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Loin des discours violents et clivants, au cœur du service réanimation de l'hôpital de Cannes face à la Covid-19

Une circulation du virus inédite, la grande pagaille du diagnostic, les mêmes crispations autour de la vaccination et des hospitalisations qui progressent… Au cœur de la tourmente mais loin des polémiques, des professionnels de santé se tuent à la tâche sans discriminer les malades. A leur rencontre à l’hôpital de Cannes.

Nancy Cattan Publié le 13/01/2022 à 07:00, mis à jour le 12/01/2022 à 19:26
reportage
Pas moins de trois soignants sont nécessaires pour assurer les soins de patients dans un état très critique. Photo Frantz Bouton

Aucune violence verbale, aucun jugement, de l’empathie et des attentions pour tous les malades, quel que soit leur statut vaccinal… Loin des discours violents, clivants, loin des polémiques, de la communication politique, des chiffres abstraits égrenés sans émotion, les services Covid du Centre hospitalier de Cannes ressemblent presque à un havre de paix. Un havre où chacun s’affaire en silence, surveille des écrans, s’inquiète d’une alarme.

Ici, on ne perd pas son temps à déblatérer contre les petites phrases des uns ou des autres. On est trop occupé à porter secours à des malades graves. "Peu importe qui ils sont. Seulement pour ce qu’ils ont." On remplit sa mission. Ce qui "emmerde" médecins et paramédicaux, c’est la Covid-19. Plus que les non-vaccinés, même s’ils souffrent de voir plus de 9 lits sur 10 occupés par toutes ces personnes qui selon eux, sont avant tout des victimes. Victimes de leur peur aveugle, victimes d’une information massive, contradictoire, confuse. Même s’ils souffrent de voir mourir chaque semaine ces personnes qui, quelques semaines plus tôt, quelques jours parfois, se portaient parfaitement bien. 

"Avec une maladie grave comme un cancer, on voit la personne aller moins bien progressivement. Là, c’est très différent. La famille ne comprend pas que ce père, cette mère, ce frère qui faisait encore ses courses ou jouait au golf il y a quelques jours est aujourd’hui dans un état critique. Qu’il (elle) peut mourir. En se vaccinant, on peut prévenir ces situations dramatiques." Des mots simples, dépassionnés, d’un jeune pneumologue, le Dr Paul Verdoire, qui veulent frapper les consciences...

Lorsqu’on quitte le service en disant toute notre admiration pour ces professionnels qui portent sur leurs épaules, grâce à leur labeur, notre destin à tous – le pays ne s’arrêterait-il pas s’ils venaient à se décourager? –, ils sourient un peu étonnés et lâchent un "merci" reconnaissant. Merci qui?

 

"Deux ans plus tard, on est rodés… mais épuisés"

"Un jour, j’ai assisté au décès d’une dame qui était née le même jour et la même année que ma mère. Elle avait 58 ans. J’ai été bouleversée." Clara a seulement 23 ans. Elle est infirmière en réanimation depuis un an et demi. Son premier poste. Et, en dépit de ces moments tellement difficiles, elle n’entend pas exercer ailleurs. Dix-sept années d’exercice dans ce même service n’ont pas plus découragé Aurélie, aide-soignante. Leur métier, une vocation sans aucun doute. Mais elles reconnaissent être fatiguées et lasses.

"Près de deux ans plus tard, on est rodées, on sait parfaitement ce qu’il faut faire, on est devenues des robots… Mais on est épuisées, la situation n’évolue pas." 

"À chaque nouveau non-vacciné qui arrive, on se dit: “ce n’est pas possible”. On a choisi de faire de la réanimation, pas du Covid toute notre vie", enchaînent les jeunes femmes. Aucune des infirmières aides-soignantes que nous rencontrerons lors de ce reportage ne portera pour autant de jugements sur les non-vaccinés, même s’ils représentent 90 % des patients aux lits desquels elles s’affairent. «Notre rôle, c’est de soigner. Ce qui est douloureux c’est de voir tous ces malades, parfois seulement âgés d’une quarantaine d’années, dans un état critique. Ou survivre, mais quitter le service avec des séquelles majeures, incapables de marcher, de manger. C’est dur aussi d’assister à tous ces décès, à la douleur des familles, tout ça nous touche énormément."

Photo Frantz Bouton.

"Mais, on a le sentiment que tant que l’on n’est pas touché de près ou de loin par une Covid grave, on ne peut pas comprendre", complète Hajare, jeune infirmière en réa.

Elles refusent de clouer au pilori les non-vaccinés: "Parmi nous aussi, les soignants, il y avait au départ des personnes dubitatives vis-à-vis des vaccins, qui avaient peur, plaide Clara. Mais après, on a compris les enjeux."

"Je vis ça au quotidien et tu me parles de BFM TV!"

Lorsque la colère jaillit, c’est dans la sphère privée. "Quand, à l’extérieur de l’hôpital, je croise quelqu’un qui tient des discours anti-vaccin, je lui réponds: “ça fait deux ans que je vis ça au quotidien, et toi, tu me parles de ce que tu as entendu sur BFM”!" témoigne ainsi Hajare.

 

Au fil du temps l’équipe a identifié deux types de patients non-vaccinés: "Une majorité se rend compte de la situation et regrette; souvent, c’est le manque d’infos, les fakes news qui les ont conduits à faire ce choix. Plus difficiles à affronter sont ceux qui continuent à clamer, alors qu’on les soigne en réa, qu’ils ne regrettent rien!"

Et presque d’une même voix, elles concluent: "Et dire qu’il suffirait que tous ces gens acceptent un petit vaccin pour que ça cesse."

Si les équipes, médecins, paramédicaux, ont pu faire face, et continuent d’affronter la tempête, c’est parce qu’ils forment une équipe soudée. "Je suis fière de mes équipes, sourit Marie-Caroline, cadre de santé. Personne ne se défausse, ne s’écoute, ne cherche un prétexte pour être absente. Elles restent bienveillantes et professionnelles. Je les trouve admirables."

Offre numérique MM+

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