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"Je suis perdu, je meurs ici!" Le témoignage désespéré d’un jeune migrant aux portes de Menton

La noyade de 27 migrants, lors d’un naufrage au large de Calais, a rappelé à l’Europe l’urgence d’agir pour prévenir de tels drames. Une crise migratoire dont les Alpes-Maritimes sont un témoin quotidien. Reportage aux portes de Menton, côté italien.

Christophe CIRONE Publié le 21/11/2021 à 16:00, mis à jour le 27/11/2021 à 11:45
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Birom, jeune Gambien, a déjà tenté de gagner Menton à trois reprises. Il se dit à bout de forces. CYRIL DODERGNY / Nice Matin

La route qui remonte vers Grimaldi offre des panoramas somptueux sur Menton. Mais les deux familles maliennes refoulées à la frontière n’ont pas le cœur à y jeter un regard. Il est 12h30. Quelques centaines de mètres plus haut, ces femmes et enfants trouvent refuge sur le côté de la route, près d’un van gris fatigué. Une vingtaine de migrants entoure le véhicule des Kesha Niya.

"Pas de problème." Telle est la traduction de kesha niya en kurdish. Cette organisation d’aide aux migrants, créée en 2016 à Grande-Synthe (Nord), milite pour un monde sans frontière. À l’image de la banderole "Borders kills" déployée sur leur van. "Ici, on a une approche différente de Calais, moins humanitaire, davantage dans le conseil", explique Dima, un activiste français.

"C’est déjà ça..."

À Grimaldi, les activistes de Kasha Niya apportent une première aide aux migrants refoulés à la frontière. Photo Cyril Dodergny.
Un peu de nourriture et de vêtements attendent les migrants en quête d’un nouveau cap. CYRIL DODERGNY / Nice Matin.

Les migrants refoulés trouvent ici des vêtements et un peu de nourriture pour reprendre des forces. "Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà ça, relativise Dima. On leur donne aussi des conseils juridiques, à notre échelle. Parfois, on amène des familles dans un état alarmant à l’hôpital." Les Kesha Niya avaient aménagé plus loin "un espace autogéré", "où les personnes exilées pouvaient cuisiner ce qu’elles voulaient." Les autorités locales les ont délogées, déplorent-ils.

Allongé sur un matelas de fortune à même le sol, Birom salue l’aide des activistes. Ce jeune Gambien a quitté son pays en 2015, passé plusieurs années en Italie. Mais son objectif reste la France. "Je pense que j’y trouverai une vie meilleure. J’ai quitté mon pays à cause de la pauvreté. Je veux trouver un travail et aider ma famille."

Comme de nombreux migrants accueillis ici, Birom se dit "fatigué", "sans énergie". Il a déjà tenté de passer la frontière trois fois - deux en train, une via un sentier. La police l’a stoppé à chaque tentative. "Je ne comprends pas... J’ai risqué ma vie pour franchir les montagnes. Je devrais être considéré comme un réfugié. Le gouvernement français doit m’aider. Je suis perdu. Je meurs ici!"

Cap sur Vintimille

Selon Birom, les policiers l’ont traité avec respect. Mais Dima dénonce le recours aux containers accolés au poste Saint-Louis. "Des espaces sans qualification légale, où les gens sont enfermés le soir, souvent dans des conditions dégradantes, avant d’être relâchés au petit matin. Pour nous, ils servent à les dissuader de retenter." Ces Algeco ont fait l’objet de recours devant le Conseil d’Etat. Sans succès. Côté police, on souligne qu’ils sont chauffés ou climatisés, que les migrants peuvent s’allonger et y être nourris: un moindre mal, en quelque sorte.

 
La plupart grimpe à bord du bus pour Vintimille. Selon les activistes, certains chauffeurs ne s’arrêteraient pas. CYRIL DODERGNY / Nice Matin.

12h57. La plupart des migrants accueillis par les Kesha Niya grimpe à bord du bus pour Vintimille. "Certains chauffeurs ne s’arrêtent pas", s’insurgent les activistes. Dima, lui, conduit en van les familles maliennes à la Caritas de Vintimille. "Il y a de grandes chances qu’elles se retrouvent à la rue ce soir..."

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