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Les vaccins contre la Covid-19 sont-ils responsables de dérèglements hormonaux?

Retard de règles, saignements abondants... De nombreuses femmes signalent des dérèglements hormonaux depuis leur vaccination contre la Covid-19. Le lien de cause à effet n'est pas encore établi mais plusieurs études de grande ampleur vont être lancées aux Etats-Unis. Explications.

Lauriane Sandrini Publié le 13/09/2021 à 19:00, mis à jour le 13/09/2021 à 18:50
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Illustration. Photo Rawpixel

Sarah (le prénom a été modifié) est étudiante à Nice. Début mai, elle a reçu la première injection du vaccin Pfizer. "J’ai réalisé que quelque chose clochait quand je n’ai pas eu mes règles après la deuxième dose, en juin." 

Un mois après, ses saignements arrivent enfin. Et ne s'arrêtent plus. Pendant 52 jours. "Mes douleurs, déjà très fortes en temps normal, étaient multipliées par mille."

Sarah souffre d'endométriose mais, avant le vaccin, son état était stabilisé depuis un an. "Ça a tout déréglé", selon la jeune femme, qui liste d'autres phénomènes anormaux depuis sa deuxième injection: perte de la libido, perte de cheveux importante, acné, sautes d'humeurs.

 

Plus de 1.700 témoignages

Des histoires similaires circulent sur Internet depuis plusieurs mois, raison pour laquelle nous avons lancé un appel à témoins sur les sites du groupe Nice-Matin. En trois semaines, plus de 1.700 femmes de tout âge ont répondu. 

La majorité signale des règles abondantes, qui arrivent en avance ou en retard, des saignements plus longs qu'à l’accoutumée, des douleurs accrues et, presque invariablement, une fatigue extrême.

Comme Sarah, de nombreuses femmes pointent une baisse de la libido, des bouffées de chaleur, une perte de cheveux, de l'acné et des sautes d'humeurs. 

Signaux sous surveillance

Depuis la fin juillet, les "troubles menstruels" sont classés comme "signaux potentiels" par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), l'établissement public chargé du suivi des effets indésirables des vaccins contre la Covid-19. 

Concrètement, cela signifie que des cas ont été signalés mais qu'il est encore trop tôt pour établir officiellement de lien de cause à effet.

 

Au 30 juillet, date des dernières données disponibles, l'ANSM avait recensé "261 cas de troubles menstruels dont 30 graves" après le vaccin Pfizer et "49 cas dont 6 graves" après Moderna, pour des femmes âgées entre 18 et 83 ans (l'ANSM comptabilise les saignements de femmes ménopausées dans la catégorie des "troubles menstruels").

Des chiffres à nuancer par le manque d'exhaustivité du recueil. Tout le monde ne pense pas à signaler officiellement les effets secondaires à son médecin ou sur le site du ministère de la Santé

"La gravité des cas est principalement due aux symptômes associés à ces troubles menstruels (syndrome pseudo-grippaux…), assure l'agence dans son suivi. Le type d’effets remonté est très hétérogène (retard de règles, saignements intermenstruels inhabituels et inattendus, saignements abondants)." 

Dans son rapport suivant, concernant la période du 30 juillet au 19 août, l'ANSM note également des "contractions utérines douloureuses" comme événement "sous surveillance" survenant après le vaccin Pfizer. 

 

Consulter au bout de trois mois

La majorité des femmes, qui ont répondu à notre appel à témoins, signale des règles abondantes, qui arrivent en avance ou en retard, et des saignements plus longs qu'à l’accoutumée. Photo Pexels.

Comment se fait-il que le vaccin contre la Covid-19 puisse influer sur le cycle menstruel? "Il est difficile de relier ces effets aux vaccins, nous n'avons ni le recul ni les études", indique d'emblée la gynécologue Vanessa Srom, basée à Nice.

Elle a néanmoins une hypothèse: "Si je simplifie à l'extrême, les anticorps du système immunitaire réagissent parce qu'il se croit agressé. Le corps se sent en danger, alors il met tout à l'arrêt au niveau hormonal, y compris donc le cycle menstruel qui n'a qu'un but, faire un bébé. Et ce n'est pas une fonction vitale, surtout lorsqu'on se croit malade".

L'abondance des saignements ou leur durée anormale peut s'expliquer par un "phénomène inflammatoire", lié à la production d'anticorps. "Le retard de règles, c'est obligatoirement hormonal", juge la gynécologue.

Elle a été consultée à ce sujet par plusieurs patientes mais, "le temps que le rendez-vous arrive, le problème s'était résolu tout seul".

"Si c'est bien un dérèglement hormonal lié à la réaction du corps face au vaccin, dans la plupart des cas cela se résout au cycle suivant, rassure Vanessa Srom. Si au bout de trois mois, le trouble dure encore, il faut consulter. Évidemment, si les règles sont hémorragiques et que ça devient insupportable, il ne faut pas attendre autant!"

Études d'envergure aux Etats-Unis

Comment est-ce possible que des femmes ménopausées ou qui prennent une contraception hormonale bloquant les règles se mettent à saigner? À ce jour, de nombreuses questions restent sans réponse. 

 

Le Comité d'évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l'Agence européenne des médicaments a insisté, début août, sur l'absence "de lien de cause à effet établi à ce stade".

Il a demandé des "données supplémentaires" aux laboratoires et "continue à surveiller le sujet" en analysant les déclarations d'effets indésirables et la littérature scientifique disponible.

De l'autre côté de l'Atlantique, le problème est pris au sérieux. Les Instituts américains de la santé (NIH), agences gouvernementales des États-Unis, ont annoncé le 30 août allouer 1,67 million de dollars pour rechercher des liens potentiels entre vaccination contre la Covid-19 et menstruation.

Cinq études bénéficieront de ce financement et incluront entre 400.000 et 500.000 participants, dont des adolescents, transgenres et personnes non-binaires.

"Notre objectif est d'apporter des informations aux personnes menstruées, surtout sur ce qui peut arriver, parce que c'est le plus gros problème: personne ne s'attendait à ce que [les vaccins contre la Covid] affectent le cycle menstruel étant donné que ce n'était pas ce qui était recherché lors des premières études", souligne Diana Bianchi, directrice du NICHD qui finance en partie les études.

Les résultats sont attendus fin 2022. 

Quid du risque de fausse couche?

M., militaire dans le Var, a fait une fausse couche quelques heures après sa deuxième injection de Pfizer. "J'ai su que j'étais enceinte le 7 août et, deux jours après, j'avais rendez-vous au centre de vaccination", retrace la trentenaire.

"Quand je me suis présentée, j’ai prévenu l’infirmière et elle m’a répondu qu'on ne vaccinait pas les femmes enceintes au premier trimestre. Elle est quand même allée vérifier auprès d'un médecin qui lui a donné le feu vert, indiquant que le protocole sanitaire avait changé."

Au départ, il a été recommandé aux femmes enceintes de ne pas se faire vacciner avant le deuxième trimestre, notamment en raison de l'absence d'informations suffisantes à l'époque.

Le 21 juillet, un avis du conseil d’orientation stratégique a proposé de rendre possible la vaccination dès le premier trimestre, assurant qu'il n'y a "aucun argument pour considérer qu’une vaccination plus précoce présenterait un danger pour l'embryon/fœtus". 

"On sait que les débuts de grossesse sont fragiles"

M. se fait donc injecter sa deuxième dose de Pfizer et, deux heures après, elle commence à saigner légèrement. 

"J'ai tout de suite appelé le gynécologue, qui m'a demandé de venir immédiatement pour faire une échographie et une prise de sang. C'était trop récent donc on ne pouvait pas voir d'embryon mais tout indiquait un début de grossesse."

En fin d'après-midi, M. souffre de crampes abdominales et, le soir venu, des règles "extrêmement importantes" arrivent. "C'était une hémorragie. Il n'y avait plus de doute sur le fait que je perdais le bébé..."

La militaire varoise, qui ne voulait pas se faire vacciner mais était obligée de par sa profession, a perdu du sang pendant quatre jours et a été arrêtée une semaine. La prise de sang a confirmé par la suite qu'il s'agissait bien d'une fausse couche. 

"Le lien avec le vaccin n'est pas établi officiellement mais la coïncidence est un peu grosse... Surtout que l'infirmière a refusé de me vacciner, au début, mais a finalement accepté." 

M. préfère relativiser: "On sait que les débuts de grossesse sont fragiles et ça ne faisait que 48h que j'étais au courant, c'était tellement précoce, je ne peux pas dire que je m'étais attachée au bébé". 

"Le lien avec la vaccination ne peut pas être établi"

Le risque de fausse couche après une vaccination contre la Covid-19 a été particulièrement commenté sur les réseaux sociaux et dans les médias. 

En cause, une enquête de pharmacovigilance publiée par l'ANSM sur les effets indésirables des vaccins chez les femmes enceintes et allaitantes, pour la période du 27 décembre au 22 juillet.

Pendant ce laps de temps, 41 fausses couches ont été enregistrées après Pfizer, 9 après AstraZeneca et 3 après Moderna en France.

"Il s’agit d’un évènement très fréquent en population générale, de 12 à 20% selon les études, tempère l'agence. Dans près d’un tiers des cas, il existait des facteurs de risque de fausses couches spontanées tels que l’obésité, des antécédents et un âge supérieur à 35 ans. Le lien avec la vaccination ne peut pas être établi."

Le vaccin contre la Covid-19 reste une protection très efficace contre les formes graves de la maladie, y compris celles provoquées par le variant Delta, a jugé la Haute autorité de santé (HAS) dans son avis du 24 août. 

Selon une étude américaine publiée le 20 août dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology (Ajog), les femmes enceintes vaccinées ont huit fois moins de risques d'être positives à la Covid-19 qu'une femme enceinte non vaccinée (1,4% contre 11,3%).

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