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"Elle paie 4.100 euros par mois et n’a pas de ventilateur": le coup de gueule de Gwen dont la mère est placée dans une maison de retraite de luxe

Alors que la canicule sévit sur la Côte d'Azur, une mère a été privée de ventilateur dans sa chambre par la direction d'une maison de retraite dite "premium". Gwen, sa fille qui a dû batailler durant de longs jours pour en obtenir un, pousse un coup de gueule.

Margot Dasque Publié le 04/08/2022 à 09:45, mis à jour le 04/08/2022 à 16:39
La mère de Gwen est installée dans un Ehpad considéré comme "premium" : et pourtant, elle a dû insister lourdement pour obtenir un peu d’air... Photo illustration N.-M.

La gorge nouée. Par l’angoisse, la colère, l’effroi. Quand Gwen parle de sa mère, les sentiments s’entremêlent. À chaque phrase, la douleur résonne. La révolte aussi. L’incompréhension également. Les sanglots montent. Elle se reprend. Fulmine: "Je m’inquiète pour ma maman." On touche à l’intime. À l’intouchable justement. À ce qu’on voudrait protéger de tous et de tout. Quand on a trop grandi, vient l’heure d’enfiler son armure pour affronter ce pour quoi aucun enfant n’est jamais prêt: penser à la fin de vie d’un parent.

Pour Gwen, cela fait un moment que les choses ont pris ce tournant. Après avoir assuré le rôle d’aidante à la maison, elle a dû passer le pas: "J’ai repris le travail, je ne pouvais pas rester toute la journée à ses côtés. Elle a besoin de quelqu’un pour l’accompagner au quotidien. C’est pourquoi on a choisi ensemble un endroit pour qu’elle puisse vivre au mieux ses derniers jours."

La jeune femme œuvrant dans la restauration ne s’en cache pas: elle a misé sur du premium. "Ma mère a travaillé toute sa vie, ses économies doivent lui servir à être bien." 

 

Sur ses supports publicitaires, la résidence choisie dans une ville du littoral azuréen vend du confort, de l’apaisement, une vue mer. Bref, on ne peut qu’être séduit et rassuré. Mais depuis plusieurs semaines, l’effet s’est dissipé. "En quelques mois, j’ai vu ma mère sombrer. Elle ne veut pas sortir de sa chambre, rejoindre les autres pensionnaires." Mais c’est surtout depuis les importantes chaleurs que le quotidien se corse. "Elle est en unité protégée. Les fenêtres ne s’ouvrent pas entièrement. Il fait chaud." Et si des espaces climatisés existent bel et bien dans le bâtiment, cela ne change rien: "Elle ne bouge pas de sa chambre qui n’est pas climatisée." Un ventilateur? "Parlons-en, oui." L’irritation teinte sa voix. "J’ai demandé plusieurs fois à l’établissement qu’on lui en installe un. J’ai dû insister, râler durant près de cinq jours pour que miraculeusement on lui en branche un. Dites-vous, on m’a demandé d’en acheter un et de leur fournir!" Et ça, ça la révolte.

"C’est le b.-a.ba. Comment peut-on rechigner à apporter cela à une dame de quatre-vingts ans? À 4.100 euros par mois (pour rappel, les tarifs en Ehpad varient notamment en fonction du Gir: le niveau d’autonomie de la personne.ndlr) dans cet établissement, c’est scandaleux!"

Si sa maman a pu, au final, bénéficier d’un appareil de ventilation, la pilule ne passe pas. "Comment font les autres gens? Je les vois quand je viens visiter ma mère. Ils n’ont pas de proches qui viennent. Du coup, ils n’ont pas de ventilateur non plus." Soupir. "C’est quoi ce monde en fait? Qu’est-ce qu’on fait de nos aînés?" 

Honteux. Le mot est lâché.

Pierre Faraj, délégué départemental Synerpa Photo Fab B..

Pierre Faraj, délégué départemental Synerpa: "Nos équipes sont rodées pour faire face"

Depuis neuf ans, Pierre Faraj assume le rôle de délégué départemental des Alpes-Maritimes pour le Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées. Cofondateur de Medifar, c’est en tant que représentant du Synerpa qu’il s’exprime.

À quelles contraintes les établissements sont-ils soumis en période de canicule?
Depuis 2004, un plan national avec des procédures s’applique. Chaque établissement doit rédiger un plan bleu avec les mesures à déployer à chaque niveau d’alerte préfectoral. À ce titre, précisons que nous sommes en veille de manière saisonnière du 1er juin au 15 septembre.

Concrètement, comment s’applique le plan bleusur le terrain?
Avec la climatisation : au minimum une pièce commune pour les résidents. Mais les établissements vont au-delà, je pense notamment aux établissements récents où plusieurs parties communes et couloirs sont climatisés, voire des chambres. Les stores sont baissés, les rideaux tirés, les sorties à l’extérieur aux heures chaudes limitées. Cela comprend également un suivi des résidents avec une surveillance renforcée auprès des plus fragiles. Et une vigilance accrue sur l’apport en eau.

Et cela avec un personnel dont l’effectif est sous tension?
Les équipes des établissements sont rodées, cela fait quinze ans qu’elles œuvrent de cette manière. Mais nous sommes humains, je ne vous dis pas que tout est absolument parfait. Par contre, je salue l’engagement du personnel.

Durant les fortes chaleurs, on sait que le besoin en électricité se fait important: reportez-vous cette hausse sur les factures des résidents?
Non, absolument pas.

Que des résidents n’aient pas de ventilateurs dans des établissements, est-ce normal?
Les établissements qui n’ont pas la clim’ doivent mettre en place un ventilateur dans la chambre des résidents. C’est un matériel dont on anticipe l’achat et que nous devons en avoir en stock suffisant. Il en est de même pour les brumisateurs, l’eau gélifiée et également les packs d’eau : car en cas de problème au niveau de l’eau courante, il doit y avoir assez de bouteilles pour assurer le quotidien. C’est parce que nous devons assumer cela que nous ouvrons nos portes à des personnes qui ne résident pas chez nous.

Comment ça?
Des personnes en situation de vulnérabilité à domicile peuvent nous être adressées par l’ARS. Dans nos établissements Medifar, nous avons des places disponibles : c’est le dispositif portes ouvertes canicule. Nous n’avons pas de lit à leur proposer, par contre elles peuvent rester la journée chez nous et participer aux activités au frais.

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