"Mon sport est très différent de ce que je peux paraître": la pensionnaire de l'Urban sport center, à Menton, brille en MMA

Pensionnaire de l’Urban sport center (USC), la Mentonnaise Alice Michalkiewicz brille en MMA. Elle vient de remporter son 1er combat professionnel, légitimant un choix de discipline atypique.

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Alice Rousselot Publié le 17/01/2023 à 07:58, mis à jour le 17/01/2023 à 08:22
Alice Michalkiewicz et son coach Jacky Ruidavert. DR
Le MMA est une discipline hybride. DR.

Pour une touche-à-tout comme Alice Michalkiewicz, le fait de s’orienter vers un sport mêlant toutes les aptitudes possibles a quelque chose de logique. À ceci près que le Mixed martial arts (MMA), légalisé très tardivement en France – en 2020 – reste une discipline diligentée par les hommes. Et que ce que dégage la Mentonnaise peut sembler être en tout point opposé à l’image de ce sport, qu’elle pratique désormais en tant que professionnelle.

"Il ne faut pas se mentir, mon choix a surpris pas mal de monde. Mes parents savaient que j’avais un côté garçon manqué, que j’avais besoin de me dépenser. Mais en dehors du MMA, je suis quelqu’un d’agréable et de souriant. Mon sport est complètement différent de ce que je peux paraître", explique la Mentonnaise de 27 ans. Consciente que beaucoup de gens pensent – à tort – que c’est une activité barbare. Que tout y est permis. "Mais s’il n’y avait pas de règles je ne le pratiquerais pas…"

"Le MMA, ce sont tous les sports de combat réunis. Il s’agit d’une discipline très complète, hybride. Pour moi, c’est un art de combat. Un lien entre les arts martiaux et les sports de combat", résume son coach, Jacky Ruidavet. Soulignant que dans la pratique de ce sport, on sollicite autant la souplesse, la force et l’endurance que l’explosivité.

J’ai libéré la lionne, et Jacky était le dompteur

Questionnée sur son parcours, la Mentonnaise entame une énumération impressionnante de diversité. Une scolarité à la Villa blanche et au lycée Curie. Un diplôme de trompettiste obtenu au conservatoire de musique de Menton. Un passage par l’orchestre de la Garde, un peu ralenti ces derniers mois en raison du MMA, chronophage, et d’une blessure à la main. "Il n’y a que trois pistons sur une trompette mais il a fallu que je me casse pile le doigt du milieu", plaisante celle qui a aussi été membre de la Capeline – pratiquant la danse et le chant.

Durant son adolescence, Alice Michalkiewicz a également fait des compétitions de natation. Et de tir à l’arc. "Je suis partie trois ans à Aix pour les études, poursuit-elle. Je voulais rentrer dans l’armée, alors j’ai intégré un lycée militaire pour préparer le concours de l’École de l’air. Une sorte d’ENS, mais version militaire." L’athlète explique être allée jusqu’aux oraux, mais avoir fini trop loin dans la liste d’attente. Avant de gagner quelques places l’année suivante, sans être admise pour autant. "C’est à ce moment que j’ai décidé de me remettre en forme. Mais toute seule, je n’avais pas la motivation", glisse-t-elle. Indiquant avoir poussé la porte de l’Urban sport center (USC) un jour de 2016. Après avoir découvert sur Internet l’existence de ce petit club mentonnais, ouvert deux ans auparavant, et accessible à tous les niveaux. "Au bout de trois-quatre mois j’ai demandé à suivre des cours de combat. Au début, une fois par semaine. Puis tous les jours. Puis plusieurs fois par jour. Et je ne suis plus jamais partie…"

Bien décidée à ne pas lâcher son projet d’origine, Alice passe parallèlement le concours de la gendarmerie, ainsi que les tests pour entrer dans l’armée de terre. "J’étais prise à chaque fois. J’étais même dans les cent premiers – sur 3.000 – pour la gendarmerie. Mais une petite voix m’a dit: reste. Je sentais que je progressais." Une première victoire (amateur) en région parisienne, face à une adversaire locale, parachèvera ce sentiment de vocation à ne pas laisser filer. "J’ai libéré la lionne. Et Jacky était le dompteur", résume Alice. Rappelant que l’entente avec ce dernier est primordiale. D’autant que le MMA est un sport particulièrement difficile, et implique un soutien autant physique que psychologique. "On prend des coups, ça fait parfois mal à l’ego. Mais il faut aller de l’avant. Pendant un combat, Jacky me parle tout le temps. On a un vocabulaire précis, il n’a à dire qu’un mot pour que je comprenne."

C’est une guerrière, mais cela veut aussi dire qu’il faut la protéger

À ses côtés, le responsable de l’USC assure avoir tout de suite détecté les qualités d’Alice. Sa solidité. "Elle avait les valeurs essentielles pour une réussite en tant qu’athlète. Alice est tenace, disciplinée. C’est une guerrière. Mais cela veut aussi dire qu’il faut la protéger", souligne le coach. Qui s’est toujours attaché à ne pas lui faire rencontrer des adversaires trop coriaces trop vite. Même si le vivier de combattantes en MMA est assez mince – d’autant plus quand on pèse 53kg pour 1,62m – et que des choix doivent être faits.

"Alice a eu une avancée rapide en amateur. Puis un problème s’est posé pour la positionner sur des combats: soit le niveau était très haut, soit on se retrouvait face à des gens qui ne voulaient pas l’affronter. J’ai dû trouver un combat à l’international – à Barcelone. On l’a perdu, mais je vois trois points positifs. Alice n’a subi aucune blessure, preuve qu’elle était au niveau. L’affrontement a été élu combat de l’année par l’organisation, hommes et femmes confondus. Et Alice est sortie sous les ovations; certains estimaient que c’était elle qui avait gagné."

Les efforts consentis depuis plusieurs années ont enfin payé en décembre dernier. Avec une première victoire en tant que professionnelle. À Lyon, ville connue pour son amour des sports de combat. "Un gap a été franchi. À l’entraînement, je sens que depuis, Alice gagne en assurance", commente Jacky.

La combattante retient quant à elle une sensation indescriptible. Mais se souvient, rétrospectivement, que tous les voyants étaient au vert. "La préparation, qui se fait 2-3 mois à l’avance, s’était bien passée. Quand je suis arrivée au combat, mon poids, ma forme physique… tout était bon. Cela changeait de l’avant-dernier, où j’avais le pouce sans ligament et des doigts fracturés… Dans la cage, quand la cloche retentit, on se dit C’est maintenant’. Je switche alors en mode lionne".

Un combat de MMA dure 3x5min, mais Alice assure avoir eu l’impression qu’il n’excédait pas une minute. "J’ai pu tout utiliser: les poings, les coudes, la lutte debout, au sol, et même contre la cage." Alice explique qu’en amont, Jacky et elle essaient de regarder les anciennes confrontations de l’adversaire pour voir ce qu’elle aime faire, ses atouts techniques, comment elle réagit, le nombre de coups qu’elle donne. De manière à savoir, un peu, ce qui l’attend. Bien que par nature le MMA soit imprévisible.

Ce n’est pas parce qu’on vient d’une petite ville qu’on ne peut pas faire de grandes choses

Alors qu’elle vient de mettre un premier pas dans la cour des grands, la Mentonnaise assure rester lucide. "C’est un sport de passion… et de raison." Et Jacky le sait bien quand il explique vouloir mettre sa protégée à l’abri. Financièrement, notamment. "Je ferai tout pour qu’elle puisse gagner sa vie. C’est comme pour un intermittent du spectacle: plus on fait de combats, plus on a de revenus. Sauf qu’au chômage, il n’y a pas d’aides prévues…", dit-il. Persuadé, pourtant, que "la lumière n’est pas loin".

En plus de ses entraînements, Alice donne désormais des cours de MMA à la section féminine de l’USC, fraîchement ouverte. Une quinzaine d’élèves d’horizon très différent répond présent. "Elles sont super contentes. Et pour moi, c’est un vrai kif quand les filles réussissent à appliquer les consignes que je donne." Les projets pour l’avenir? Multiplier les combats. Une date pourrait être fixée le 28 janvier en Andorre. Un autre combat est déjà programmé en mars à Nîmes. Et Jacky souhaiterait organiser un gala ici, de manière à mettre la lumière sur cette discipline et sur le besoin de la développer à Menton.

"Quand Alice aura fait dix combats, on fera un état des lieux, indique ce dernier. L’objectif, c’est d’aller dans une grosse organisation, de chercher des gros titres – tout en restant humble. On sait le travail qu’il reste à faire, mais tous les espoirs sont permis." Assise à ses côtés, discrète mais déterminée, Alice opine. "Ce n’est pas parce qu’on vient d’une petite ville qu’on ne peut pas faire des grandes choses…"

Pour suivre les aventures d’Alice et de l’USC, rendez-vous sur les comptes Instagram alice_mkz_usc et jackyruidavet_coach

Avant de devenir sportive professionnelle, Alice Michalkiewicz souhaitait entrer dans l’armée. DR.

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