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De Jimmy Carter à Barack Obama, après 33 ans à la CIA, John O. Brennan parle

Mis à jour le 11/04/2021 à 12:12 Publié le 11/04/2021 à 07:23
John Owen Brennan, a été le directeur de la Central Intelligence Agency entre 2013 et 2017

John Owen Brennan, a été le directeur de la Central Intelligence Agency entre 2013 et 2017 Photo AFP

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De Jimmy Carter à Barack Obama, après 33 ans à la CIA, John O. Brennan parle

À des postes clés sous six présidents des Etats-Unis, lors des attentats du 11-Septembre ou durant la traque de Ben Laden, John O. Brennan, l’ancien directeur de la CIA signe ses mémoires, "Diriger la CIA, Mon combat contre le terrorisme", (Talent Éditions, 450 p. 22 euros). Porte d’entrée vers les coulisses du pouvoir.

Dites 33 et... prenez la porte! Avoir évolué durant 33 ans – de Carter à Obama – au sein de la première agence de renseignement au monde jusqu’à la diriger, ne l’a pas prémuni du "crash" Trump qu’il descend en flamme dans ses Mémoires. Oui, John Brennan règle ses comptes, et l’ancien président prend une partie du pavé de 450 pages dans sa mèche jaune-orangée. Mais l’ouvrage va bien au-delà de la querelle pour entrer directement dans le bureau ovale du temps où il conseillait Obama. Notamment durant la préparation de la traque de Ben Laden (chapitre intense) jusqu’à son coup de fil au prince d’Arabie saoudite pour savoir s’il voulait... "récupérer" la dépouille de l’ennemi terroriste n°1, citoyen saoudien. D’un caractère bien trempé, ce Man in Black au sang irlandais venu du New-Jersey, élude bien entendu les "informations classifiées" (le livre a dû être relu par la CIA), mais n’évacue pas l’affaire des "tortures" ou sa vision des attentats niçois, lors d’un long entretien vidéo, cette semaine, en direct de son pied-à-terre proche de Washington D.C.

Vous parlez du caractère "prudent" de Joe Biden. Aurait-il pris la même décision qu’Obama pour la très risquée opération Ben Laden?
Disons qu’il préférait la frappe par arme tactique, au raid terrestre qui exposait nos soldats. Pour lui, vice-président, le pour et le contre devaient être scrupuleusement pesés, car il savait que si l’opération échouait, Barack Obama en paierait le prix politiquement. Mais en tant que président, je suis certain qu’il aurait tranché pareil.

Jusqu’où le programme de vaccination au Pakistan orchestré par la CIA pour rassembler des preuves génétiques et retrouver Ben Laden est-il vrai?
J’y suis allé avec des pincettes dans le livre et vous comprendrez qu’il y a des choses que je ne peux pas révéler davantage... Une chose est sûre, la CIA ne doit pas se mêler de campagnes médicales, car cela entraîne des suspicions sur des opérations censées sauver des millions de gens... C’est pourquoi lorsque Bill Gates s’est ouvert du problème, j’ai publié une directive pour changer cela.

Des cibles sur la Côte Ouest auraient été déjouées après le 11-Septembre. Lesquelles?
Là aussi, je ne peux les nommer... Disons qu’elles visaient les grandes métropoles de Californie comme le centre de Los Angeles, avec pour but de faire le maximum de victimes.

Vous avez la preuve d’ingérences russes dans l’élection Trump/Clinton. Était-ce aussi le cas pour le duel Trump/Biden, sans succès cette fois?
Oui, ce fut aussi le cas en 2020, mais cette fois les services de cyber-sécurité étaient mieux préparés pour les contrer. Ce qui n’a pas empêché les Russes de continuer leur campagne de désinformation sur les réseaux sociaux. Leurs méthodes sont très subtiles et malheureusement difficiles à confondre.

Selon vous, Julian Assange était un allié des Russes ou le manipulaient-ils concernant les fuites qui ont touché le camp Hillary Clinton?
Les deux! Julian Assange a l’art de se mettre en scène et les Russes ont tout de suite perçu l’intérêt de WikiLeaks pour servir leurs propres ambitions dans le travail de sape de la candidature Clinton.

Vous esquissez ces mêmes ingérences russes dans des élections en Europe. Des noms?
(sourire) Ces éléments sont encore top secret. Leur méthode préférée consiste à influencer le système politique de l’intérieur avec des "marionnettes" qui servent leurs intérêts et sur lesquelles ils ont une emprise grâce à des chantages, intimidations, pots-de-vin, etc. Favoriser le Brexit, les mouvements nationalistes...

Tout est bon pour eux, y compris "acheter" ou manipuler des journalistes! Même le président Macron a parlé de ces interférences russes durant la présidentielle française...

Comment Trump a-t-il pu encenser Vladimir Poutine sans se mettre à dos l’électorat "pro-America"?
Le phénomène est en effet étrange car durant des décades nos citoyens voyaient d’un mauvais œil le bloc soviétique et ses manigances. M. Trump, qui a l’art de l’éloquence, a réussi à minimiser tout cela pour vanter les retombées positives d’une bonne entente americano-russe. Certes c’est important, mais son portrait de Poutine, qui selon moi demeure un leader autoritaire et corrompu, était dénué de toute éthique. Trump se fiche des droits de l’Homme. C’est avant tout un business man et il ne voyait que ce que cela pouvait rapporter à lui et à sa Trump Organization.

N’était-ce pas maladroit de la part du président Biden de traiter Poutine de "tueur" dans une interview télé?
Il a répondu du tac au tac au journaliste. Joe Biden a l’habitude de parler avec le cœur. J’imagine qu’il a immédiatement pensé aux empoisonnements, assassinats d’opposants, etc. exécutés par ses services. Le plus maladroit aurait été de nier ce fait ou de ne pas répondre...

Une cyber-attaque "massive", équivalente au 11-Septembre, est-elle la seule issue pour que les géants du Net soient mieux encadrés?
Il a fallu ces événements dramatiques pour que le gouvernement prenne les mesures qui s’imposent concernant la lutte contre le terrorisme. J’espère que nous n’en arriverons pas là avec les corporations du numérique dont la puissance est énorme... Alors malgré leur résistance, il faut parvenir à travailler main dans la main avec elles et établir des garde-fous en terme de sécurité et fiabilité, car 95% du Net appartient au privé.

Vous relatez la tuerie de l’école du Connecticut. Quelle position sur la vente d’armes?
Dans l’exercice de mes fonctions, j’ai pu être armé. Ce n’est plus le cas. Oui le port d’arme est inscrit dans notre Constitution mais elle a plus de 200 ans à présent! Les techniques ont évolué avec des fusils d’assaut style AR-15, très meurtriers... Donc il faut des contrôles plus stricts concernant ceux qui portent une arme et dans quelles circonstances.

La Côte d’Azur a été plusieurs fois endeuillée. Avez-vous eu vent de projets terroristes durant votre ère CIA?
C’était comme si notre pays était touché! Les relations avec nos homologues français ont toujours été étroites et ont effectivement permis de neutraliser des individus avant qu’ils ne passent à l’acte sur votre sol ou démanteler des réseaux de financements situés à l’étranger. J‘étais moi-même très proche de Patrick Calvar (directeur général de la Sécurité intérieure de 2012 à 2017, N.D.L.R.).

Avec le recul, que changeriez-vous dans votre parcours?
Les vies innocentes perdues en marge de certaines opérations... J’aurais également dû m’opposer plus frontalement aux techniques d’interrogatoires "musclés" utilisées après le 11-Septembre par la CIA. Même si je n’étais pas dans la chaîne de commandement à cette époque, j’ai péché par omission.

Les dates clés

22 septembre 1955: naissance à Jersey City.

1975: étudie au Caire, ce qui influera sur son avenir de spécialiste du Moyen-Orient.

1976: vote communiste aux présidentielles américaines.

1980: entre à la CIA.

1990: Saddam Hussein envahit le Koweït. Affecté

au centre de lutte contre le terrorisme (CTC). Briefe chaque semaine le président Bush, lui-même ex-directeur de la CIA.

1994: devient le briefeur quotidien du président Clinton.

2003: dirige le Centre national de lutte contre le terrorisme.

2005: départ de la CIA et consultant pour CBS en 2006

2008: pressenti pour diriger la CIA mais échec car son nom est associé aux tortures post 11/09.

2009-2013: assistant sécurité et terrorisme de Barack Obama. Mort de Ben Laden.

2013-2017: 21e directeur

de la CIA. Affaire des tortures.

2017: départ alors que Donald Trump nie l’affaire des ingérences russes dans son élection.

2019: Ted Levine l’incarne dans le film The Report.

Offre numérique MM+

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