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110 degrés en-dessous de zéro à Monte-Carlo

Mis à jour le 24/12/2015 à 05:05 Publié le 28/12/2015 à 05:05

110 degrés en-dessous de zéro à Monte-Carlo

L’équipe de France de skicross a passé trois jours aux Thermes Marins. Histoire de «récupérer». Cela passe, notamment, par... quelques minutes à -110 degrés. Explications et reportage, hier

Trois niveaux sous la surface du sol, aux Thermes Marins Monte-Carlo. Des lumières traversent une porte transparente. « -110 °C », renseigne une inscription. Ce qu’indique le thermomètre de l’autre côté de la paroi, dans une salle de cryothérapie de l’établissement. C’est 16,8 degrés de moins que la température la plus basse jamais enregistrée sur terre, en 2010 à l’est de l’Antarctique. Pourtant, dans quelques minutes, quatre personnes vont pénétrer dans la salle. En sous-vêtements, elles se sèchent, histoire d’éponger toute transpiration. Des gants, des chaussettes sous des claquettes, afin de ne pas toucher le sol, un bandeau, des masques sont enfilés. Aucun stress ne flotte dans l’air, ni d’appréhension. Ceux qui participent ont déjà expérimenté ce froid extrême. Notamment dans le cadre de leur entraînement : tous sont membres de l’équipe de France de skicross. Pendant la pause hivernale, ils ont passé trois jours ici pour se régénérer. Entre autres avec la cryothérapie, donc.

« Récupérer »

L’opération se déroule en deux temps. D’abord, une bonne dizaine de secondes dans une première salle. Il fait - 60 degrés, assez pour drainer toute l’humidité dans l’air. Ensuite, c’est la salle vraiment froide, où les températures plongent jusqu’à- 110 °C.

Et justement, la porte principale s’ouvre. Le froid sort de la pièce où s’engouffrent les quatre skieurs. Rapidement, ils passent dans l’autre pièce. Dedans, ils restent stoïques. Les sportifs discutent, regardent le sol ou en l’air, tendent un pouce en direction de la vitre.On distingue leurs silhouettes au travers des nappes de vapeur.

« Ok, c’est quatre », dit une voix dans un talkie-walkie, relié à la cabine. Quatre minutes, le temps maximum. C’est Christophe Fautrier qui parle. Le responsable du service thérapie manuelle et des soins technologiques veille au bon déroulement de toute l’opération.Avant de rentrer dans la salle, il vérifie la tension, puis observe les écrans, communique toujours avec ceux qui sont dedans, au froid. Il les fait ressortir, pour qu’ils retournent dans la pièce à température ambiante, casquettes et pantalons sur les corps parfois rougis.
« On ne s’y habitue pas mais on sait que ça fait du bien »

Derrière ces minutes à- 110 degrés, il y a plusieurs enjeux. La thérapie par le froid permettrait de lutter contre les rhumatismes, le décalage horaire, ou d’améliorer le sommeil 1.
« On sort d’un gros mois de décembre. On a une coupure avant janvier, éclaire le skieur Sylvain Miaillier, peignoir blanc sur le dos. Et après, la fin de saison est chargée. Ensuite, il n’y a plus de répit avant la mi-mars. On en profite pour récupérer ».

C’est ce que sont venus chercher les dix membres de l’équipe de France de skicross . Et pas seulement avec la cryothérapie. Il y a des passages dans des bassins chauds et froids en alternance, des massages… Une gamme de soins complète s’articule autour du froid sec des salles en sous-sol. Mais même en étant habitués, « on ne s’y habitue pas, lâche la skieuse Alizée Baron. Mais on sait que ça fait du bien ».

Eux sont des sportifs de haut niveau, affûtés par la compétition et l’entraînement. Comme d’autres clients des Thermes Marins. Pourtant, ces profils sont loin d’être la norme, ici.
« 90 % de nos clients ne sont pas des sportifs de haut niveau », explique Sébastien Chovet, le directeur adjoint des Thermes Marins. Certains d’entre eux attendent d’ailleurs devant la porte, alors que les skieurs quittent les lieux. Et ils n’ont pas vraiment l’air plus stressés que les sportifs.

1. « Dans la littérature scientifique, on n’a pas d’effets prouvés pour l’instant en dehors de la perception d’une meilleure récupération », relève le Pr Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche médicale et d’épidémiologie du sport (Irmes), rattaché à l’Insep, institution qui pratique d’ailleurs la cryothérapie, interrogé par nos confrères de Sciences et Avenir.

A l'intérieur de la cabine :  ça tire un peu dans les mollets

On a bien pensé à décliner l'offre. C'était se mentir. Au fond, on savait bien qu'on ne dirait pas non. Parce qu'il y a eu plusieurs propositions. Parce qu'on a un peu d'ego, et qu'on se trouvait au milieu de sportifs de haut niveau. Au vrai, on a dit oui surtout parce qu'on avait envie de tester. Et qu'on a aucun problème cardiaque à signaler.

C'est comme ça que sans vraiment se rendre compte, deux journalistes de Nice-Matin se retrouvent en caleçon, en train d'enfiler un masque et de se faire prendre la tension. En réalisant qu'ils vont passer plusieurs minutes à des températures qui n'apparaissent pas sur le thermomètre. On se souvient de la marche à suivre, et on se dit que là, maintenant, c'est le genre de situation dans laquelle il ne faut pas trop réfléchir. La porte s'ouvre. On pénètre d'un pas qu'on imagine assuré dans la pièce à -60 degrés, sans vraiment sentir le froid - à la réflexion, c'est peu être parce que quelques secondes, c'est court.

Et puis la deuxième salle apparaît. Pas besoin de dire qu'il fait froid. Très froid. Mais comme l'air est sec, on ne le ressent pas vraiment. Enfin, pas comme 110 degrés en dessous de zéro. Le rythme cardiaque grimpe en flèche. On tremblote à peine. ça tire un peu, quelque part dans les mollets. « C'est normal », rassure Sylvain Miaillier. On tente quelques boutades. Et puis sans que les minutes ne paraissent être des heures, la voix de Christophe Fautrier annonce trois minutes quarante. Il paraît que ce n'est pas mal, pour une première. Au sortir, on est un peu euphoriques. Contents. Et, effectivement, un peu rassérénés. Même si on craint toujours le froid.


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