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Le site varois du groupe Oreca à l'arrêt, son patron évoque le défi que son entreprise devra relever après la crise du coronavirus

Mis à jour le 07/04/2020 à 11:19 Publié le 07/04/2020 à 11:19
 Hugues de Chaunac: "Pour rebondir Oreca devra se réinventer".

Hugues de Chaunac: "Pour rebondir Oreca devra se réinventer". Photo AFP

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Le site varois du groupe Oreca à l'arrêt, son patron évoque le défi que son entreprise devra relever après la crise du coronavirus

Pour Hugues de Chaunac, le président du groupe Oreca dont le siège varois est à l’arrêt, la crise actuelle va lourdement impacter le monde de la course. Rude défi en perspective...

Libre à vous de juger ses propos pessimistes, voire alarmistes.

"Je suis lucide, réaliste, surtout pas défaitiste", martèle Hugues de Chaunac au bout du fil, lorsque nous lui demandons de livrer son regard sur le coup d’arrêt actuel sans précédent.

"Chaque matin, en ouvrant les yeux, j’ai l’impression d’être dans un mauvais rêve qui n’en finit pas, un truc dingue, irréel", lance en préambule l’emblématique patron de la plus grande entreprise privée de sports mécaniques en France.

>> RELIRE. Le GP de France de F1 va-t-il avoir lieu au Castellet? Le patron Eric Bouillier "envisage tous les scenarii"

Jouxtant le circuit Paul-Ricard, dans la zone d’activités de Signes, le siège et l’usine du groupe Oreca rongent leur frein depuis plus de trois semaines, déjà.

Comment refaire surface après le passage d’une telle déferlante?

Plus combatif que jamais, le capitaine au long cours répond sans détour.

Hugues, quel est l’état des lieux chez Oreca aujourd’hui?
Comme toutes les entreprises œuvrant dans le tourisme ou l’événementiel, nous prenons la crise de plein fouet. Bien sûr, l’usine est fermée. Pas de courses, pas de pièces, pas de clients... Côté événementiel, nous avions un carnet de commandes très bien garni pour les mois de mars, d’avril et de mai. Tout est tombé à l’eau. 100 % d’annulations! Enfin, les ventes par internet (Oreca Store, ndlr) continuent de tourner au ralenti. Donc la grande majorité des 250 employés basés à Signes, Magny-Cours et Paris est au chômage partiel. Seule une équipe restreinte reste à la tâche dans des secteurs où il y a des choses à faire.

Une coupure totale telle que celle-là, vous l’aviez imaginée?
Non. Mais qui peut dire qu’il a vu venir la vague? Regardez nos gouvernants! En janvier et février, on regardait la Chine de loin, avec compassion. Personne n’avait conscience que leur épidémie allait se transformer en une pandémie affectant toute la planète.

Comment envisagez-vous la suite, à court et moyen termes?
Ma seule certitude concernant la suite, c’est qu’elle va être longue. Tout le monde l’a bien compris: nous explorons en ce moment une situation inédite, inconnue. Rien à voir avec une catastrophe naturelle qui peut aussi briser net votre élan. Dans ce cas-là, quand elle est finie, vous entamez la reconstruction tout de suite. Cette crise est à nulle autre pareille, et colossale, parce que personne ne sait combien de temps elle va durer, ni comment va se passer la reprise ensuite.

Vous pensez que le monde est en train de négocier un virage?
Ah oui, il va changer, sans aucun doute. Celui de demain ne ressemblera pas à celui d’hier. Tenez, on commence déjà à parler de déconfinement. Les gens ont-ils conscience qu’il ne s’agira pas d’une simple sortie de confinement du jour au lendemain? Cette période s’annonce très spéciale. Les autorisations seront échelonnées dans le temps, en fonction de divers paramètres. ça durera des mois. On le voit en Chine, où Oreca possède une filiale. Là-bas, la reprise est très lente. Le business redémarre tout doucement. La population n’a guère envie d’investir, de dépenser.

La crise sanitaire va accoucher d’un krach économique sans précédent, dit-on. C’est votre avis?
On peut le craindre. La casse économique sera là, sûr et certain. Donc il faudra que les comportements évoluent, que les prises de conscience évoluent. Parce que les besoins vont évoluer.

"Se réinventer pour rebondir"

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui face à ces sombres perspectives?
Moi, vous savez, j’ai toujours été combatif. On ne va pas me changer maintenant! Oreca aime les défis. On en a déjà relevé pas mal, c’est ce qui nous fait avancer. Bon, là, d’accord, nous sommes au pied de l’Himalaya. Aujourd’hui, je communique beaucoup avec mes équipes. Et dans chaque discussion, je suis heureux de sentir l’envie, la volonté de partir à la bagarre.

Votre mot d’ordre mobilisateur?
Chez Oreca, en ce moment, il n’y a pas un mot d’ordre, mais deux! Premièrement: la santé. Secundo: se réinventer pour rebondir.

Se diversifier?
Oui, élargir l’horizon, en somme. Si le sport automobile constitue l’ADN de l’entreprise, peut-être qu’à l’avenir il ne représentera plus que 25 ou 30 % de nos activités au lieu de 75 %. Nous devons impérativement trouver des idées, des métiers adaptés à la nouvelle situation.

C’est-à-dire?
On va beaucoup moins voyager, ça me semble évident. On sait qu’il faudra plus produire localement, qu’il faudra être plus autonome. Par conséquent, à nous de réfléchir à des business models différents. Depuis trois à quatre ans, Oreca connaît une super réussite en tant que constructeur de voitures de course (voir le chiffre). Nous espérons la prolonger malgré la baisse du nombre de clients se profilant droit devant.

Que devient le projet de la nouvelle usine implantée à Signes?
J’avais présenté la maquette en interne, au personnel, le 4 mars. Ce bâtiment de 10 000 m2 situé dans le parc d’activités, juste à côté de nos locaux actuels, devait permettre de regrouper toutes les équipes varoises en offrant une unité de lieu au siège social et à l’usine. Le département Technology disposerait alors d’un outil de travail beaucoup plus moderne et fonctionnel. Voilà, une annonce officielle devait suivre, mais tout a été suspendu le 10 mars. Le projet n’est pas annulé. Juste rangé au fond d’un tiroir...

Les sports mécaniques souffriront-ils plus que d’autres disciplines, d’après vous?
Oui, je le crois. Par rapport au football ou au rugby, l’auto est très dépendante des sponsors, des constructeurs. Si on met la F1 de côté, il n’y a pratiquement pas de droits télé. Les gentlemen drivers, grâce à leur apport financier, tiennent aussi un rôle important dans plusieurs championnats et séries. Combien d’entre eux vont-ils redémarrer?

La raison doit reprendre le dessus ”

Pour l’Endurance, aujourd’hui à la recherche d’un nouveau souffle, ça tombe vraiment mal, non?
Cette crise est énorme, donc elle impacte autant l’Endurance que la F1 et le Rallye. Au contraire, moi je pense que cela peut rebattre les cartes et remettre tout le monde au même niveau sur la ligne de départ. L’Endurance continuera à faire appel aux nouvelles technologies. On parle de plus en plus de l’hydrogène, par exemple. C’est un atout important pour le futur. Actuellement en pleine réflexion concernant la refonte de son règlement technique, l’Endurance, je le crois, peut profiter de cette pause pour faire les bons choix et tracer un cap fiable.

Réduire les coûts de fabrication et d’exploitation, c’est la priorité numéro 1?
Parmi les préoccupations des constructeurs susceptibles de rejoindre Toyota et Peugeot sur le front du WEC (championnat du monde d’endurance), l’aspect budgétaire tient la corde, en effet. Encore plus maintenant! Cette crise, à vrai dire, elle nous met une grosse claque dans la tronche. Elle nous ouvre les yeux, nous pousse à la remise en question. Très clairement, la démesure a trop longtemps prévalu. Elle ne peut plus perdurer. Stop! La raison doit reprendre le dessus. Donc réfléchissons à ce qu’il faut faire pour redevenir raisonnable.

 


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