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Présent à Monaco, le virologue Christian Bréchot alerte: "Les non-vaccinés mettent les autres en danger"

Présent à une conférence internationale sur la Covid-19 à Monaco, le Pr Christian Bréchot, virologue reconnu, explique pourquoi la vaccination et le diagnostic sont des armes contre le virus.

Thibaut Parat Publié le 16/12/2021 à 10:40, mis à jour le 16/12/2021 à 13:47
Le Pr Christian Bréchot, président du Global Virus Network, une coalition internationale de virologues. Photo DR

Alors que l’épidémie reprend de plus belle en Europe et que pèse la menace d’un nouveau variant baptisé Omicron, la Principauté a accueilli en fin de semaine une conférence internationale sur le diagnostic du Covid-19, sur le thème "Promesses et challenges".

Scientifiques, universitaires, industriels et gouvernants se sont ainsi succédé pour présenter les technologies innovantes en vue de collaborations significatives, en mettant l’accent sur les pays à revenus moyens et faibles.

Le défi est de taille: développer des solutions à faible coût, accessibles à tous, pour trouver une réponse qui ne peut être que mondiale. "Le diagnostic a été un domaine sous-estimé dans cette crise sanitaire majeure. Pourtant, il s’agit d’un outil primordial pour freiner les menaces virales et maintenir les activités économiques, sociales et culturelles dans le cadre de telles pandémies, explique le Pr Christian Bréchot, président du Global Virus Network et professeur au département de recherche sur les maladies infectieuses de l’Université South Florida.

 

Il y a eu des progrès technologiques considérables dans ce domaine qui doivent se traduire par des méthodes de diagnostics de routine." Entretien avec ce virologue reconnu, ancien président de l’Inserm puis directeur général de l’Institut Pasteur.

Quels étaient les enjeux de cette conférence internationale à Monaco?

Avec la cinquième vague en cours et l’émergence de nouveaux variants comme Omicron, on voit bien que la pandémie de Covid-19 est loin d’être réglée. Si on veut la contenir, on doit adopter une stratégie de collaboration internationale, au-delà des mots et du politiquement correct, et une mise en synergie des compétences.

Cet atelier de travail, à Monaco, a pour vocation de renforcer l’efficacité du diagnostic, lequel est essentiel pour les maladies infectieuses, en particulier pour la Covid-19. Et ce, pour caractériser des variants, prédire l’efficacité des traitements et des vaccins mais aussi le risque d’évoluer vers des formes sévères. Il n’y a pas eu assez d’efforts sur le diagnostic. Ce sujet a été moins développé que les vaccins.

Pourquoi ce domaine a-t-il été sous-estimé dans cette crise sanitaire?

D’une certaine manière, c’est plus glorieux de montrer qu’on prévient une maladie, qu’on traite une maladie. Le diagnostic apparaît finalement comme un outil sans que l’on comprenne son rôle absolument clé dans une stratégie de lutte contre une pandémie.

 

Vous avez, durant ces deux jours, pointé du doigt les déséquilibres entre pays riches et pauvres…

Il est vital de renforcer les structures dans les pays émergents et en développement, de leur donner les moyens de pouvoir acquérir des techniques de diagnostic. Car le progrès technologique a été considérable. Il est important de comprendre comment on inclut ces tests diagnostic dans une stratégie de santé publique globale et comment on peut aider ces pays à contenir la circulation du virus.

Des technologies innovantes ont été présentées pendant cette conférence concernant ces diagnostics…

On parle de techniques de tests moléculaires rapides sur des prélèvements, pas seulement nasopharyngés mais aussi salivaires. On a aussi vu des approches qui montrent comment il est possible de transférer et partager rapidement des données dans le monde entier. Comment on peut utiliser ces data pour éduquer le public. On a également évoqué comment les tests diagnostic permettent d’évaluer l’efficacité des vaccins, avec la notion d’anticorps neutralisants.

On n’était pas prêt à affronter une telle pandémie?

Même si des progrès avaient été faits, la réponse n’a pas été suffisante. L’absence de coordination des politiques de santé publique est un bon exemple. On a l’illustration en ce moment même avec le variant Omicron. Nos collègues sud-africains ont réalisé un travail remarquable. Résultat : on leur a fermé les frontières alors que l’Organisation mondiale de la santé conseillait de ne pas le faire. On se rend compte, désormais, que le variant était présent en Europe depuis au moins un mois et demi. C’est un bon exemple d’absence de coordination, d’absence d’expertise mondiale reconnue.

De quelles données dispose-t-on sur ce variant? Doit-on le craindre?

 

On n’a pas encore suffisamment de données. Il est probable qu’il soit vraiment contagieux. Pour l’heure, aucun argument ne laisse penser qu’il est plus sévère. Il est probable qu’il réponde un peu moins bien aux vaccins, ce qui ne veut pas dire que les vaccins seront inefficaces. Le seul message que l’on peut faire passer : faites la dose de rappel de vaccin.

Sur les plateaux de télé, vous avez eu des propos sévères contre les non-vaccinés…

Ce n’est pas bien de ne pas être vacciné. Ce n’est pas seulement une question de libertés individuelles, c’est une question de protection. Je cite souvent l’exemple d’une personne récemment décédée. Elle était vaccinée, mais en tant qu’immunodéprimée, le vaccin a moins bien marché. Elle a été contaminée par un client non-vacciné positif à la Covid-19… Les gens qui ne sont pas vaccinés mettent les autres en danger, c’est ça la vérité. C’est inadmissible.

Pourra-t-on s’en sortir alors que la moitié de la planète n’a pas accès au vaccin?

Que la planète entière ait accès aux vaccins n’est pas chose aisée. Mais ils ne peuvent être la seule solution. Les diagnostics sont essentiels pour contenir l’épidémie. On va s’en sortir progressivement. Il y aura des vagues successives avec de moins en moins d’impacts sur la mortalité et les hôpitaux. Mais on va vivre avec ce virus pendant longtemps encore.

Combien de temps selon vous?

Il faut être extrêmement humble quand on fait des prédictions car on se trompe beaucoup. Vivre avec ce virus ne veut pas dire qu’on ne retrouvera pas une vie normale.

 

Doit-on craindre d’autres pandémies à l’avenir?

Oui. On sait qu’il y a des virus chez des chauves-souris, d’autres coronavirus qui peuvent se transmettre à l’homme dans les prochaines années. à quel rythme? Je n’en ai aucune idée. C’est comme les tremblements de terre. On sait que San Francisco peut être détruit par un tremblement de terre: cela peut survenir demain ou dans 1.000 ans. Globalement, l’homme modifie son écosystème, ça a un impact majeur sur la transmission des infections par les animaux à l’homme qui représente 70% des nouvelles infections graves.

La France a annoncé l’arrivée de traitements antiviraux avant la fin de l’année. Une bonne nouvelle?

Ce n’est qu’un début. D’autres sont en train d’arriver. Il y a les anticorps monoclonaux. Il y a un progrès indiscutable par rapport il y a un an. On sait que les vaccins ont leur limite: ils ne protègent pas complètement contre la circulation du virus, leur efficacité diminue avec le temps et des gens peuvent être réinfectés. Mais ces gens-là sont très majoritairement protégés contre les formes graves de la maladie. Dans le monde, 80 à 90% des gens hospitalisés pour la Covid-19 ne sont pas vaccinés. C’est factuel.

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