Notre immersion au cœur des services du CHPG à Monaco qui luttent contre la Covid-19

Pour la première fois, le Centre hospitalier Princesse-Grace a ouvert ses portes à la rédaction de Monaco-Matin. Plongée dans ces services qui combattent l’épidémie de Covid-19.

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Thibaut Parat Publié le 28/01/2022 à 05:06, mis à jour le 28/01/2022 à 13:39
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Deux soignants s’occupent d’un patient au coeur du service de réanimation du CHPG.

Alors que le Centre hospitalier Princesse Grace affronte une énième vague épidémique - la cinquième depuis l’apparition, en Principauté, du premier cas de Covid-19 fin février 2020 - sa direction a accepté pour la première fois d’ouvrir ses portes à Monaco-Matin, ce mercredi.

Un hôpital sous tension, dont les services subissent de plein fouet la déferlante Omicron, et qui s’apprête à réactiver une unité Covid dédiée, signe que la situation de crise est réelle.

Les derniers chiffres officiels font d’ailleurs état de 76 personnes hospitalisées et 2 patients soignés en réanimation (variant Delta). Une donnée qui suit une courbe exponentielle depuis quelques jours. Depuis le début de l’année, seize personnes (résidentes et non-résidentes) sont décédées du coronavirus

 

Un personnel résilient

Après le "staff" de 8h30, cette réunion multidisciplinaire où l’état de santé de chaque patient hospitalisé est étudié par des spécialistes, nous avons rencontré le personnel soignant et médical de différentes unités: urgences, pneumologie, court-séjour gériatrique et "réa", où les patients sont de passage ou admis pour une durée indéterminée. Sans oublier les praticiens du laboratoire de biologie médicale où sont traités pas moins de 1.000 tests PCR chaque jour.
Des agents, il faut le dire, lassés par deux années de pandémie et de vagues successives, épuisés par le surcroît d’activité induit par l’explosion des contaminations et l’absentéisme de collègues, eux aussi frappés par le virus.

Un personnel hospitalier également en colère contre ces patients agressifs, voire insultants, qui les prennent injustement à partie, souvent sur le sujet sociétal et clivant de la vaccination. Bien qu’ils déplorent les conséquences de la non-vaccination, les agents du CHPG respectent chaque patient. Sans jugement.
Enfin, surtout, nous avons croisé des soignants et médecins amoureux de leur profession, résilients, dévoués pour soigner les patients sans jugement.

Aux urgences, le temps de prise en charge a doublé. Photo Jean-François Ottonello.

1. Les urgences, la porte d'entrée de l'hôpital

Au CHPG, tous les patients suspectés ou étiquetés "Covid-19" passent obligatoirement par la case des urgences pour être "bilantés" avant une potentielle hospitalisation. En moyenne par jour, sur 100 passages, entre 10 et 20 concernent ce virus. 

"La majorité des gens arrive pour des formes bénignes et retourne chez eux. Une grande partie de notre travail consiste à les rassurer et conseiller, les examiner pour s’assurer qu’il n’y a pas de formes sévères, leur donner des traitements symptomatiques", explique le Pr Yann-Erick Claessens, chef du service des urgences. Une mission d’ordinaire exécutée par la seule médecine de ville, laquelle connaît une tension inédite.

En ces temps de rebond épidémique, le responsable conseille d’ailleurs de ne pas encombrer inutilement les urgences pour un test PCR ou une simple consultation. Et de passer, en amont, par les organes monégasques de régulation. "Nos locaux sont sous-dimensionnés par rapport à l’activité: 14 lits d’examens dont 4 pour la Covid. Si les gens se présentent de façon coordonnée, cela nous permet de préparer leur arrivée dans les meilleures conditions."

Temps d’attente allongé

Autre problématique: "Le virus a modifié et alourdi tous nos process. Ce qui se faisait vite avant se fait avec lenteur et difficulté, à cause des mesures de précaution qui nous prennent un temps fou [nettoyage, croisement des flux, tests PCR, etc...]"

Résultat: le temps de prise en charge aux urgences a été doublé : 130 minutes auparavant, le double désormais.

"Éliminer le futile"

Les cas sérieux de Covid sont installés dans des chambres avec fenêtre sur l’extérieur pour aérer. "L’infirmier vérifie les principaux paramètres des fonctions vitales. Puis, on évalue quels examens sont nécessaires au patient. On élimine tout ce qui est futile et n’apportera rien en termes de prise en charge. Par exemple, un scanner pour un patient Covid, ce sont des heures d’attente durant lesquelles on prive deux à trois patients, le temps du nettoyage."

Après analyse des examens, le patient peut être dirigé en pneumologie, en court séjour gériatrique ou, si c’est plus grave, en réa.

Ce mercredi, 14 lits d’hospitalisation sur 24 étaient mobilisés pour la prise en charge de la Covid-19. Photo Jean-François Ottonello.

2. La pneumologie, un service (aussi) sous tension

"Accès interdit aux personnes non autorisées". Le paravent est déployé au beau milieu du service de pneumologie. Au-delà de cet obstacle, la partie dévolue à la Covid-19. Ce mercredi, quatorze lits d’hospitalisation étaient mobilisés sur les 24 affectés à l’unité. "La semaine dernière, on a eu jusqu’à 20 patients Covid", indique le Dr Christophe Perrin, chef du service.

"Une épée de Damoclès pendant 15 jours"

Des personnes majoritairement non-vaccinées et âgées entre 45 et 60 ans, sans forcément de comorbidités.

"On a eu des jeunes gens extrêmement sportifs avec un IMC normal et qui ont fait des formes très sévères. Le plus jeune qu’on ait eu, c’était 38 ans", précise Aurélie Sartor, cadre de santé.

Dans le couloir, des soignants se plient au protocole d’habillement avant de pénétrer dans les chambres : masque FFP2, lunettes de protection, cagoule, surblouse et gants. Chronophage, certes, mais indispensable pour se protéger du virus.

L’un prend les constantes; l’autre consigne les informations par téléphone ou à travers la porte. Une attention toute particulière est portée sur la fonction respiratoire. C’est là que le risque d’aggravation est le plus fréquent.

"Pour une pneumonie, les 48 premières heures sont toujours délicates mais une fois l’amélioration enclenchée, on est tranquille. Avec la Covid-19, l’état d’un patient peut se dégrader en quelques heures, jusqu’à 15 jours après le début des symptômes. Il y a cette épée de Damoclès en permanence qui nécessite que les personnels médical et paramédical soient en alerte permanente", note le Dr Christophe Perrin.

Renfort de personnel

Heureusement, ce médecin du CHPG a pu compter sur un renfort considérable de personnel pour surmonter le surcroît d’activité. "On a, en permanence, une infirmière et une aide-soignante pour six patients. Cela permet d’assurer la sécurité des malades", salue-t-il.

Et de prendre le temps de calmer leur anxiété afin d’optimiser la prise en charge.

Appeler ses proches: une victoire pour cette patiente en réa. Photo Jean-François Ottonello.

3. La réanimation, victoires et drames

Ses proches la saluent de l’autre côté de l’écran. Le téléphone dans une main gauche fébrile, cette patiente leur glisse quelques mots de réconfort.

La scène pourrait paraître anodine. Elle relève pourtant du miracle et réchauffe les cœurs du personnel de réanimation, service où elle a été admise il y a 45 jours.

"Elle était intubée en ventilation mécanique. On lui a fait une trachéotomie percutanée pour permettre la respiration au niveau de la gorge. On vient de lui enlever ce matin. Elle parle. Ce fut les montagnes russes, mais c’est aujourd’hui une victoire pour la famille", sourit le Dr Jean-Philippe Guérin, anesthésiste réanimateur et adjoint au chef de service.

"Certains restent 24 heures d’autres plus de 40 jours"

Une parenthèse enchantée dans une unité où arrivent les patients dont l’état de santé est gravissime. Où les drames familiaux ne sont pas rares. "On a récemment perdu un monsieur de 44 ans, sans antécédents médicaux", déplore le Pr Isabelle Rouquette-Vincenti, chef de la "réa". Ce mercredi, sur les huit lits que compte l’unité, quatre étaient occupés par des patients Covid.

Hier soir, ils n’étaient plus que deux. Une personne a connu une fulgurante évolution positive et a pu quitter l’unité. Un autre patient n’a pas survécu. "Ce monsieur avait déjà perdu sa mère et son frère. C’est terrible pour la famille…"

Prise en charge chronophage

Quel est le profil des patients en réa? "Au début de la pandémie, c’étaient des personnes âgées, cardiaques, obèses et/ou diabétiques. Depuis, on a des patients plus jeunes qui ont moins de pathologies et qui sont non-vaccinés, détaille la responsable du service. Tous ont été contaminés par le variant Delta. On n’a pas d’Omicron. On les reçoit entre 8 à 10 jours après l’apparition des symptômes. La durée moyenne du séjour est de 8,5 jours mais certains restent 24 heures, d’autres plus de 40 jours. Tout dépend de la prise en charge initiale."

L’étroite collaboration avec la médecine de ville est primordiale pour prendre précocement les patients et éviter des séjours prolongés en réanimation.

Une fois admis, l’objectif est simple: délivrer, par tous les moyens médicaux possibles, de l’oxygène au patient. Et surveiller, en permanence, les constantes. "La prise en charge d’un patient Covid est chronophage pour le personnel. Au-delà du volet technique, il y a la dimension humaine, note le Dr Gildas Rousseau, lui aussi chef de service adjoint. Vu que les patients sont en isolement total, éloignés de leurs familles, il faut leur parler davantage, les rassurer. Le stress peut leur provoquer des difficultés pour respirer."

Le chiffre

16. C’est le nombre de décès liés à la Covid-19 enregistrés au Centre hospitalier Princesse-Grace depuis le début de l’année 2022. Dont huit décès de résidents de la Principauté âgés de 72 à 100 ans.

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