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"La vieillesse est une maladie": ce chercheur planche pour vous rendre la vie éternelle

Mis à jour le 18/12/2018 à 09:51 Publié le 18/12/2018 à 09:16

"La vieillesse est une maladie": ce chercheur planche pour vous rendre la vie éternelle

Chercheur britannique, Aubrey de Grey souhaite que vieillir ne rime plus avec mourir. Pour lui, le corps humain est une fantastique machine, qu’il suffit d’entretenir comme il faut pour tendre à une plus grande longévité. De passage à Monaco, il décrit les étapes menant à cette (r)évolution

Dans les événements comme Day One, consacrés à l’innovation, on rencontre parfois des personnages surprenants. Comme Aubrey de Grey. Ce biologiste britannique, aux allures de Raspoutine, est sérieusement convaincu que l’on peut vivre très, très, très longtemps. Installé en Californie, dans la baie de San Francisco, après avoir passé 25 ans à Cambridge, ce chercheur très sérieux considère que la vieillesse est une maladie, et que tout est question d’entretien. Nous avons assisté à une conférence privée, organisée par le mensuel anglophone Connexion.

Bienvenue dans un monde où vieillir n’est plus mortel.

Vous travaillez vraiment sur la vie éternelle?
C’est plutôt un des effets secondaires de mes recherches. Il faut regarder les choses en face: la plupart des gens meurent d’une maladie. Dans notre société occidentale moderne, en général, cette maladie, c’est la vieillesse. Cela arrive quand on est né il y a longtemps. Si l’on peut stopper les effets de cette maladie des gens qui sont nés il y a longtemps, alors ils vivront plus longtemps. Beaucoup plus longtemps. Jusqu’à ce qu’ils se fassent renverser par un camion, ou qu’un autre événement tragique de cet ordre ne leur arrive.

Combien de temps pourront-ils vivre selon vous?
Bien sûr, il est impossible de le dire, puisque le risque mortel sera déterminé par d’autres choses que le vieillissement. Or, par exemple, les voitures autopilotées feront baisser la mortalité sur la route, les vaccins ralentiront les pandémies. Donc même ces causes de mortalité reculeront. C’est donc difficile à déterminer.

Dans une chanson, Freddie Mercury chantait "Qui veut vivre pour toujours?"… On peut se poser la question!
C’est comme demander à la cantonade: “Qui veut un million d’euros?”. Tout le monde le veut mais personne n’ose répondre. Les gens aiment rendre cela trivial, car ça leur permet de ne pas s’investir émotionnellement. Comme la fenêtre de temps pour ce genre de recherches est très incertaine, comme pour toute technologie pionnière, ils mettent cela à distance. Mais au fond, personne ne veut développer un Alzheimer. Personne ne veut que quelqu’un d’autre développe un Alzheimer. Et tout le monde voudrait qu’il y ait un remède. Je crois que ça vous donne la réponse à la question.

Donc vos recherches consistent à trouver un remède à la mort biologique. C’est une formulation qui vous convient?
Oui, vous pouvez le dire de cette façon. Il y a 18 ans, j’ai réalisé ce que tout le monde avait manqué. Nous devrions entretenir notre corps comme nous entretenons nos voitures. Si certaines voitures de collection ont duré si longtemps, ce n’est pas parce qu’elles ont été conçues pour durer. Elles ont été créées avec une espérance de vie de quelques années. Et aujourd’hui certaines ont plus de 100 ans et roulent encore.

Quelle est la cause de ce prodige, d’après vous?
Tout simplement parce qu’elles ont fait l’objet d’une très bonne maintenance préventive. Il faut enlever la rouille avant que la portière soit tellement rouillée qu’elle finisse par tomber, par exemple. C’est pareil pour le corps humain. Le vieillissement correspond à l’accumulation de dommages dans le corps humain. Le corps, comme les voitures, est conçu pour tolérer un certain nombre de dommages. J’ai 55 ans et je peux courir presque aussi vite que quand j’avais 25 ans. Je peux toujours réfléchir presque aussi vite. Mais d’ici mes 85 ans, ce ne sera sans doute plus le cas. Parce que j’aurai subi plus de dommages que ce que mon corps peut tolérer. Donc l’idée, c’est d’opérer une maintenance préventive pour retirer les dommages subis, et que le corps ne soit pas suffisamment négligé pour se dégrader.

Comment comptez-vous vous y prendre?
Les différents dommages que subit le corps humain peuvent être classés dans 7 catégories. L’une d’entre elles est la perte de cellules. Cela signifie que certaines cellules ne sont pas remplacées quand elles meurent, et donc, à mesure que le temps passe, nous n’avons plus assez de cellules. Nous avons une solution pour cela: les cellules souches. Nous les implantons, et elles prennent la place des cellules qui ne se reproduisent plus suffisamment.

Concrètement, quels sont vos succès?
Nous avons mis en place une organisation caritative pour financer la recherche. Nous sommes encore très petits, nous n’avons pour l’instant que 5 millions d’euros à investir par an. Mais grâce à cela, nous avons réussi à passer de l’étape où les gens pensent que c’est totalement impossible, à celle où ils pensent que c’est faisable. Certains ont donc pu donner naissance à des startups. Et ainsi, nous avons pu lever plus de fonds, car les gens préfèrent investir plutôt que donner leur argent à des causes caritatives. L’une de ces startups va bientôt pouvoir lancer des essais cliniques, pour le traitement de la DMLA [dégénérescence maculaire liée à l’âge, ndlr] par exemple.

C’est très ciblé!
Exactement. C’est un peu une approche du type "diviser pour mieux régner". Nous n’avons pas à tout régler parfaitement. Mais il faut tout réparer raisonnablement bien. Juste assez bien pour ne pas avoir à le refaire avant plusieurs années.

Combien de temps faudra-t-il pour mener à bien ces recherches?
Suivant les champs de recherches, les délais seront différents. La maladie de Parkinson par exemple, pourrait être réglée d’ici 5 ans. La DMLA, d’ici 10 ans. D’autres problèmes ou types de dommages pourraient apparaître, mais nous avons bon espoir de régler la plupart de ces problèmes d’ici 20 ans.

Est-ce raisonnable de travailler sur ce domaine alors que la population mondiale grandit chaque jour?
La croissance de la population en elle-même n’est pas un problème. Le problème, c’est les ressources en énergie, ou l’alimentation. Or, il y a des gens qui travaillent sur la fabrication de la viande en laboratoire, qui coûte beaucoup moins cher que l’élevage. Et les énergies renouvelables ont le vent en poupe. Ces problèmes seront réglés avant que nous ayons terminé nos recherches.


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