Soupçonnés d'aggraver l'infection du Covid-19, les médicaments contre l’hypertension "réhabilités"

Après avoir été soupçonnés d’aggraver l’infection, les médicaments anti-hypertenseurs sont décrits comme pouvant avoir un rôle protecteur.

Nancy Cattan Publié le 26/04/2020 à 18:36, mis à jour le 26/04/2020 à 18:36
Dès le début de l’épidémie, les médecins se sont inquiétés d’un lien possible entre Covid-19 et médicaments contre l’hypertension Photo Franz Chavaroche

Les patients hypertendus sont plus à risque de forme sévère de Covid-19.

Cette information, diffusée dès le début de l’épidémie, a suscité de grandes inquiétudes parmi les milliers de Français atteints d’hypertension artérielle.

Et cette inquiétude a été encore majorée lorsqu’ils ont appris que le virus responsable de l’infection utilise, pour entrer dans les cellules, une protéine déterminante dans la régulation de la pression artérielle, et cible de leurs traitements anti-hypertenseurs.

Son nom: ACE2 (enzyme de conversion de l'angiotensine II).

Tout le monde s’est alors inquiété d’un scénario possible: et si les patients qui prennent des médicaments contre l’hypertension (inhibiteurs de l’enzyme de conversion (ACE), et bloqueurs des récepteurs de l’angiotensine 2 (ARA-II)) étaient plus vulnérables que les autres face au virus?

 

Président de la fédération française de cardiologie région Paca, le Pr Pierre Gibelin, confie avoir été lui-même déstabilisé. "On pouvait craindre que ces médicaments en agissant sur ces récepteurs, augmentent la gravité de l’infection." 

Prévention de l’atteinte pulmonaire aiguë

Suite à la médiatisation de ces risques hypothétiques, de très nombreux hypertendus ont interrompu de façon intempestive leur traitement, s’exposant à des risques importants.

"Attention, ces médicaments sont indispensables pour le contrôle de la tension artérielle, mais aussi la protection cardiovasculaire", rappelait alors dans ces mêmes colonnes, le Pr Atul Pathak, vice-président de la Société Française d’hypertension artérielle.

Une mise en garde d’autant plus salutaire qu’aujourd’hui, des études tendent à prouver que non seulement ils ne sont pas nocifs, mais qu’ils pourraient même être bénéfiques.

"Il a été montré que les taux sanguins d’angiotensine II étaient particulièrement élevés chez les patients atteints de formes pulmonaires sévères de Covid-19; plus le taux est élevé et plus la forme est grave, détaille le Pr Gibelin. Les traitements par IEC/ARA2, en réduisant ces taux d’angiotensine II pourraient avoir un rôle anti-inflammatoire et anti-oxydatif potentiellement bénéfiques dans la prévention de l’atteinte pulmonaire aiguë."

 

Une étude chinoise publiée il y a 2 jours confirme cette hypothèse. Les chercheurs ont étudié 1.128 patients hospitalisés souffrant d’hypertension et diagnostiqués positifs au Covid-19.

Parmi eux, 188 prenaient les médicaments incriminés, et 940 n’en prenaient pas. Le taux de mortalité du premier groupe était de 3,7%, contre 9,8% dans le second.

Non seulement la prise de ces médicaments ne semble donc pas défavorable aux patients, mais elle est associée à un bénéfice thérapeutique.

Des essais cliniques randomisés contrôlés sont en cours pour mieux mesurer cet effet.

Ne pas rester accroché à une hypothèse

À l’attention des patients que ces atermoiements inquiéteraient, le Pr Gibelin adresse un message explicite: "On peut avoir l’impression que les arguments scientifiques sont contradictoires et disent tout et son contraire. En réalité, la recherche est cartésienne, elle avance lentement et se base sur des hypothèses qui peuvent être infirmées ou confirmées par des études scientifiques rigoureuses. Ce qui n’est pas acceptable, c’est de rester accroché à une hypothèse qui ne se vérifie pas, ou que l’on affirme sur la base de données insuffisantes. Souvent le principal conflit d’intérêts d’un scientifique, c’est son ego."

Toute allusion à des personnes existantes est purement fortuite (sic).

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