Une première mondiale: à Monaco, elle a donné son tendon pour soigner sa fille

Parce que cela lui semblait "naturel", Patricia a souhaité qu’un tendon lui soit prélevé pour soigner sa fille, une jeune rugbywoman, multi-opérée au niveau des genoux. Un don interdit en France. L’opération, une première mondiale, a finalement eu lieu à l’IM2S à Monaco.

Nancy Cattan Publié le 07/11/2022 à 16:00, mis à jour le 07/11/2022 à 15:54
Le Docteur Clowez, chirurgien à l’ICR à Nice, et le Docteur d’Ollonne, chirurgien à l’IM2S à Monaco, en train de prélever le tendon rotulien de la maman. (Photo Sylvain Teissier)

"Ne peut-on pas prendre un tendon sur mon propre genou? Richard Berry a bien donné un rein à sa sœur!" Ces quelques mots d’une maman accompagnant sa fille à une consultation de chirurgie orthopédique déboucheront dix mois plus tard sur une première mondiale. Le 8 octobre dernier, Patricia, 55 ans et Kiara, 20 ans, étaient opérées à l’IM2S à Monaco. La première se voyait retirer un tendon rotulien, la seconde recevait cette allogreffe destinée à réparer sa énième rupture de ligament croisé antérieur (LCA). L’intervention a eu lieu il y a quelques jours, elles sont encore convalescentes, mais tous les voyants sont au vert. Kiara, à l’issue de sa rééducation, devrait pouvoir retrouver les terrains de rugby, un sport qu’elle pratique avec passion et qui n’est pas sans lien avec ses mésaventures médicales.

Multi-opérée au niveau des genoux

Le Pr Christophe Trojani, à l’origine de cette première, se souvient comme si c’était hier, de sa rencontre avec le binôme mère-fille. "Je voyais Kiara pour la première fois. Alors qu’elle avait été multi-opérée au niveau des deux genoux, les options thérapeutiques pour réparer une nouvelle fracture du LCA étaient limitées. Aussi ai-je proposé une reconstruction avec un tendon prélevé sur un donneur décédé. Mais aussitôt, la maman de Kiara m’a interpellé: On ne peut pas prendre un tendon sur mon propre genou? Pourquoi pas!, lui ai-je répondu."

Mais, il faut rapidement se rendre à une évidence: ce don n’est pas autorisé en France. Sur un donneur vivant, il est en effet seulement possible de prélever un rein, un lobe pulmonaire ou hépatique. "Ce n’est pas possible? Rendons la chose possible!", défiera Patricia.

Feu vert de Monaco

C’est alors le début d’un vrai parcours du combattant. "Je me suis tourné vers l’ARS et l’Agence de Biomédecine, qui m’ont opposé un non très ferme, relate le Pr Trojani. Restait une option: l’autorisation du tribunal judiciaire de Nice. Que j’ai obtenue grâce à l’intervention de Maître André Bezzina. Mais, en dépit de cette autorisation, l’Agence de Biomédecine a réitéré son refus. C’est là que nous avons eu l’idée de nous tourner vers la Principauté de Monaco. Nous avons saisi le Département des Affaires sociales et de la Santé, et son Conseiller de gouvernement-Ministre, Christophe Robino, qui nous a donné l’autorisation de réaliser l’intervention. Également consulté, le comité consultatif d’éthique en matière de recherche biomédicale monégasque a rendu lui aussi un avis favorable." C’est ainsi que dix mois plus tard, l’opération a pu avoir lieu. Ne pouvant être remboursée en France, car interdite, celle-ci a été intégralement financée par la Principauté de Monaco. "Dans une salle, était réalisé le prélèvement du tendon rotulien de Patricia, la maman, dans l’autre, était installée Kiara, chez laquelle nous avons procédé à une reconstruction du LCA associée à une ostéotomie tibiale de valgisation (technique chirurgicale destinée à corriger l’axe du membre inférieur, Ndlr)."

"Vous feriez la même chose!"

Deux interventions assez simples au niveau technique, mais rendues exceptionnelles par le contexte.

"Il y avait un seul précédent de ce type en Australie, où une greffe d’ischiojambier à partir de donneurs vivants avait été réalisée chez des enfants. Mais s’agissant du tendon rotulien, c’était une première." Si à ce jour, il n’y a aucun signe de rejet – ce type de greffe est très peu exigeant en termes de compatibilité tissulaire –, il n’est pas exclu. "Il faudra réaliser un scanner et un IRM de contrôle dans deux mois pour s’en assurer définitivement", tempère le Pr Trojani, tout en se disant très optimiste.

"Et si le succès est confirmé, cette option d’allogreffe à partir de donneur vivant pourrait représenter un véritable progrès; elle pourrait même s’envisager en première intention, dans une situation comme celle de Kiara et sa maman. Donner son tendon à son enfant, lorsque celui-ci est sportif de haut niveau en particulier, c’est lui offrir la possibilité de récupérer plus vite, et lui éviter certaines opérations."

Que pense Patricia de tout ça? Elle sourit: "Quand les gens, à l’hôpital même, me félicitent, comme si j’avais fait un truc de dingue, je leur réponds: vous avez des enfants? Vous feriez la même chose!"

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