout le monde a fait une levée de boucliers mais il avait raison. Qui aujourd’hui regarde encore le film du dimanche soir ?
De moins en moins de monde. Ou à la carte, en replay. Quand tu arrives dans ta chambre d’hôtel aux États-Unis, tu rentres ton adresse email et ton mot de passe et tu es connecté à Netflix.

L’entrepreunariat classique n’a-t-il pas beaucoup à apprendre du sport-business aujourd’hui ?
La remise en question, c’est une devise pour moi. Je dis toujours à mes équipes que ce que nous avons proposé cette année ou hier, ne marchera certainement pas demain. Sportel Awards 2021 est un vrai succès, ce n’est pas pour autant que l’édition 2022 sera sur le même modèle. Quelque soit le secteur d’activité, la continuité ne peut pas mener au succès. Aujourd’hui ce ne sont pas les plus puissants qui gagnent, ce sont les plus rapides à la prise de décision. On peut se tromper, mais camper sur ses décisions est encore pire.

 

Il faut prendre des risques.
C’est la seule manière de faire évoluer les choses. Un exemple: j’ai choisi de développer l’e-sport et d’investir dedans depuis deux ans, peut-être que je vais me planter. ça coûte de l’argent et je n’ai pas encore mon retour sur investissements. Mais peut-être que l’année prochaine, je dirai que j’ai bien fait et pas investi à pertes. On a quand même eu une couverture mondiale grâce à la finale de League of Legends organisée à Monaco. Des millions de personnes ont parlé de la Principauté. On peut considérer que l’investissement est déjà amorti avec cette visibilité. Et c’est stratégique, je l’ai fait pour attirer ce secteur sur le Sportel marché. Si ça ne marche pas, au moins j’aurais fait quelque chose, et ce n’est pas pour ça que Sportel ne va plus exister.

Comment attirer ce secteur des jeux vidéo vers Sportel?
On se remet en cause systématiquement sur les stratégies marketing, de communication et de vente. On ne parle pas de la même façon à une start-up impliquée dans le e-sport qu’à ESPN ou à la NBA. On ne met pas en place la même grille tarifaire. Si on propose un stand à 9 000 euros à ESPN, il le prend. Par contre la petite start-up s’en va, elle ne peut pas. Mais si tu discutes, négocies, investis, tu vas peut-être lui vendre le stand moins cher mais tu vas quand même gagner de l’argent, tout en accueillant une nouvelle société sur le marché.

Miami 2022

Sauf énième contre-attaque du virus, Sportel posera ses valises en Floride les 14 et 15 mars 2022, pour une session printanière relookée, baptisée "Sportel Rendez-vous". "On a voulu apporter à notre communauté un nouveau format, se réjouit Laurent Puons. De façon à leur permettre de participer avec un budget limité et, stratégiquement parlant, de mettre un maximum de budget sur Monaco."

"L’objectif premier est d’apporter à nouveau le business européen aux US, et vice-versa. Et j’ai saisi l’opportunité de la crise pour revoir tout. Un détail, on ne sera plus dans un hôtel 4-étoiles luxe. Ce n’est plus la tasse de thé des gens de mettre 400 dollars dans une chambre."

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.