Rubriques




Se connecter à

Une chirurgie robot-assistée pour des patients atteints de cancer de l’œsophage

C’est une première dans les Alpes-Maritimes, fruit d’une collaboration entre l’Institut Arnault Tzanck et la Polyclinique Saint-Jean. Des patients atteints de cancer de l’œsophage ont bénéficié d’une chirurgie robot-assistée.

Nancy Cattan Publié le 19/09/2021 à 10:35, mis à jour le 19/09/2021 à 10:44
(DR)

La plupart d’entre nous ignorions tout de cette maladie avant que Bernard Tapie ne confie en être atteint, et que toute la presse s’en fasse écho. Le cancer de l’œsophage reste une maladie heureusement rare - même si son incidence tend à progresser. Grâce aux progrès de la chirurgie, seul espoir tangible de guérison (associé ou non à la chimiothérapie et/ou la radiothérapie), le taux de survie associé au cancer de l’œsophage, réputé grave, s’est nettement amélioré depuis les années 1990.

Mais au prix d’une intervention très lourde, d’une durée de 6 à 7 heures, non dénuée de risques. "Ce type de tumeurs étant localisé entre l’œsophage et l’estomac, on est contraint d’intervenir sur ces deux organes, en réalisant des incisions à la fois au niveau de l’abdomen et du thorax. Le but du traitement chirurgical « classique" consiste à réaliser un nouveau tube œsophagien en utilisant l’estomac du patient », explique le Dr Babou Karimdjee, chirurgien digestif à la polyclinique Saint-Jean à Cagnes-sur-Mer. Depuis 2020, cet éminent spécialiste de la chirurgie carcinologique mène un projet de coopération avec un établissement de santé voisin, l’Institut Arnault Tzanck à Saint-Laurent-du-Var.

C’est sur ce site qu’il opère ses patients atteints de cancers digestifs et qui peuvent tirer bénéfice des apports de la chirurgie robotique (l’Institut Arnault Tzanck est équipé de la dernière génération de robot Da Vinci X). Et il y a quelques semaines, il opérait avec l’aide du robot, un cinquième patient azuréen atteint de cancer de l’œsophage. Il motive son choix.

Une intervention très "agressive"

"La chirurgie œsophagienne est très agressive, épuisante physiquement pour le patient; il est d’abord placé sur le dos pour ouvrir le ventre, puis sur le côté pour inciser le thorax. Les complications sont importantes (le risque est estimé à 50-60%) liées à des problèmes de cicatrisation des sutures, d’infection pulmonaire, de troubles cardiaques... surtout si les patients sont dénutris. Aussi est-il fondamental de réduire autant que possible le caractère très invasif de l’intervention Et c’est ce que permet le recours au robot."

La chirurgie robot-assistée permet en effet de limiter les incisions pariétales (section des muscles); des instruments miniatures sont introduits dans le corps du patient via un trocart (tige métallique cylindrique coulissant à l’intérieur d’une canule) que le chirurgien manipule depuis sa console. "Cette approche comme pour la cœlioscopie classique, permet de limiter une partie des complications postopératoires notamment sur le plan respiratoire. Le patient présente également moins de douleurs, de saignements; il peut se mobiliser beaucoup plus rapidement, ce qui favorise également une reprise rapide à un état général satisfaisant."

 

Des atouts majeurs pour ces patients souffrant de cancer de l’œsophage et qui "arrivent" à la chirurgie souvent très affaiblis, voire épuisés par les traitements antérieurs qu’ils ont dû subir: chimio et radiothérapie.

Faciliter les opérations délicates

À l’adresse de ceux qui pourraient s’inquiéter de confier leur corps à un robot, le Dr Karimdjee rappelle que ce dernier n’est absolument pas autonome "et ne fait qu’exécuter les gestes dictés par les mains du chirurgien, installé derrière sa console de commande". Mais, en décuplant les capacités du praticien, il facilite la réalisation d’interventions délicates avec un meilleur confort du chirurgien. Des interventions délicates, notamment en raison de l’âge du patient. "Les personnes que l’on opère ont en moyenne 60 ans; mais il est possible d’indiquer la chirurgie chez des malades âgés de 75 ans et plus, s’ils sont dans un bon état général. On est très prudents concernant la décision d’opérer lorsque les patients sont très fragiles. Mais, dans le même temps, c’est le seul traitement qui peut permettre d’espérer la guérison."

Quels que soient les progrès réalisés, chirurgicaux en particulier, les patients sont systématiquement pris en charge après l’intervention, dans un service de réanimation, pendant une semaine au moins.

Dr Babou Karimdjee, chirurgien digestif à la polyclinique Saint-Jean à Cagnes-sur-Mer: "la chirurgie assistée par robot est devenue l’approche dominante"

Quelle est la place aujourd’hui de la chirurgie assistée par robot dans le champ du digestif?

Elle est très importante, deux fois plus que pour d’autres spécialités qui y ont aussi beaucoup recours comme l’urologie ou la gynécologie.

Ses bénéfices ont-ils été évalués?

Absolument, et il a été montré qu’elle est au moins aussi efficace que la chirurgie classique, laparoscopique (avec ouverture minimale de la paroi abdominale, Ndlr).

Deviendra-t-elle la "norme" demain?

Ce qui est sûr, c’est que la chirurgie assistée par robot s’est considérablement démocratisée, ses indications sont de plus en plus nombreuses dans le champ du digestif. Depuis trois ans, au niveau mondial, elle est même devenue l’approche dominante. Ce n’est pas encore le cas en France. Mais il est certain c’est que le chirurgien digestif de demain devra maîtriser à la fois la laparoscopie, la cœlioscopie et la robotique.

Quels sont ses principaux atouts?

Pour le patient, c’est une durée d’hospitalisation réduite, moins de saignements et de douleurs. Elle offre aussi beaucoup plus de confort au chirurgien; il travaille en 3D, comme s’il était en chirurgie ouverte.

Qu’est ce qui freine encore son développement en France?

Les principales limites résident dans le coût; la chirurgie robotique est plus coûteuse (investissement initial dans le robot, instruments et consommables plus chers), mais elle est remboursée par l’Assurance Maladie sur les mêmes tarifs que la chirurgie conventionnelle: il n’y a pas à ce jour de cotation particulière pour les actes réalisés avec assistance d’un robot. D’où les réticences des établissements de santé. Mais il ne fait aucun doute que d’ici 10 ans, tous les hôpitaux publics comme privés, seront équipés de robot.

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.