Rubriques




Se connecter à

Qu'est-ce que la médecine interne? Un expert répond

Au carrefour de la médecine générale et des spécialités d’organes, la médecine interne prend en charge les maladies orphelines, les diagnostics complexes et les patients avec des pathologies multiples.

Caroline Martinat Publié le 13/09/2021 à 11:45, mis à jour le 14/09/2021 à 10:14
La médecine interne est souvent une médecine de deuxième, troisième, voire quatrième recours, qui propose une expertise clinique, assurant une prise en charge transversale et hiérarchisant les priorités. Photo Unsplash

Si vous connaissez la série Dr House, vous avez une vague idée de ce qu’est la médecine interne: elle prend en charge des patients souffrant de symptômes inexpliqués et tente de les relier entre eux pour déboucher sur un diagnostic et un traitement.

Le Dr Thomas Girard, un des rares médecins interniste exerçant en ville, à Hyères, en donne une définition un peu moins réductrice. "C’est une médecine globale, au carrefour de la médecine générale et des spécialités d’organe".

La médecine interne est souvent une médecine de deuxième, troisième, voire quatrième recours, qui propose une expertise clinique, assurant une prise en charge transversale et hiérarchisant les priorités.

Missions multiples

Pour cette expertise, "elle s’appuie sur quatre piliers, explique le Dr Girard: un réseau de partenaires réactifs permettant des échanges étroits pour des diagnostics complexes nécessitant de nombreux outils biologiques et d’imagerie, des thérapeutiques immunomodulatrices et immunosuppressives innovantes, souvent issues d’autres spécialités et dont l’initiation et parfois la poursuite s’effectuent en milieu hospitalier, une recherche clinique et fondamentale et une implantation forte dans l’enseignement de la médecine aux étudiants." 

 

À l’origine, la médecine interne a été pensée et organisée pour prendre en charge les patients atteints de maladies orphelines, les patients dont la pathologie atteint plusieurs organes en même temps, ce qui fait que le champ d’expertise est à cheval sur plusieurs spécialités.

Outre les diagnostics complexes et le suivi de ces maladies systémiques, l’interniste intervient également en lien avec le médecin généraliste, le gériatre, le spécialiste d’organes ou le gynécologue obstétricien pour le co-suivi des maladies chroniques et des traitements.

"Il est un peu chef d’orchestre pour organiser un parcours de soins complexes, par exemple pour des patients suivis par plusieurs spécialistes d’organes, détaille le Dr Girard. Il garde un œil critique sur les combinaisons thérapeutiques et leurs éventuels effets secondaires. Il vient par exemple en soutien d’autres spécialistes engagés auprès d’un patient avec plusieurs systèmes malades : une maladie inflammatoire et un cancer par exemple."

En pédiatrie, il peut prendre le relais auprès de patients atteints de maladies avec une expression multifocale, "en particulier au moment de l’adolescence où le parcours de soins est parfois plus difficile à maintenir avec des risques de défauts d’observance des traitements." Il peut aussi intervenir en soutien de l’obstétricien confronté à des maladies systémiques pouvant potentiellement s’aggraver durant la grossesse.

 

Une démarche singulière

"La causalité est une valeur relative, qui impose une démarche singulière, particulièrement dans notre spécialité, explique le Dr Girard. Il existe énormément de maladies dont on ne connaît pas la cause. On conduit une démarche assez particulière, qui consiste à rassembler tout un ensemble de signes, pour établir une taxinomie, une classification qui pourra être remaniée au fur et à mesure de nouvelles découvertes dans la dynamique de recherche de la cause première. Souvent, fait-il remarquer, un événement clinique est le résultat d’une relation, par exemple entre un agent infectieux et le système immunitaire d’un patient donné. On a vu avec l’épidémie de Sars-Cov-2 que certaines manifestations cliniques sont partagées par un grand nombre de patients, mais d’autres sont plus rares parce qu’au final, l’expression de cette relation est assez singulière."

L’interniste, plus qu’un autre spécialiste, fait cette démarche minutieuse de classement à partir des symptômes du patient. "C’est aussi dû au fait que les maladies immunitaires dont il s’occupe traditionnellement sont, encore maintenant, définies par un ensemble de signes, parfois associés à un marqueur biologique pronostic, plus que par un élément unique associable à une cause."

En consultation chez l’interniste

Souvent, le généraliste a initié les premières explorations, orienté vers un ou des spécialistes en fonction des symptômes. Sans diagnostic clair, le patient est dirigé vers un interniste pour poursuive les explorations et la recherche du diagnostic.

"Le rendez-vous est une consultation longue pour permettre, au cours de l’échange avec le patient, d’affiner les ressentis, l’historisation des symptômes, leur survenue, et effectuer un examen clinique approfondi, analyser les explorations déjà initiées.

Les conditions et le contexte doivent permettre d’engager une nouvelle dynamique avec d’éventuelles explorations complémentaires, ou une proposition de diagnostic et des traitements. Un courrier est envoyé au médecin traitant et aux spécialistes positionnés dans le parcours."

Savoir stopper la course aux examens


"L’interniste a le souci de replacer le problème médical dans le contexte de vie d’une personne, d’interpréter un symptôme à l’intérieur d’un système d’organes mais aussi aux intersections des systèmes somatiques et psycho-fonctionnels quand c’est nécessaire, explique le Dr Girard.

Il a le souci du sens et du niveau de contribution d’un examen complémentaire dans la recherche du diagnostic et détermine un plan de réalisation de ces examens complémentaires dans le respect de ce qui semble utile et raisonnable.

Il est donc parfois responsable d’arrêter un cycle ininterrompu d’examens complémentaires et de considérer le symptôme comme consécutif au registre psycho fonctionnel. Il ne va pas pour autant dire au patient: "vous n’avez rien".

Il va lui expliquer que structurellement, son corps fonctionne, et lui proposer des outils pour l’aider à aller mieux et gérer les symptômes dont il souffre, en sollicitant des interventions complémentaires auprès de confrères médecins de la douleur, ostéopathes, psychothérapeutes, kinés, podologues, etc."

Aussi en libéral

En France, les deux tiers des internistes exercent à l’hôpital, quelques centaines en libéral. "L’évolution du système de santé a poussé les pratiques vers un parcours de soins ambulatoire. Pour certains patients, avec des pathologies complexes, les parcours de soins sont compliqués, les rendez-vous difficiles à obtenir, les délais longs. Il y a donc une place en libéral, en amont de l’hôpital, pour poser des diagnostics complexes, en lien avec les généralistes et les spécialistes, dans le cadre d’un réseau construit" estime le Dr Girard.

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.