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Objectif Vendée Globe pour le skipper Boris Herrmann et son nouveau Malizia-Seaexplorer

Le skipper, bien connu de Monaco pour barrer le Malizia-Seaexplorer, dispose désormais d’une nouvelle version du navire. à sa récente mise à l’eau vont se succéder tests puis courses au large.

Propos recueillis par Thibaut Parat Publié le 01/08/2022 à 11:04, mis à jour le 01/08/2022 à 15:49
Boris Herrmann. Photo Team Malizia

Premier Allemand de l’histoire à s’aligner au départ du Vendée Globe, Boris Herrmann avait surpris tout son monde en achevant la course légendaire à la 5e place, après 80 jours autour du monde à ferrailler, en solitaire, contre les éléments déchaînés.

Proche de la victoire finale, avant qu’un chalutier espagnol ne brise ses espoirs dans la dernière ligne droite, le skipper entend bien réitérer cette performance en 2024.

Pour conquérir l’Everest des Mers, Boris Herrmann peut compter sur une troisième version du Malizia-Seaexplorer, un IMOCA battant pavillon monégasque. Mis à l’eau le 19 juillet à Lorient, ce navire de 18 mètres de longueur, dont le mat culmine à 29 mètres de haut, couronne 80.000 heures de travail de conception et de construction. Plus de 250 personnes ont travaillé sur ce projet.

Alors que des tests plus poussés en mer auront lieu les prochains mois, le baptême du feu sera la route du Rhum - Destination Guadeloupe. L’occasion parfaite d’ajuster le navire avant les nombreuses échéances sportives qui séparent Team Malizia du Vendée Globe.

Entretien avec Boris Herrmann.

 

En quoi cette troisième mouture de Malizia-Seaexplorer est-elle différente des précédentes?

Ce bateau est plus adapté, on l’espère, pour le passage en mer. Le bateau précédent s’est souvent enfourné dans les vagues et s’arrêtait brutalement. Il avait une bonne vitesse de pointe mais la vitesse moyenne n’était pas suffisamment élevée.

Pour cela, on a changé la carène [la partie immergée, ndlr]. La forme de la coque est plus arrondie, l’étrave monte plus haut. On espère donc que ce bateau ira plus vite. Je suis très fier de cette mise à l’eau car c’est l’aboutissement d’une très belle histoire entre des passionnés, hommes et femmes, qui ont travaillé pendant une année et demie. Ce week-end, [l’interview a été réalisée ce vendredi, ndlr], ce sera ses débuts en navigation.

On dit que ce bateau est à part des autres navires de sa classe…

Oui, c’est vrai. Ce qui est étonnant, c’est que la science de l’architecture navale n’est pas encore exacte. Il y a tellement de variables et de visions différentes. Cela nous amène à des résultats très divers, selon les navires. C’est flagrant. Un de nos concurrents, dont le navire vient d’être mis à l’eau, a par exemple une coque très étroite. La nôtre est plus large.

"JE SUIS ARRIVé avec des visions et opinions fortes"

Quel rôle personnel avez-vous joué dans la conception?

Je suis arrivé avec des visions et opinions fortes, peut-être un peu trop parfois (rires). J’ai souhaité avoir un bateau avec une forme de coque "bananée". En théorie, sur les mers plates, on devrait être moins rapides que les bateaux plats, très allongés. Mais dans les mers du Sud, au Vendée Globe par exemple, c’est certain que cela nous aidera.

La crise sanitaire a-t-elle été un frein pour trouver de nouveaux sponsors financiers?

Paradoxalement, la crise du Covid-19 a boosté notre sport. Le Vendée Globe s’est déroulé au moment où beaucoup de sports ont été arrêtés, où les gens ont été confinés à la maison. Nous, on a pu respirer, transmettre ce rêve de voyager. Cela a attiré des sponsors. Quinze nouveaux bateaux ont été construits.

Après la mise à l’eau, quel est le programme des prochains mois?

Après la première navigation de ce week-end, on dispose d’une bonne semaine pour rendre le navire capable de prendre le large. Il nous manque encore certains équipements, comme les antennes satellitaires, et l’on doit procéder à des finitions. Fin août, on va tester davantage le bateau au large pour que je puisse me qualifier pour la route du Rhum.

Début septembre, on va naviguer en équipage jusqu’à Hambourg avant de revenir en Bretagne pour participer au Défi Azimut, une course côtière et une course offshore qui rassembleront toute la flotte Imoca. Ensuite, on s’entraînera dans le Finistère, à Concarneau, avec des courses au large.

Dans votre préparation au Vendée Globe, les courses solitaires semblent moindres que celles en équipage?

Bien naviguer pour le Vendée Globe, c’est naviguer beaucoup de milles nautiques, fiabiliser et mieux connaître son bateau. Pour cela, il faut une équipe solide et s’entourer d’autres navigants. The Ocean Race, en janvier prochain, est la course idéale pour cela, d’autant plus qu’on va se familiariser avec les mers du Sud. Bien sûr, on va essayer de performer et de la gagner. Cette année, je ne vais pas faire beaucoup de courses en solo.

Quels souvenirs gardez-vous de la route du Rhum?

C’est la deuxième course la plus connue en France. Elle est primordiale pour nous car c’est une sélection pour faire partie des 40 concurrents au Vendée Globe. J’ai vraiment hate d’affronter la flotte d’Imoca et les copains. Je vais essayer de réitérer la performance d’il y a quatre ans [il avait terminé 5e, ndlr]. J’étais bien mentalement, je connaissais mon bateau. Je m’y sentais comme chez moi.

Vendée Globe: "On peut viser vraiment haut"

À votre arrivée au Vendée Globe, vous disiez avoir changé. Vous le ressentez encore ?

Cela m’a donné confiance en moi de savoir que si l’on se fixe des ambitions élevées, si l’on travaille bien, on peut atteindre des objectifs étonnants.

Comme la victoire en 2024?

Oui ! Aujourd’hui, notre équipe est solide, on a un bateau neuf, des ressources importantes, avec la possibilité de se préparer pour The Ocean Race. On peut viser vraiment haut ! Désormais, il faut voir ce que le bateau a dans le ventre, comment il réagit, comment il performe par rapport aux autres. Quant à moi, skipper, reste à savoir si je peux évoluer suffisamment pour être à la hauteur du bateau. Car ceux-ci deviennent de plus en plus exigeants… Le Vendée Globe fut éreintant avec un sprint final malheureux…

La décision de participer à la prochaine édition fut-elle compliquée à prendre?

Pendant la course, j’ai hésité, oui. À l’arrivée, en revanche, je savais déjà que j’allais la refaire. Elle m’a apporté de très belles choses. C’est fascinant de suivre ses objectifs et son rêve, d’avoir inspiré des gens avec celui-ci. Cela dégage beaucoup d’énergie positive en moi, et autour de moi.

Y a-t-il eu un avant et un après au niveau de la notoriété?

Oui. Les Allemands viennent à ma rencontre pour des dédicaces, pour des photos. Ce n’était pas très habituel pour moi.

Qu’a donné l’analyse des données scientifiques récoltées par le laboratoire installé sur votre navire?

Connaître le taux de C02 dans les mers est très important pour les scientifiques afin de mieux comprendre le réchauffement climatique et le cycle carbone. Les émissions émises dans l’atmosphère sont, en partie, absorbées par les océans. Les mers du sud, où l’on navigue, sont l’un des principaux puits de carbone de la planète. Notre passage a permis de récolter des données très précises, rendues publiques. Elles participent à améliorer les modèles des scientifiques. Elles se sont retrouvées dans des publications très importantes.

Le nouveau bateau sera doté du même laboratoire?

Oui. Je suis convaincu qu’il faut rester sur ce que l’on a commencé, sur ce que l’on sait faire, et de ne pas partir sur d’autres thèmes comme le microplastique, les algues ou le microplancton. Nos mesures sont fiables et l’on apporte un savoir-faire à la communauté scientifique.

 

Cela a-t-il donné des idées à d’autres concurrents?

On souhaiterait avoir plus d’équipes qui nous rejoignent dans cette cause. On a convaincu Fabrice Amedeo d’installer le même capteur sur son bateau. Petit à petit, cette idée se fait sa place dans le milieu de la course au large. On espère en convaincre d’autres sur The Ocean Race.

La nouvelle version du navire a été mise à l’eau le 19 juillet à Lorient. Photo Team Malizia.

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