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Sommes-nous entrés dans l’ère post-antibiotique? Et est-ce dangereux?

Mis à jour le 18/10/2020 à 17:52 Publié le 18/10/2020 à 17:52
Si pendant longtemps on a gardé en tête que « les antibiotiques, c’est pas automatique », on semble avoir quelque peu oublié le précepte ces dernières années.

Si pendant longtemps on a gardé en tête que « les antibiotiques, c’est pas automatique », on semble avoir quelque peu oublié le précepte ces dernières années. Photo DR/Unsplash

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Sommes-nous entrés dans l’ère post-antibiotique? Et est-ce dangereux?

L’infectiologue niçoise, le Dr Véronique Mondain, tire la sonnette d’alarme. Si on ne réagit pas, on pourrait se retrouver confronté à une antibiorésistance généralisée.

La découverte des antibiotiques à la fin des années trente par Alexander Fleming a totalement bouleversé la médecine.

Sans eux, les infections courantes pourraient être mortelles.

Leur action est simple: ils tuent les bactéries. Sauf que ces dernières savent riposter.

"En moyenne, au bout de cinq ans, les bactéries exposées à un antibiotique commencent à exprimer une résistance. C’est un processus naturel d’adaptation. Le souci se pose lorsque ces bactéries résistantes trouvent des conditions idéales de multiplication et qu’on ne parvient plus à en venir à bout", résume le Dr Mondain, infectiologue au CHU de Nice.

En cause dans cette antibiorésistance, la pression de sélection exercée par les antibiotiques omniprésents dans l’environnement. Ces quinze dernières années, leur utilisation mondiale aurait grimpé de… 65%!

"La sensibilisation au problème de l’antibiorésistance est très récente. L’ONU s’est saisie du problème seulement en 2016, mais le situe aujourd’hui au même niveau que l’autre grand défi de l’humanité qu’est le réchauffement climatique. Les deux sujets partagent certaines causes liées aux comportements humains", pointe le Dr Mondain.

Si la prise de conscience est tardive, les dégâts, eux, sont déjà bien visibles. "Des personnes meurent chaque jour parce qu’aucun antibiotique n’est plus efficace sur les bactéries qui les ont infectées."

Aujourd’hui, on évalue les décès annuels liés à la résistance bactérienne à 700.000 dans le monde par an (dont 33.000 en Europe). Certains experts estiment qu’en 2050, ce chiffre pourrait atteindre 10 millions!

La situation est particulièrement dramatique dans le sous-continent indien et en Chine où "l’antibiorésistance de bactéries banales de notre tube digestif, les escherichia coli, est supérieure à 60% à la plupart des antibiotiques (contre environ 10% en France), note le Dr Mondain. Par ailleurs, on sait qu’une personne sur deux qui se rend en Asie revient avec des bactéries multirésistantes dans le tube digestif."

"Pas automatique!"

À l’origine de cette résistance aux antibiotiques, trois causes majeures: "la surconsommation humaine, le mésusage animal et les problèmes environnementaux", résume l’infectiologue.

Concernant la surconsommation humaine, elle se résume ainsi: malgré les campagnes d’information (rappelez-vous le fameux slogan "Les antibiotiques c’est pas automatique"), toutes les études confirment qu’il y a encore une prescription sur deux inutile ou inappropriée.

"Le cas des angines est assez révélateur, soulève le Dr Mondain. 80% d’entre elles sont virales - donc ne nécessitent pas d’antibiothérapie - et 20% bactériennes. Il faudrait déjà commencer par faire un strepto-test (un prélèvement rapide dans la gorge, Ndlr) pour savoir de quel type d’angine il s’agit. Or, souvent les médecins ne le font pas. Dans les pays du Nord, très "vertueux" sur le maniement des antibiotiques, ils ne sont plus du tout utilisés dans le traitement des angines simples, même bactériennes."

Dans le contexte sanitaire, la spécialiste pointe une autre "erreur": "Des antibiotiques sont presque systématiquement prescrits dans les cas de Covid alors que les surinfections bactériennes sont largement inférieures à 10%".

Microbiotes, phages

Si l’antibiorésistance est une réalité, elle n’est pas nécessairement une fatalité.

"À son niveau, chaque citoyen peut agir, martèle le Dr Mondain. Le professeur Claude Bernard disait: "Le microbe n’est rien, le terrain est tout". Une alimentation saine, de l’activité physique, pas de tabac, sont autant de facteurs qui vont favoriser une bonne immunité."

Au plan de la recherche, et au-delà de la découverte de nouveaux antibiotiques, plusieurs pistes sont intéressantes: l’utilisation du microbiote, les phages (virus des bactéries). Parfois, la phyto-aromathérapie peut permettre l’épargne des antibiotiques pour des infections bénignes.

Au final, l’antibiorésistance est un phénomène universel qui doit être abordé sous l’angle de la santé globale (le principe "One Health" développé notamment par l’ONU), en intégrant l’interdépendance de la santé humaine, animale et environnementale.

Les autorités, les industriels des secteurs agroalimentaires et pharmaceutiques, les médecins, les vétérinaires ainsi que les associations de patients et les citoyens, doivent se saisir du sujet.

Problématique environnementale

La part environnementale est importante dans cette problématique. Pour des raisons financières, beaucoup de laboratoires pharmaceutiques ont externalisé leurs chaînes de production.

Les antibiotiques sont ainsi quasiment tous fabriqués en Inde et en Chine. Or, à la fin des années 2000, un chercheur suédois a réalisé des dosages d’antibiotiques dans des rivières coulant à proximité de ces usines.

"Il y avait une concentration très importante d’antibiotiques dans l’eau. Cette eau tiède, en contact avec de nombreuses bactéries, dans des pays où l’assainissement des eaux est déficient, a permis l’apparition de bactéries hautement résistantes (BHR), auxquelles les populations locales sont exposées", alerte le Dr Mondain.

"Depuis, l’ONG Changing Market a réalisé des enquêtes édifiantes sur le sujet. Il est impératif que des normes environnementales soient imposées à l’industrie pharmaceutique. La situation est catastrophique en Inde, où chaque année, 70.000 bébés meurent du fait de l’antibiorésistance. Mais ce pays est également devenu la destination numéro 1 du tourisme médical qui, encore davantage que le tourisme de loisir, permet la dissémination planétaire de toutes ces BHR. Aujourd’hui, ce pays qui cumule l’ensemble des causes, est passé de fait dans l’ère post-antibiotique."

Trois leviers d'action

Le constat de la progression de l’antibiorésistance est absolument effarant. Pour autant, il est possible d’en limiter la progression. Le Dr Mondain met en exergue trois leviers d’actions.

D'abord le bon usage des antibiotiques. Cela signifie d’arrêter de les prescrire pour une pathologie virale ou bénigne par exemple. Cela implique aussi un travail de pédagogie auprès des patients qui semblent en France encore assez demandeurs (c’est le 8e pays le plus prescripteur d’antibiotiques dans le monde).

Ensuite une bonne hygiène. Cela paraît évident pourtant, nous Français, ne sommes pas vraiment des champions en la matière. Le lavage des mains doit être encouragé car il permet de limiter la propagation des bactéries. La pandémie de Covid a favorisé la prise de conscience.

Enfin la vaccination. Pour les sujets âgés ou porteurs de maladie chroniques, c’est un vrai moyen de prévention. La couverture vaccinale vis-à-vis de la grippe, et du pneumocoque, est encore très insuffisante dans cette population.

Le mésusage pour les animaux

On le sait tous: les animaux d’élevage sont souvent gavés d’antibiotiques. Ce que l’on sait moins, c’est pourquoi.

"C’est pour leur faire prendre du poids, révèle le Dr Mondain. Dans les années 1950, les vétérinaires ont compris que les antibiotiques à petite dose font grossir les animaux en permettant une meilleure absorption de la nourriture - et s’ils sont plus lourds, ils rapportent plus! Ils sont donc utilisés comme compléments alimentaires et non comme médicaments. Au total, 70% des antibiotiques utilisés dans le monde le sont comme facteurs de croissance. Les animaux issus d’élevages industriels sont donc souvent porteurs de bactéries multirésistantes, et les antibiotiques consommés eux vont dans les nappes phréatiques à partir de leurs déjections." 

Si en Europe cette pratique est théoriquement interdite, dans d’autres pays comme la Chine, les USA ou le Brésil, il n’y a pas de limites de ce genre. À cela s’ajoute le fait que le bétail est souvent parqué dans des espaces restreints, engendrant un risque élevé de maladie…

Pour l’éviter, il arrive fréquemment que l’on pratique la métaphylaxie, c’est-à-dire le traitement préventif de tous les animaux. De quoi regarder à deux fois le contenu de son assiette!


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