"On se sent utile, la fonction prend tout son sens": les auxiliaires de vie, entre dévouement et débrouille

Durant la période de confinement, les associations d’aide à domicile interviennent uniquement auprès des personnes fragiles pour les actes essentiels de la vie. Un soutien matériel et moral.

E.Espejo Publié le 07/04/2020 à 18:40, mis à jour le 07/04/2020 à 19:54
Les auxiliaires de vie se révèlent être une aide précieuse et efficace à plus d’un titre pour les personnes vulnérables. Photo Clément Tiberghien

Elle est une confidente, une amie parfois, un réconfort souvent.

Peut-être le seul contact avec le monde extérieur depuis le confinement. Elle, c’est l’auxiliaire de vie.

"Nous représentons bien souvent le dernier maillon de la chaîne auprès de certains bénéficiaires, avoue la Dracénoise Marie-France. Nous avons peu de moyens. Et malgré tout, on se débrouille."

Un personnel volontaire

Depuis le début de la crise sanitaire, les associations d’aide à domicile suivent les consignes gouvernementales et assurent un service uniquement en direction des personnes vulnérables.

Au sein de l’Acap (Accompagnement et aide à la personne) ou de l’association Sendra, les plannings ont donc été revus et adaptés en fonction des intervenants volontaires pour poursuivre leur mission.

Il faut dire que ce secteur d’activité fait partie de ceux qui sont parmi les plus exposés au Covid-19.

Et, au sein des deux structures associatives, le personnel est "très volontaire".

"Ces femmes et hommes sont investis dans leur métier, ils sont dans le soutien, assure Laure-Anne Grillot, directrice de l’Acap à Draguignan. Tout le monde met la main à la pâte. Sur le terrain comme au bureau, il y a une réelle cohésion transversale."

 


Avec une activité en baisse de 60 %, la structure associative a dû placer des intervenantes au chômage technique.

"Certaines personnes voulaient continuer à intervenir, insiste-t-elle. Même si elles ne travaillent plus, elles gardent le contact avec leurs bénéficiaires."

Une solidarité qui se retrouve également au sein même de l’équipe, entre les auxiliaires de vie réquisitionnées et celles dont l’activité est interrompue.

"Il y a une cohésion remarquable, elles prennent régulièrement des nouvelles entre elles", poursuit Laure-Anne Grillot.

L’auxiliaire de vie se révèle d’emblée comme une aide précieuse, efficace à plus d’un titre pour les personnes fragiles.

 

"On apporte une aide au lever, à l’habillage, pour la toilette, les prises de repas ou bien simplement les courses", poursuit Marie-France.

Les actes essentiels

Des actes de la vie essentiels mais aussi un accompagnement social pour éviter le risque de décompensation.

"C’est le seul service dont bénéficient les personnes isolées", explique Stéphanie Bonnet, directrice adjointe de Sendra, qui a choisi de réduire les heures pour maintenir un maximum de salariés et placer le reste de l’effectif en chômage partiel.

Une continuité de service qui se traduit aussi par un appel par semaine des personnes qui ne bénéficient plus de l’aide à domicile pendant le confinement.

"On prend des nouvelles directement auprès de la personne ou de sa famille", explique Stéphanie Bonnet.

Si aujourd’hui, les associations d’aide à domicile ne rencontrent pas de difficultés à obtenir des masques (fournis par le Département) en revanche, demain, elles vont devoir se préparer à organiser le retour au domicile des patients qui ont contracté le Covid-19.

"Nous avons été sollicités par des hôpitaux pour du maintien à domicile. Et là, un kit complet est nécessaire avec surblouse, charlotte etc.", indique Stéphanie Bonnet.

 

"À l’heure actuelle, on se sent utile. La fonction prend tout son sens. Maintenant, il va falloir se montrer vigilant pour ce prochain défi. J’espère, en tout cas, que cette situation de crise permettra d’ouvrir les yeux sur le métier."

Ardjouna Moussaoui: "J’aime être proche des gens"

Ardjouna Moussaoui, 59 ans, poursuit son travail auprès des personnes vulnérables. Photo Clément Tiberghien.

Ardjouna Moussaoui a un rôle essentiel. Précieux.

Que les gens redécouvrent en cette période de confinement. 

À 59 ans, cette auxiliaire de vie sociale est depuis plus d’une quinzaine de jours le seul lien avec l’extérieur pour une dizaine de bénéficiaires de l’aide à domicile.

Titulaire d’un Certificat d’aptitude professionnelle dans la confection de vêtements, Ardjouna Moussaoui avait la possibilité d’exercer un autre métier.

Mais c’est celui-là qu’elle a choisi: l’aide à la personne.

"J’aime être proche des gens", avoue la quinquagénaire.

Plus qu’un métier, une vocation qu’elle réalise depuis plus de 28 ans. Dans la région parisienne puis à Draguignan depuis 2010, au sein de l’Acap.

Aujourd’hui, malgré la crise sanitaire, elle fait partie de celles et ceux qui sont sur le front, qui permettent de poursuivre un accompagnement auprès des personnes vulnérables.

 

Les personnes âgées ont le moral en berne

"Je m’occupe uniquement des urgences, des pathologies lourdes. La sortie du lit, les courses, les repas de personnes isolées et fragiles", explique-t-elle.

Et observe depuis quelques jours que les personnes âgées ont le moral en berne.

"Elles ne regardent plus leurs émissions mais les informations en continu. Ce n’est pas bon du tout, elles vont finir en dépression. Elles ne parlent que du virus et des morts. J’essaye de les rassurer, de leur parler d’autre chose, de leur famille. Je détourne le plus possible la conversation sur un autre sujet que le coronavirus. Je pense que c’est important. Elles sont vraiment face à la solitude, ce n’est pas facile."

Elle qui avait l’habitude avant le confinement d’embrasser les bénéficiaires, garde aujourd’hui ses distances même avec un masque et des gants.

"Cet équipement les protège eux, mais pas nous. Même si je ne suis pas inquiète, je respecte les consignes."

Outre ses tâches quotidiennes, Ardjouna Moussaoui apporte un soutien indispensable au bien-être des personnes isolées.

Et lorsqu’elle ne s’occupe pas de "ses bénéficiaires", Ardjouna garde sa petite-fille.

 

"Je soulage ainsi un peu ma fille", confie-t-elle.

Un dévouement au quotidien. 

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.