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" Le CHPG de Monaco est sous tension " : Le point de Benoîte de Sevelinges, directrice de l'hôpital

Alors que le Centre hospitalier Princesse-Grace de Monaco est sous tension, que 11 personnes y ont succombé à la Covid-19 en 2022, sa directrice Benoîte de Sevelinges évoque la logistique que cela induit. Elle témoigne aussi de la fatigue du personnel, lassé par deux années de pandémie et agacé d’être pris à partie par certains patients.

Thibaut Parat Publié le 14/01/2022 à 10:04, mis à jour le 14/01/2022 à 10:53
"Il ne faut pas venir quand on n’a pas d’urgences ", préconise Benoîte de Sevelinges, directrice du CHPG à Monaco Photo Jean-François Ottonello

29 personnes hospitalisées, 4 patients en réanimation, 6 résidents décédés depuis le début de l’année… Le CHPG est-il sous tension?
Si l’on inclut les non-résidents, on déplore en réalité onze décès depuis début 2022. Oui, on est sous tension car on veut continuer à prendre en charge tous les patients. On constate toutefois, depuis 48 heures, une accalmie avec moins d’entrants. C’est probablement dû à la médecine de ville qui rend visite aux patients Covid. Cela évite des aggravations. On n’est, toutefois, pas rassurés et on se prépare à une nouvelle vague. Omicron est très contagieux. Cela nous affaiblit énormément en termes d’effectifs.

Combien de personnels de l’hôpital manquent à l’appel?
Pour l’heure, on a 100 agents qui sont en arrêt pour Covid [sur 2.700 personnes, ndlr]. Je ne compte pas ceux qui restent à la maison parce qu’ils sont cas contact, parce que leur enfant est en éviction scolaire ou parce que la classe est fermée. Pour y faire face, on a modifié les roulements des secteurs les plus tendus: la réanimation, la pneumologie et le court séjour gériatrique. On a aussi accentué le recrutement de CDD. Puis, on a transposé le dispositif français de double rémunération des heures supplémentaires, ce qui nous aide à trouver des volontaires alors que le rythme est déjà élevé.

" On se tient prêts à ouvrir une unité covid "

Êtes-vous contraints à déprogrammer des opérations?
En 2020, on avait tout déprogrammé. En 2021, juste l’orthopédie. La semaine passée, on a organisé deux cellules de crise avec les chefs de service pour monter un dispositif et travailler sans déprogrammer une activité complète. L’idée est que l’ensemble des pathologies soit pris en charge correctement. On a demandé aux chirurgiens et médecins de reporter un certain nombre d’interventions chirurgicales non urgentes, n’engendrant ni perte de chance, ni douleur: l’esthétique, des poses de prothèse, des hernies simples, des chirurgies de sinus. On ajuste au jour le jour.

 

Allez-vous ouvrir une unité Covid-19?
On se tient prêt à fermer l’un des blocs opératoires pour en ouvrir une. Pour l’instant, les patients sont accueillis dans les unités de pneumologie et de court séjour gériatrique, où l’on a dédié deux secteurs. Cela nous permet de préserver du personnel, car une unité dédiée à la Covid-19 est très consommatrice. Cela nous oblige à prendre plus de lits en chirurgie et, de fait, déprogrammer davantage.

D’autres établissements de la Principauté peuvent-ils vous aider à faire front?
L’IM2S et le Centre cardiothoracique, à qui l’on a exposé notre plan d’attaque, sont en alerte et se tiennent à notre disposition. Soit pour accueillir les chirurgies d’orthopédie, soit pour nous aider à prendre en charge des patients qui ont besoin d’une hospitalisation de cardiologie. La semaine dernière, on avait 50% des soins critiques de cardiologie qui étaient occupés par du Covid.

Benoîte de Sevelinges, directrice du CHPG. Photo Jean-François Ottonello.

Le gouvernement a conseillé de ne pas aller aux urgences en cas de symptômes légers. Vous avez connu une saturation?
Pendant les vacances puis à la rentrée, on a rencontré des pics d’activité. Prendre en charge un patient Covid nécessite de faire un bilan complet pour savoir si on peut le ramener chez lui ou le garder à l’hôpital. Cela prend beaucoup de temps. En parallèle, un certain nombre de patients sont venus faire un test PCR pour valider un test antigénique ou pour bénéficier d’une consultation, alors qu’ils avaient une petite toux. Il ne faut pas venir quand on n’a pas d’urgences. En revanche, si on ne se sent pas bien, si on a mal à la poitrine, qu’on a du mal à respirer, il le faut.

Quelle est la politique de l’hôpital concernant les visites pour les patients?
La situation est différente de 2020 où l’on avait arrêté les visites. Là, on les interdit seulement là où c’est compliqué. En pneumologie où se trouvent beaucoup de patients Covid, en hémato-oncologie où les patients sont extrêmement à risque, d’autant plus qu’on sait que la vaccination n’est pas toujours efficace sur ces patients immunodéprimés. On a maintenu partout ailleurs des visites limitées. Les visiteurs doivent téléphoner au service concerné pour demander quelle est la politique appliquée. Lorsque des contaminations surviennent dans les secteurs gérontologiques, on arrête provisoirement les visites.

" Un appel à la solidarité avec les soignants "

Combien de personnels du CHPG ont refusé de se faire vacciner contre la Covid-19?
Cela représente 1,68% des effectifs sachant que, parmi eux, se trouvent certains agents qui sont absents pour maladie depuis plusieurs années et d’autres qui peuvent prétendre à leurs droits à la retraite. Le certificat de rétablissement à la Covid-19 arrive à échéance pour certains. On verra s’ils vont satisfaire à l’obligation vaccinale. D’autres avaient la possibilité de poser des congés avant d’être suspendus. Une fois leur suspension actée, ils bénéficient d’un maintien du salaire à hauteur de 50% pour les quatre premières semaines avec maintien des droits sociaux. Ensuite, c’est terminé. Tous les jours, des agents commencent à être suspendus.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer à nos lecteurs?
De réfléchir à la vaccination, si on ne l’a pas fait jusque-là. Mais aussi un appel à la solidarité avec les soignants: leur donner un coup de main, garder leurs enfants, être sympathiques avec eux aux urgences. Les équipes travaillent comme des fous, les personnels mettent leur vie privée entre parenthèses. Certains sont malades et se mettent en télétravail pour assurer leurs missions. Ces gens-là étaient applaudis au printemps 2020 et se font aujourd’hui insulter aux urgences parce qu’ils ont le malheur de demander un pass sanitaire. Ce serait bien de continuer à faire un geste pour eux.

" Un ras-le-bol contre ceux qui agressent les soignants "

Quel est l’état d’esprit des soignants et médecins après près de deux années de pandémie?
Celui d’une grande fatigue. Les agents du Centre hospitalier Princesse-Grace sont fatigués parce qu’ils n’ont de cesse de changer leurs roulements, leurs congés. Et de se dire qu’il y a une solution qui est présente…

La vaccination?
Je ne vais pas vous donner mon avis sur la vaccination, cela me semble évident. Pour l’argumenter, je préfère laisser la parole aux médecins. Mais les gens qui meurent à l’hôpital ne sont pas vaccinés. Ceux qui l’étaient sont décédés très âgés ou avec d’autres pathologies. Sans vaccination, les durées de séjour à l’hôpital ne sont pas les mêmes, les pronostics vitaux non plus. Quand vous êtes soignant, que vous vous battez pour qu’un patient aille mieux et que vous vous dîtes qu’avec un vaccin, il ne serait pas là, c’est difficile…

Y a-t-il un ras-le-bol contre les non-vaccinés, comme on peut le constater dans certains reportages en France?
Il y a un surtout un ras-le-bol face aux patients qui refusent de montrer leur pass sanitaire ou qui agressent les soignants. Tous les jours, des personnels sont pris à partie par des gens qui sont anti-vax ou anti-pass sanitaire. Encore récemment, une infirmière des urgences s’est fait insulter. Comme si les soignants étaient responsables de l’obligation vaccinale, du pass sanitaire… C’est inadmissible, inacceptable et très pénible. La loi, la politique ne sont pas faites par les soignants. On soignera toujours les gens malades, vaccinés ou non-vaccinés, quelle que soit la pathologie. La déontologie des personnels soignants et médicaux n’est pas remise en question à ce niveau-là.

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