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Mois sans tabac: saviez-vous que "le cerveau d’un ex-fumeur n’oublie jamais"?

Mis à jour le 12/11/2020 à 07:12 Publié le 11/11/2020 à 15:23
Un mois sans fumer, vous pouvez le faire?

Un mois sans fumer, vous pouvez le faire? Photo Illustration Monaco-Matin

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Mois sans tabac: saviez-vous que "le cerveau d’un ex-fumeur n’oublie jamais"?

Jusqu’au 30 novembre, le "Moi(s) sans tabac" se tient à Monaco, essentiellement à distance. Le Dr Mouhssine, du service pneumologie du CHPG, explique pourquoi il est vital d’arrêter de fumer.

Décrocher du tabac relève du chemin de croix. Souffler à son cerveau qu’il faut rejeter une dépendance à la nicotine bien ancrée depuis des années demande une solide volonté. D’autant plus vrai en ces temps troublés, propices à l’anxiété et au stress.

En France, Santé publique a révélé que, pendant le confinement du printemps, 27% des fumeurs avaient augmenté leur consommation de tabac. Cette année, en tombant pendant le second confinement en France, le "Moi(s) sans tabac" souffre d’un mauvais timing.

À Monaco, même si le pays ne connaît qu’un couvre-feu nocturne, la 5e édition de cette opération se tient, principalement, à distance (1). Toutefois, la consultation de tabacologie au CHPG est possible et gratuite (97.98.97.41).

Il n’est pas trop tard pour dire non au tabac et à sa kyrielle d’effets néfastes. Entretien avec le Dr Mohamed Mouhssine, chef adjoint du service pneumologie au CHPG.

Le "Mois sans tabac" tombe en plein confinement en France et couvre-feu à Monaco, propices à l’anxiété. Cela ne semble pas être le mois idéal pour arrêter…

La période idéale n’existe pas. Pour les gens qui ont un problème d’anxiété voire de dépression, même en dehors d’une crise sanitaire, on leur préconise l’arrêt du tabac car c’est le meilleur des traitements. Les gens pensent qu’en fumant une cigarette, ils règlent leurs soucis d’anxiété. Mais dès que la nicotine absorbée a été éliminée, celle-ci revient.

Donnez-nous des bonnes raisons d’arrêter de fumer.

Une meilleure santé, forcément. Le tabac est la première cause de mortalité évitable: il tue 73.000 personnes par an en France. Son arrêt est bénéfique, quel que soit l’âge. Il y a aussi une raison économique.

Pendant le "Mois sans tabac", les gens reçoivent un kit. Parmi les outils, il y a une petite roue qui calcule les économies réalisées sur plusieurs décennies. Avec un paquet à 10 euros par jour, c’est 300 euros économisés en un mois. Au bout de 25 ans, la personne a de quoi s’acheter une très belle voiture.

Les augmentations successives du prix du tabac entraînent une baisse de la consommation. En Australie, le paquet n’est pas loin des 30 euros. Là-bas, et dans les pays anglo-saxons, les substituts nicotiniques sont remboursés depuis très longtemps, et à vie pour ceux qui n’arrivent pas à arrêter.

Quels sont les bienfaits pour l’organisme à court, moyen et long terme?
Au bout de quelques jours, déjà, la personne ne tousse plus, n’est plus essoufflée. Elle retrouve le goût de l’odorat, des aliments. Chez les femmes, les bienfaits sont rapides : elles perdent leur voix rauque, leur teint change.

Chez elles, les effets secondaires du tabac sont le vieillissement de la peau, les rides précoces et de l’ostéoporose. Au bout de quelques mois, on diminue de moitié le risque de faire un infarctus du myocarde ou une complication cardiaque. On retrouve le sommeil, le moral.

Si un fumeur ne rentre pas chez lui avec un paquet dans sa poche, il est anxieux et pourra faire des kilomètres, un dimanche après-midi, pour trouver un bureau de tabac. Il n’y a pas un jour sans tabac où le fumeur ne gagne pas quelque chose.

Il y a, toutefois, des effets secondaires comme la prise de poids. Pourquoi?
En réalité, il retrouve juste le poids qu’il devait avoir s’il ne fumait pas. La cigarette est un coupe-faim, la nicotine brûle des calories.

Avec un paquet par jour, un fumeur brûle 500 à 600 calories sans rien faire. Quand il arrête, il a un appétit pour tout ce qui est sucré.

En consultation, on a l’apport d’une diététicienne qui délivre des conseils: la reprise d’une activité physique, éviter le grignotage, trois repas bien équilibrés par jour. À l’époque, la prise de poids était un facteur de rechute, surtout chez les femmes.

 

Le Dr Mohamed Mouhssine, chef adjoint du service pneumologie au CHPG.
Le Dr Mohamed Mouhssine, chef adjoint du service pneumologie au CHPG. Photo DR

Y a-t-il une méthode meilleure qu’une autre pour dire stop au tabac?
Le traitement de référence qu’on propose à tout fumeur, c’est lui apporter la nicotine que lui apportait la cigarette, sans autre substance toxique. Sous forme de gum, patch ou spray.

Même si elle entretient la dépendance, la nicotine, en elle-même, n’est pas dangereuse contrairement aux 4.000 substances nocives contenues dans la cigarette, à l’instar du monoxyde de carbone ou les goudrons.

La cigarette est responsable de 17 cancers différents dans l’organisme. Il y a aussi deux médicaments efficaces, avec effets secondaires, qui agissent au niveau du cerveau, là où se fait la dépendance à la nicotine: le Ziban ou le Champix.

La troisième aide au sevrage tabagique sont les thérapies comportementales et cognitives, comme peut l’être l’hypnose.

Vous disiez, il y a trois ans, on ne devient pas “non-fumeur”, on devient “ex-fumeur”. Que faut-il comprendre?
Je leur dis souvent cela pour qu’ils restent vigilants. Le cerveau d’un ex-fumeur n’oublie jamais cette drogue.

Il suffit de le titiller par un brin de nicotine pour qu’il reparte. Avant qu’on interdise le tabac dans les milieux fermés, certains ex-fumeurs rechutaient. Il faut faire attention, même dix ans après. La volonté et la motivation jouent beaucoup.

À Monaco, 55,3% de lycéens ont déjà expérimenté une cigarette et 13% en fument tous les jours (source Imsee). Doit-on s’en inquiéter ?

En 2007, 26% fumaient tous les jours. Le tabagisme recule. Avec la Dasa, on fait un plan quinquennal jusqu’en 2022 avec deux axes: tout faire pour que les jeunes ne commencent pas et aider, grâce à diverses mesures, ceux qui sont déjà fumeurs.

En 2030, l’objectif, en France comme à Monaco, est d’avoir moins de 10% de fumeurs. Aujourd’hui, une personne sur quatre fume.

L’âge d’expérimentation du tabac se situe à 15 ans. La précocité de l’usage entraîne-t-elle une dépendance plus rapide?
Oui. Il y a une notion très importante: la durée d’exposition est plus importante que la quantité. Quand vous multipliez par deux la quantité de tabac, vous multipliez par deux le risque de contracter une maladie.

Mais quand vous multipliez par deux la durée d’exposition, vous multipliez par 20 ce risque. Je préfère que personne ne fume pas, bien sûr, mais quelqu’un qui fume deux paquets par jour pendant cinq ans court moins de risques que celui qui fume dix cigarettes par jour pendant vingt ans.

À l’adolescence, le cerveau est en développement, il peut y avoir beaucoup de répercussions.

Quel est votre avis sur la cigarette électronique? Sa consommation récréative a explosé chez les lycéens de Monaco, alors qu’il sert normalement d’outil de sevrage tabagique…
En France, l’e-cigarette n’est ni un médicament de sevrage, ni un produit du tabac. Sa vente est d’ailleurs interdite dans les pharmacies. Mais on n’a aucune raison d’empêcher quelqu’un qui fumerait ceci. C’est mille fois moins toxique que la cigarette. Dans la cigarette électronique, rien ne brûle donc il n’y a pas de toxicité.

Dans les pays anglo-saxons, c’est un médicament prescrit pour arrêter de fumer et remboursé comme tel. Au début de son usage, on a remarqué que beaucoup de jeunes en consommaient. C’est pour cela qu’à Monaco, vous ne trouverez pas une seule boutique spécialisée.

On a mis les choses entre les mains de la Régie du tabac et des allumettes. Ce qui nous fait peur, c’est que les jeunes n’ayant jamais fumé s’en servent comme passerelle vers le tabac.

Recevez-vous, au CHPG, des mineurs accros au tabac?
À cet âge, ils ne sont pas accros. Les parents commencent à s’inquiéter quand il y a une surconsommation. La prévalence du tabagisme diminue, il faut continuer. Dans le temps, la première cigarette était rarement achetée par le fumeur mais souvent offerte par un proche, voire par les parents.

Désormais, ces derniers savent très bien parler à un jeune qui entre dans le tabagisme. Il faut lui parler de sa santé, de ses économies mais jamais le culpabiliser car c’est contre-productif. Ils n’y sont pour rien, ils sont victimes d’une dépendance, d’une drogue qui est encore plus dure que la cocaïne, la morphine.

La nicotine est une substance pour laquelle la dépendance s’installe très vite. Il suffit d’une cigarette pour ne plus pouvoir faire marche arrière.

(1) Site Tabac/Info service; Tél. 3989; ou sur application smartphone.


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