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Le malade, un consommateur comme les autres ? Les médecins, concentrés sur l'exercice de la médecine

Le domaine de la santé n'échappe pas à la logique concurrentielle. Les patients sont à la recherche du meilleur prix, du service, de la qualité… et de rendez-vous rapides

axelle truquet Publié le 19/04/2017 à 05:11, mis à jour le 19/04/2017 à 05:11
Les médicaments prescrits par le médecin ont un prix fixe décidé par l'Etat. Les pharmacies décident des tarifs des autres produits vendus, des compléments alimentaires et passant par les produits d'hygiène ou de beauté. C'est là-dessus que la concurrence fait rage.
Les médicaments prescrits par le médecin ont un prix fixe décidé par l'Etat. Les pharmacies décident des tarifs des autres produits vendus, des compléments alimentaires et passant par les produits d'hygiène ou de beauté. C'est là-dessus que la concurrence fait rage. d'illustration Éric Dulière

Dental Access, Point Vision. Deux centres de santé bâtis sur le même principe : la rationalisation. Le premier est dédié à la dentisterie, le second à l'ophtalmologie. Tous deux proposent des rendez-vous rapides, des prises en charge de qualité et surtout des tarifs abordables. Ils ne jouent pas la carte du low-cost et veulent plutôt s'éloigner de cette étiquette qu'ils jugent trompeuse. « Nous pratiquons simplement des prix que nous estimons justes », souligne Lyssia Chanaï, présidente de Dental Access qui possède un centre à Cannes et un à Saint-Laurent-du-Var, situé juste en face de Point Vision, le 22e du nom en France.

Ce dernier avance les mêmes arguments : « Nous ne sommes pas sur un positionnement low-cost, nous avons des dépassements d'honoraires mais ils sont maîtrisés, insiste Patrice Pouts, président du groupe Point Vision. Notre force est de proposer des rendez-vous rapides avec des tarifs maîtrisés. Et c'est possible grâce à des modes d'organisation rationalisés. Nous nous appuyons sur des équipes pluridisciplinaires constituées de secrétaires médicales, d'orthoptistes et d'ophtalmologues. Les médecins, en déléguant la partie technique, optimisent leur temps et peuvent donc voir davantage de patients dans la journée. » Le fonctionnement est similaire pour Dental Access : « les dentistes - qui sont tous salariés - ne s'occupent pas de l'administratif, ils ne réalisent que les actes pour lesquels ils sont formés. Par exemple, ce sont des assistants qui gèrent les radios, les prises d'empreintes, etc. De ce fait, ils peuvent examiner plus de patients », précise Lyssia Chanaï. D'ici quelques mois, un orthodontiste viendra compléter l'équipe.

Chez Point Vision, « les centres sont placés sous la responsabilité de médecins libéraux chefs de centre auquel s'ajoutent des médecins salariés qui viennent faire des vacations. Cela permet d'avoir toujours des ophtalmologues disponibles pour consulter, détaille Patrice Pouts. Les patients qui présentent des pathologies bien spécifiques sont suivis par le même praticien. »

 

Ces modèles économiques semblent correspondre aux attentes des patients puisque les carnets de rendez-vous ne désemplissent pas. « Et ce n'est pas au détriment de la qualité », martèlent les responsables. « Nous collaborons avec des gros laboratoires français, capables de nous fournir d'importantes quantités de prothèses ce qui nous permet de négocier les tarifs, poursuit Lyssia Chanaï. Chaque patient reçoit un certificat de traçabilité et de conformité. En outre, nous disposons de plateaux techniques de dernière génération. » Ce mode d'organisation, régulièrement critiqué par les praticiens libéraux, tend à se développer parce qu'il correspond aux désirs des patients : rapidité et efficacité.

Le patient est un client. Alors oui, il cherche les prix les plus bas, il compare. » Jean-Marie Soyer, président de la chambre syndicale des pharmaciens des Alpes-Maritimes, porte un regard pragmatique sur son métier. « Il y a une forte concurrence entre les pharmacies. C'est normal, on en compte plus de 460 dans le département. »

Nina, mère de deux enfants confie : « Mes filles attrapent régulièrement des poux. J'ai fait le tour de 4 ou 5 pharmacies pour comparer les prix des produits anti-poux. Pour le même produit, j'ai trouvé du simple au double alors franchement, cela vaut le coup de faire quelques kilomètres ! »

Service et stocks

 

Comme elle, nombreux sont les consommateurs à faire leur petite enquête pour trouver au meilleur prix le shampooing du petit dernier, les cachets contre le rhume de madame ou l'homéopathie de monsieur.

Un pharmacien, qui possède l'une de ces grandes officines qui affichent des prix et promotions intéressantes le constate. Seulement, il préfère ne pas apparaître nommément, de peur que cela n'apparaisse comme une forme de publicité car « notre métier est paradoxal, explique-t-il. Nous sommes à la fois une profession libérale - nous sommes inscrits à un ordre - et en même temps des commerçants, inscrits au registre du commerce. Si le prix du médicament est le même partout, les grandes pharmacies peuvent se démarquer grâce à l'accueil, le service personnalisé ou, comme moi, les stocks. Lorsque mes clients viennent, ils savent par exemple que je pourrai leur délivrer tout de suite l'homéopathie dont ils ont besoin sans avoir besoin de commander et de revenir le lendemain. »

« On ne traverse pas la ville pour un anti-diarrhéique »

Ce professionnel rejoint l'avis du président de la chambre syndicale des pharmaciens des Alpes-Maritimes.

Pour eux, le secteur est très concurrentiel. « Mais même les petites pharmacies de quartier parviennent à proposer des prix intéressants en se regroupant : ainsi elles achètent en gros et donc moins cher », souligne Jean-Marie Soyer. Pour autant, les petites officines seront toujours des points de repère pour les clients.

 

« Les gens veulent de l'écoute, du conseil, estime ce dernier. Et lorsqu'on est malade, on n'a pas forcément envie de traverser la ville pour payer moins cher. Difficile d'imaginer quelqu'un parcourir plusieurs kilomètres pour acheter des comprimés sans ordonnance… alors qu'il veut soigner une diarrhée ! Concernant les médicaments remboursés par la Sécurité sociale, les prix sont les mêmes partout en France. Donc il n'y a pas à rechercher le meilleur prix. Ce n'est pas là-dessus que cela se joue mais les malades ont besoin d'être conseillés, de savoir comment bien prendre leur traitement par exemple. »

Pour l'instant, les malades n'ont pas déserté les pharmacies.

Le conseil des professionnels reste primordial dans l'acte d'achat de médicaments sans ordonnance. Mais quid de demain ? Vont-ils réussir à faire face aux géants de la vente par correspondance comme les libraires ? Personne n'a pour l'heure la réponse.

Ci-contre, Patrice Pouts, président du groupe Point Vision.
Ci-contre, Patrice Pouts, président du groupe Point Vision. Franck Fernandes.

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