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"Pour une extension rapide au plus grand nombre", ce professeur du CHU de Nice milite pour la 3e dose

Membre du Conseil scientifique Covid-19, le Pr Olivier Guérin pointe l’efficacité remarquable de la 3e dose et alerte sur les difficultés de l’hôpital à «encaisser une surchauffe », sans déprogrammer

Propos recueillis par Nancy Cattan Publié le 23/11/2021 à 08:00, mis à jour le 22/11/2021 à 20:23
Le Pr Olivier Guérin. DR

Chef du service de gériatrie au CHU de Nice et président de la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie, le Pr Olivier Guérin est depuis le 17 février membre du fameux Conseil scientifique Covid-19.

Quelle est la position du conseil scientifique concernant la 3e dose ?
Nous sommes en faveur d’une extension très rapide au plus grand nombre et, pour commencer aux plus de 40 ans.

Pourquoi cette extension vous semble-t-elle si importante ?
Parce que cette troisième dose après 6 mois est extrêmement efficace ; l’immunité est bien meilleure qu’après les deux doses et dès les jours qui suivent l’injection, ce qui n’était pas le cas pour le schéma initial où l’immunité maximale n’était obtenue qu’après plusieurs semaines. Par ailleurs, ce boost diminue la transmission du virus, cela a été démontré, et c’est fondamental en cette période de reprise de l’épidémie.

 

À quand l’extension à la population générale ?
Il s’agit d’une disposition sanitaire, nécessitant l’avis de la HAS et une décision ministérielle.

Des municipalités anticipent en ouvrant la vaccination aux plus de 50 ans, voire au moins de 40 ans, pour ce qui concerne Nice. Qu’en pensez-vous ?
S’agissant des plus de 50 ans, c’est déjà acté, il s’agit simplement d’anticiper de quelques jours (la date prévue initialement était le 1er décembre, Ndlr). Pour le 40-50 ans, on attend la décision du Ministère, mais la HAS a déjà donné un avis favorable. Par contre, celle-ci n’a pas encore émis de recommandations concernant les moins de 40 ans, les données sont à l’étude. Quoi qu’il en soit, cette population a été vaccinée en juillet août, ce qui signifie que la troisième dose ne pourra être envisagée qu’à partir de février, sachant qu’elle ne peut être proposée qu’au moins six mois après la deuxième injection.
Il reste que toute personne, quel que soit son âge, peut s’entretenir avec son médecin traitant et évaluer avec lui l’intérêt à titre individuel.

Comprenez-vous l’incompréhension des gens, à qui on avait vendu la vaccination comme l’arme suprême ?
La vaccination, a été très efficace ; on le mesure chaque jour. Les personnes vaccinées avec deux doses restent majoritairement protégées des formes graves. La problématique est arithmétique : plus de personnes contaminées, c’est plus de risque de retrouver parmi les personnes vaccinées de formes graves, l’efficacité n’étant pas de 100 %.

L’hôpital est-il mieux armé qu’il ne l’était lors des précédentes vagues ?
Malheureusement non. La situation s’est même encore aggravée, avec des personnels épuisés. Encaisser une petite surchauffe liée au Covid, sans déprogrammer, sera difficile. Or, on s’attend à une 5e vague, probablement moins haute que celle de mars dernier, mais plus importante qu’en août. D’où l’importance d’une extension du boost.

Pensez-vous qu’il faille l’inscrire dans le pass sanitaire, comme cela a déjà été arrêté pour les plus de 65 ans ?
La 3e dose semble moins bien acceptée que le premier schéma vaccinal à deux injections. Aussi me semble-il essentiel de faire de la pédagogie. On ne communique pas assez sur les bienfaits de cette 3e dose. Multiplier les inscriptions dans le pass n’est pas une solution à long terme. Et il faut se rendre à l’évidence : cette épidémie ne cessera pas avant plusieurs années. Il faudra probablement se vacciner régulièrement encore, même s’il est probable que progressivement, ces rappels seront plus espacés.Le pass a été permis par le régime d’exception. Mais va-t-on rester 10 ans dans ce régime ?

Faudrait-il, si l’épidémie repart, envisager des mesures régionalisées, comme cela a été le cas en mars dernier ?
Cela semblait logique et pertinent lors des vagues précédentes qui n’ont pas touché de façon identique toutes les régions. Mais le variant delta est beaucoup plus contagieux que les souches antérieures, et aujourd’hui, on assiste à la même dynamique au niveau national. La 5e vague qui se dessine n’épargne aucun territoire.

 

Pourrait-on emboîter le pas d’autres pays avec un confinement des seuls non vaccinés ?
À notre connaissance, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour.

Alors que beaucoup de personnes ont eu le Covid ou ont été vaccinées, ne pourrait-on envisager de faire une sérologie (mesure des anticorps) avant d’envisager le boost ?
La sérologie n’a pas d’utilité pour décider ou pas du rappel. Beaucoup de gens s’inquiètent, c’est vrai, de développer une forte réaction s’ils sont porteurs d’anticorps. En réalité, la tolérance est globalement la même que pour les deux premières injections. Et la sérologie a par ailleurs des limites : on peut avoir beaucoup d’anticorps mais peu d’anticorps neutralisants.

Il y a des débats très vifs autour de la vaccination des enfants. Quelle est votre position ?
Je ne pense pas qu’il faille se diriger vers la vaccination des moins de 5 ans. Dans cette période de la vie, tous les virus sont nouveaux pour l’organisme, et le jeune enfant fabrique ainsi sa bibliothèque immunitaire. Le vacciner pour protéger les aînés procéderait d’une démarche altruiste qui pose des questions éthiques. Le moindre problème survenant chez les moins de 5 ans serait intolérable. Il reste que des études sont en cours.

Entre 5 et 11 ans, la question se pose différemment ; le système immunitaire est efficace, mais un peu moins vis-à-vis des virus nouveaux. Et on a quelques données de symptômes prolongés parmi les enfants contaminés. Quoi qu’il en soit le sujet est aussi à l’étude au niveau international, et on est en train d’évaluer le bénéfice risque.

Alors que l’on évoque l’extension de la 3e dose, il reste 500 000 Français de plus de 80 ans, population la plus vulnérable, non vaccinés. A-t-on baissé les bras ?
Ce sujet me met très en colère. C’est vraiment notre point faible. On n’arrive pas à identifier ces personnes et les motifs de la non-vaccination. Ce qu’on constate néanmoins sur le terrain, c’est qu’il s’agit d’une population qui s’appuie davantage que les autres sur son entourage. Pour peu qu’il y ait des antivax parmi les proches, ces personnes se laissent convaincre.

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