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Une proportion importante de non-vaccinés hospitalisés au CHPG de Monaco, le président de sa commission "appelle à la prise de conscience"

Président de la commission médicale du CHPG, Mathieu Liberatore s’inquiète du flux de patients non-vaccinés hospitalisés actuellement. Il appelle à la responsabilité de tous face au virus.

Cédric Verany Publié le 20/12/2021 à 10:57, mis à jour le 20/12/2021 à 10:55
Le docteur Mathieu Liberatore, président de la Commission médicale du CHPG. Photo Jean-François Ottonello

Il prend la parole, non pas pour entrer dans la polémique, mais pour passer son message. Porte-voix de femmes et d’hommes en première ligne sur la gestion sanitaire du Covid et le traitement des patients hospitalisés. En qualité de président de la Commission médicale d’établissement, représentant la communauté médicale du Centre Hospitalier Princesse Grace, le docteur Mathieu Liberatore, chef du service échographie-mammographie, s’inquiète de la flambée de cette cinquième vague de la pandémie.

Aux sceptiques, il oppose les chiffres. "Je le répète, je n’entre pas dans les polémiques, mais je veux donner des éléments factuels de la situation à l’hôpital. Des chiffres indiscutables sur l’état d’occupation de nos unités Covid avec un ratio de patients vaccinés et non-vaccinés".

Les chiffres du 17 décembre dernier plaident en faveur de ses arguments, car sur les 17 personnes hospitalisées à Monaco ce jour-là pour cause de Covid, 12 n’étaient pas vaccinés. Soit 70%.

 

Alors, Mathieu Liberatore veut clarifier les choses et battre la campagne sur l’efficacité du vaccin pour se protéger contre les formes graves. "Nous sommes dans cette cinquième vague, le pic est attendu pour le courant janvier. Cette troisième dose elle était de toute façon indispensable pour lutter contre cette cinquième vague avec le variant Delta, elle l’est d’autant plus que le variant Omicron devrait être le variant dominant en Europe courant du mois de janvier. Les premières études montrent qu’avec trois doses sur Omicron, on gagne une protection significative qui devrait tant bien que mal permettre aux structures de soins de tenir la cadence."

Pour l’heure, le CHPG arrive à gérer l’état d’occupation de ses unités Covid. Mais la stagnation dans les taux de vaccination parmi une tranche de la population, commence à inquiéter les médecins...

Regrettez-vous les déclarations parfois contradictoires sur l’intérêt de la troisième dose. Et ces messages disant d’attendre avant de faire son rappel si son taux d’anticorps neutralisants est encore élevé?

D’abord, je dois dire que le corps médical est très favorable aux études de suivi sérologique de la population, sur un petit état comme le nôtre. Nous soutenons cette démarche car il y a probablement des enseignements à tirer, peut-être dans les semaines et les mois à venir. Mais pour l’instant, malheureusement, la cinquième vague pousse à ne pas tenir compte de ce taux d’anticorps neutralisants. Mais plutôt, dès le cinquième ou sixième mois après sa deuxième dose, de procéder à un vaccin de rappel.

On le voit bien, c’est uniquement cette dose de rappel qui protégera significativement. Il y a des discussions, des avis divergents sur le fait qu’à partir d’un certain seuil d’anticorps on peut considérer qu’un patient est protégé et qu’il peut décaler sa troisième dose. Mais de l’avis du corps médical hospitalier, c’est une position qui peut être dangereuse pour certaines personnes. Le principe de précaution veut que l’on incite les gens à faire cette troisième dose, dans le contexte actuel.

Les patients hospitalisés pour Covid en Principauté sont-ils largement non-vaccinés?

C’est le cas. Le 17 décembre, la moitié du service de réanimation [4 lits, ndlr] était occupée par des patients qui présentent des formes graves de Covid et aucun de ces quatre patients n’est vacciné. Dans les autres secteurs d’hospitalisation conventionnelle, sur huit patients positifs, la moitié n’était pas vaccinée. Et l’autre moitié en partie seulement. Seul un patient avait eu ces trois injections, ce qui rappelle que la vaccination complète n’empêche pas de faire des formes graves, surtout sur les personnes fragiles. Enfin, dans l’unité de court séjour gériatrique, quatre des cinq patients hospitalisés pour Covid n’étaient pas non plus vaccinés, alors que la plupart ont plus de 80 ans et sont clairement à risque.

 

Que vous disent les patients non-vaccinés rattrapés par une forme grave de Covid. Expriment-ils des regrets?

Ils ont toujours l’impression que ça n’arrivera qu’aux autres, y compris chez les patients jeunes. Mais nous devons faire face à des histoires dramatiques. Des patients jeunes qui présentent des formes sévères, nous en avons. Nous traitons actuellement un quadragénaire sans aucune pathologie qui explique qu’il ait été fragilisé. En réanimation actuellement, le plus jeune patient à une petite soixantaine d’années. Le variant Omicron semble beaucoup plus transmissible que le variant Delta. Et nous avons aucune donnée qui laisse à penser qu’il est moins virulent.

Le mois de janvier sera un mois compliqué, surtout si nous avons des patients qui occupent des lits durablement et peuvent créer une certaine inertie dans le service de réanimation. Nous ne sommes pas encore saturés mais ces patients viennent entamer les moyens logistiques et humains, alors que cela pourrait être évité par le vaccin.

Aujourd’hui, vous craignez un engorgement des services de soins?

J’appelle à la prise de conscience. Si ça ne change pas, dans deux, trois, quatre semaines, après les fêtes où il va y avoir des regroupements familiaux, on va devoir prendre des décisions de déprogrammation de certaines activités, repousser des interventions chirurgicales au sein du CHPG. Ces déprogrammations vont concerner tous les patients.

À un moment donné quand les secteurs d’hospitalisation et les unités de réanimation sont pleins, on arrête tout parce qu’on ne peut plus rien gérer d’autres. Au niveau de la conscience personnelle des gens non-vaccinés, qu’ils aient cela en tête. La vaccination est un choix individuel certes, mais la liberté individuelle s’arrête quand le risque est sur la prise en charge de la totalité de la population. Et des patients qui ont fait l’effort collectif de se faire vacciner, vont être pénalisés des choix personnels d’une petite frange de la population qui, elle, ne fait pas cet effort.

Aujourd’hui, l’hôpital fait ce qu’il peut. Les établissements du département voisin ont déjà déclenché le plan Blanc, et commencent à déprogrammer certaines opérations. Si le ratio de gens vaccinés augmente, le système hospitalier va tenir. Sinon, nous aurons quelques semaines très compliquées et peut-être des mesures gouvernementales plus contraignantes pour les gens.

Comment les équipes soignantes ressentent-elles ces réticences des patients aux vaccins alors que dans son immense majorité, le personnel soignant du CHPG s’est fait vacciner?

 

Il y a un émoussement psychologique et physique dans les équipes. La prise en charge de patients Covid est compliquée et demande beaucoup d’investissement. D’autant plus que pour assurer la continuité des soins, dans certains services depuis le début de la cinquième vague, des équipes ont vu leurs horaires de travail modifiés, avec des amplitudes plus importantes. Cela impacte leur charge de travail, mais aussi leur vie extra-hospitalière. Quand on voit arriver ce flux de patients non-vaccinés, à un moment donné, il y a un petit découragement ressenti par les équipes qui sont dans le dur depuis vingt mois, sans télétravail ni chômage partiel. Mais bien évidemment, nous continuons à faire notre travail, en traitant tous les patients quel que soit leur statut vaccinal.

La question de vacciner les jeunes enfants préoccupe beaucoup de parents. Quelle est votre position?

Beaucoup d’études scientifiques sont en cours sur le sujet. Le problème se pose principalement sur un plan épidémiologique. C’est pour casser cette courbe épidémiologique. On l’a bien vu récemment, à Monaco en particulier, que les enfants sont de forts vecteurs de ce virus pour la diffusion intra-familiale. En ce sens, le vaccin sera probablement efficace. Mais il s’agira d’un choix personnel que les parents devront faire avec leurs enfants. De notre côté, nous encouragerons la vaccination des enfants, mais avec plus de modération que ce que l’on fait pour les adultes.

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