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Désir et libido: une sexologue décomplexe les troubles sexuels

Certains ont un gros appétit sexuel, d’autres sont moins gourmands. Tout est normal, chacun a son propre désir. Peu de désir? Pas grave. Sauf lorsqu’il n’est pas ou plus en phase avec celui de son partenaire.

Axelle Truquet Publié le 13/09/2021 à 11:00, mis à jour le 13/09/2021 à 10:52
"La pornographie a un effet négatif chez les jeunes, qui pensent qu’ils doivent faire comme ce qu’ils voient dans ces films." Photo Unsplash

Une fois par jour, par semaine, par mois... La fréquence de l’activité sexuelle est très variable d’un individu et d’un couple à l’autre. En ce domaine, aucune règle, aucun modèle. La normalité de l’un sera l’exception de l’autre.

"Certains vont être très actifs tandis que d’autres se sentiront épanouis en ne faisant l’amour que de temps en temps, souligne le Dr Carol Burté, médecin sexologue à Cannes, Monaco et présidente de la Société francophone de médecine sexuelle. Le problème va en revanche se poser lorsque les désirs au sein du couple sont en décalage. C’est souvent à la demande du ou de la partenaire qui en souffre que consultent celles et ceux qui accusent une baisse ou une absence de désir sexuel. Et nous avons remarqué qu’il y a de plus en plus de jeunes voire de très jeunes gens qui consultent pour ce motif."

Contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas un problème qui vient avec l’âge. "Au contraire, le désir est relativement stable tout au long de la vie avec, bien sûr, des hauts et des bas. Mais il est assez constant. Car dans la vie, nous sommes tous mus par deux désirs: le sexe… et la nourriture. Certains ont un petit appétit, chez d’autres, il est plus important."

Donc, a priori, un petit mangeur ne deviendra pas du jour au lendemain un glouton; et vice versa. Toutefois, il est possible de (re) trouver le goût des choses avec l’aide d’un professionnel de santé lorsque la chose devient si fade qu’elle ne fait plus envie. Car s’affamer, ce n’est pas bon non plus.

 

Éducation à la sexualité

Le Dr Burté dresse un autre parallèle: "Le désir, c’est un peu comme le sport ou d’autres comportements non indispensables à la survie: moins on pratique, moins on a envie de pratiquer." Or, l’appétit vient en mangeant. "Il ne s’agit pas de se forcer, mais on peut recommencer doucement. D’abord des caresses, de la sensualité... La pénétration n’est pas une fin en soi!"

Ce qui amène à une autre remarque de la sexologue: "La pornographie a un effet négatif chez les jeunes, qui pensent qu’ils doivent faire comme ce qu’ils voient dans ces films. Or, ce n’est pas la réalité, leurs références sont faussées. Il y a de grosses lacunes en matière d’éducation à la sexualité. Beaucoup ne connaissent même pas leur corps et son fonctionnement.

Par exemple, chez la femme, l’excitation se traduit physiquement par la lubrification. Donc, si elle n’a pas envie ou qu’elle fait des choses qui ne la stimulent pas, il n’y aura pas assez de lubrification, ça risque de lui faire mal, et la fois suivante, elle pourra avoir de l’appréhension. Donc des troubles du désir. Idem chez un jeune homme qui présente une éjaculation prématurée: il peut en être gêné et donc espacer voire éviter l’intimité et la sexualité... ce qui aggrave son problème. Alors que ça se soigne! Pour sortir de ce cercle négatif, il faut tout reprendre à la base. Expliquer comment est faite l’anatomie, comment marche le désir, à quoi sert l’excitation et donc les préliminaires, etc. Mais aussi leur dire l’impact négatif de la consommation d’alcool et de drogue, en particulier sur les problèmes d’érection. Bref, il y a encore beaucoup à faire en termes d’accès à l’information en matière de sexualité."

 

Donc, même si pour un jeune, il peut être déstabilisant d’accuser une baisse de désir, rien n’est joué. Le Dr Burté les exhorte à en parler: "Il serait dommage qu’ils passent à côté d’une sexualité épanouie parce qu’ils n’ont pas osé aborder le sujet. Des professionnels de santé sont là pour ça. Ils les recevront sans jugement et les aiguilleront en fonction de leurs besoins. Et s’ils sont bien pris en charge, les résultats seront rapidement positifs."

Et les conseils de la sexologue s’appliquent également aux plus âgés.

Tout ce qui joue sur le désir

De nombreux facteurs peuvent influer sur le désir sexuel et le mettre à mal. Le médecin va donc chercher à identifier lesquels sont en cause en discutant avec le patient.

Le premier facteur est physiologique: la maladie, la prise de médicaments, les variations hormonales peuvent couper l’envie de flirter. Ensuite, viennent les causes psychologiques- anxiété, dépression et globalement les troubles de santé mentale- et relationnelles: "Lorsqu’il y a une conjugopathie, c’est-à-dire des problèmes de couple, alors bien souvent, la sexualité est mise à mal, souligne le Dr Burté. Dans ce cas, on peut orienter vers un thérapeute de couple ou un psy. Globalement, face à des troubles sexuels, la prise en charge est souvent multidisciplinaire, parce que la problématique dépasse souvent la seule sexualité. Nous sommes donc  amenés à collaborer avec d’autres professionnels de santé en fonction des besoins spécifiques."

L’environnement va aussi jouer sur le désir : qu’il s’agisse d’un manque d’intimité pour le couple, de soucis au bureau qui tracassent... une ambiance pesante ou peu propice à la bagatelle peut couper l’envie.

"Alors que finalement, c’est presque l’inverse qui devrait se produire, analyse la spécialiste. Le sexe induit la sécrétion d’endorphines, de dopamine et d’ocytocine: ça fait du bien et ça crée du lien avec le (la) partenaire. Certains se disent: "J’ai passé une mauvaise journée, alors je n’ai pas la tête à ça".

C’est dommage, parce qu’à l’inverse, ils devraient se dire: "J’ai passé une mauvaise journée, mais je vais me faire plaisir en faisant un câlin avec mon compagnon (ou ma compagne) pour qu’au moins elle se termine bien."

Désir ou libido?

Pour le Dr Burté, "on parle à tort de libido dans la presse grand public. Pourtant, le terme n’est pas tout à fait approprié: c’est à la base une notion de psychanalyse qui a été galvaudée. La libido, au sens originel, c’est une force qui nous pousse vers quelque chose, cela n’inclut donc pas que les désirs sexuels. En médecine sexuelle, on préfère employer le terme de désir."

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