"Moins toxique, pas non toxique": pourquoi la cigarette électronique doit être utilisée seulement pour arrêter de fumer

Recommandable, au cas par cas, dans le cadre du sevrage tabagique, le vapotage est aussi, surtout chez les plus jeunes, une porte d’entrée vers le tabac. À déconseiller!

Caroline Martinat (cmartinat@nicematin.fr) Publié le 18/09/2022 à 12:15, mis à jour le 18/09/2022 à 12:07
La cigarette électronique réduit drastiquement l’exposition aux toxiques du tabac. Photo Patrice Lapoirie

Vapoter, pourquoi pas… mais uniquement s’il s’agit d’arrêter de fumer. C’est en substance le message délivré par l’association "Santé respiratoire France" dont le président, le Dr François le Guillou, pneumologue dans le Var, dénonce les nouveaux usages de la cigarette électronique, chez les jeunes notamment.

Les médecins doivent-ils inciter au recours à la cigarette électronique?
Dans un premier temps en 2016, le Haut Conseil de santé publique avait émis un avis plutôt favorable, en tout cas dans la cadre du sevrage tabagique, avant de faire marche arrière et d’indiquer que les médecins ne peuvent pas la recommander. C’est un peu éloigné de la réalité des choses ; mais, il est vrai que, comparée aux autres substituts nicotiniques, qui sont des médicaments évalués comme tels, la cigarette électronique n’est qu’un bien de consommation courante dont on ne connaît pas tous les effets sur la santé.

Elle est toutefois bien moins toxique que le tabac?
Oui, elle réduit drastiquement l’exposition aux toxiques du tabac, comme l’indique un article publié par l’Observatoire de la prévention. C’est un produit chauffé avec des substances inhalées, dont certaines sont forcément irritantes, mais il n’y a pas, comme dans le tabac, de produits de combustion. Or ce sont ces substances générées par la combustion du tabac qui causent les problèmes de santé liés au tabagisme. Il y a moins de 1% de ces toxiques du tabac dans la cigarette électronique. Elle présente donc infiniment moins de risque que la cigarette, même si moins toxique ne signifie pas "non toxique". Un seul poison peut suffire!

 

Il faut donc en limiter l’usage?
Il est difficile en effet de conseiller la cigarette électronique d’une manière générale. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut freiner, par exemple, quelqu’un qui envisage d’arrêter le tabac en passant au vapotage. Au contraire. Cela reste toutefois une décision individuelle, à l’issue d’un face-à-face médecin-patient. Et à terme, il faut garder en tête qu’il faudra se sevrer également de la cigarette électronique!

De la nicotine, dans ce cas?
Oui, car c’est la nicotine qui crée l’addiction. Dans le cadre d’un sevrage avec la cigarette électronique, on diminue la dose petit à petit, jusqu’à zéro. Mais il suffit d’en remettre un tout petit peu pour réactiver la mémoire addictive.

La nicotine vapotée peut-elle créer l’addiction chez un non-fumeur?
Absolument! Le problème, c’est que la cigarette électronique n’est pas utilisée par les seuls fumeurs en demande de sevrage tabagique. On a vu apparaître de nouveaux produits, les puffs, ces cigarettes électroniques à usage unique, aromatisées, qui font un tabac - c’est le cas de le dire - chez les jeunes. Or elles contiennent de la nicotine, qui crée l’addiction. C’est extrêmement pervers comme système! La nicotine ne change rien au goût, cela crée juste une addiction! Si on en met dans ces produits, c’est qu’il y a une mauvaise intention. Pourquoi créer une addiction chez des gens qui ne sont pas fumeurs au départ?

L’usage de la cigarette électronique pour les non-fumeurs est donc à bannir?
En dehors de l’arrêt du tabac, et pour une durée limitée autant que possible, l’usage de la cigarette électronique n’a pas lieu d’être!

Fumer ou vapoter?

Un article du Dr Martin Juneau (cardiologue et directeur de la prévention, Institut de cardiologie de Montréal) a tranché, dans un article publié en 2020 par l’Observatoire de la prévention et intitulé: "La cigarette électronique réduit drastiquement l’exposition aux toxiques du tabac".

Il explique: "Dans une cigarette électronique, une solution de nicotine est chauffée à environ 80°C à l’aide d’un atomiseur, ce qui génère un aérosol qui permet au vapoteur d’inhaler une petite quantité de nicotine (comme un fumeur) pour assouvir sa dépendance, mais qui ne contient pas les multiples toxiques qui sont générés lors de la combustion du tabac (à environ 900°C). Ce dernier point est le plus important: contrairement à ce que plusieurs pensent (incluant la majorité des médecins), ce sont les produits de la combustion de la cigarette de tabac qui causent les problèmes de santé, et non la nicotine. Cette dernière est une drogue qui crée la dépendance, mais elle n’a pas d’effets majeurs sur la santé, et n’est surtout pas responsable des maladies cardiovasculaires ni du cancer qui découlent du tabagisme. L’intérêt de la cigarette électronique est donc qu’elle permet aux fumeurs très dépendants de la nicotine de réduire considérablement leur exposition aux nombreuses substances toxiques de la fumée de cigarette. Il s’agit d’un exemple classique de ce qu’on appelle la réduction des méfaits. [...] Cela ne veut pas dire que la cigarette électronique est absolument sans danger, mais qu’elle est beaucoup moins dommageable que le produit qu’elle remplace."

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