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"La Covid est plus mortelle que la grippe mais moins que le VIH": le point avec un spécialiste toulonnais

Mis à jour le 01/12/2020 à 11:03 Publié le 01/12/2020 à 11:03
"La Covid, c’est aussi un virus à ARN mais il ne fait pas autre chose que de l’ARN. Il infecte une cellule et la tue. Contrairement au VIH qui est capable de se reproduire sans tuer les cellules."

"La Covid, c’est aussi un virus à ARN mais il ne fait pas autre chose que de l’ARN. Il infecte une cellule et la tue. Contrairement au VIH qui est capable de se reproduire sans tuer les cellules." Photo Frantz Bouton

Monaco-Matin, source d'infos de qualité

"La Covid est plus mortelle que la grippe mais moins que le VIH": le point avec un spécialiste toulonnais

À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, retour sur une autre pandémie marquante qui éclaire l’actualité présente et interroge sur la gestion de la crise sanitaire

Un virus jusqu’alors inconnu qui panique la planète, la recherche frénétique d’un traitement pour tenter d’enrayer l’hécatombe, les campagnes de prévention intensives pour tenter de limiter la propagation de la maladie, l’espoir d’obtenir un vaccin…

C’est aujourd’hui l’actualité du virus Sars-Cov-2, responsable de la Covid-19. C’était celle du sida, il y a presque 40 ans, juste avant la découverte du VIH en 1983. Une autre pandémie ravageuse, presque une maladie chronique désormais…

Ces deux pandémies sont-elles comparables? Non, à bien des égards.

Pourtant l’histoire de l’épidémie mondiale de sida éclaire sous un angle intéressant l’actualité la plus récente de la Covid-19. Elle interroge aussi, sur plusieurs aspects.

À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, ce 1er décembre, quelques éléments de réflexion livrés par le Dr Alain Lafeuillade, médecin infectiologue toulonnais engagé dans la lutte contre le VIH depuis presque trois décennies.

Deux virus très différents

C’est le plus facile à appréhender pour les non scientifiques. Les deux virus diffèrent d’abord par leur mode de contamination: le coronavirus Sars-Cov-2 se transmet par les voies respiratoires tandis que le VIH est transmissible sexuellement et par voie sanguine.

Mais ils sont avant tout de natures très différentes. Explication du Dr Lafeuillade: "Le VIH est un rétrovirus à ARN. Quand il pénètre dans une cellule, il y déverse son ARN en apportant les enzymes nécessaires (la reverse transcriptase) pour que cet ARN se transforme en ADN. Grâce à une autre enzyme (l’intégrase), cet ADN s’intègre dans le noyau de la cellule de l’hôte, avec le matériel génétique complet du virus. Et il y reste éternellement.

La Sars-Cov-2 est un virus beaucoup plus classique. "C’est aussi un virus à ARN mais il ne fait pas autre chose que de l’ARN. Il infecte une cellule et la tue. Contrairement au VIH qui est capable de se reproduire sans tuer les cellules."

Le Sars-Cov-2, inconnu vraiment?

"Il y a déjà eu un Sars-Cov-1 et on connaît bien la famille des coronavirus. Il y en a de très banals, qui donnent de simples rhumes. Le Sars-Cov-2 est un nouveau virus, dans une famille de virus connus, tempère le Dr Lafeuillade. Contrairement au VIH qui était totalement inconnu."

Les traitements: pas tout de suite

Pour le VIH "on a désormais ce qu’il faut", résume le Dr Lafeuillade. Pendant très longtemps, ça n’a pas été le cas. Durant les premières années, "on traitait les infections opportunistes mais en l’absence de défenses immunitaires, les patients revenaient un mois plus tard avec une autre infection et finissaient par mourir".

Après les premiers traitements comme l’AZT, à l’efficacité limitée et aux effets secondaires dévastateurs, "qui ne faisaient que retarder l’échéance", les premières trithérapies, également difficiles à supporter, sont apparues au milieu des années quatre-vingt-dix.

Aujourd’hui, "on traite les patients avec un comprimé par jour et leur espérance de vie rejoint celle de la population générale ».

Pour le coronavirus par contre, "il n’y a pas de traitements efficaces pour l’instant. Des essais contre placebo ont montré que l’hydroxychloroquine ne marche pas même si c’était une très bonne idée à tester. On se contente donc des corticoïdes, du paracétamol et de l’oxygénothérapie pour traiter les symptômes". Et de prendre en charge les décompensations diverses, dans les formes sévères.

Mortalité

"La Covid est bien plus mortelle que la grippe, mais bien moins que le VIH non traité qui est mortel à 100%."

Vaccins: deux problématiques différentes

C’est une question qui tourne comme une ritournelle, sur les réseaux sociaux notamment, pour interroger la rapidité avec laquelle les laboratoires pharmaceutiques ont mis au point des vaccins potentiels contre la Covid-19: on n’a pas réussi à en trouver un contre le sida en 40 ans de recherche, alors comment expliquer qu’on a pu réussir cet exploit en dix mois pour la Covid-19?

Question pertinente et réponse toute simple pour le Dr Lafeuillade: "La problématique est complètement différente, autant que les deux virus. Le Sars-Cov-2 ne mute pas autant que le fait le VIH. Je doute qu’on trouve un jour un vaccin contre le VIH."

Les vaccins contre la Covid-19 ciblent la protéine Spike qui permet au virus de se fixer sur les cellules. "Il y a plusieurs moyens, explique le Dr Lafeuillade. Le plus classique c’est d’injecter des protéines Spike pour que l’organisme fabrique des anticorps. Plus novateur, les vaccins à ARN consistent à injecter un morceau d’ARN, un messager du virus, pour permettre à l’organisme de produire les anticorps dirigés contre la protéine Spike."

Pour résumer: toujours aucune solution en vue pour le VIH quarante ans après, mais des pistes prometteuses à explorer, dès le départ, pour le Sars-Cov-2.

Pour autant, le Dr Lafeuillade peut comprendre les inquiétudes liées à ces vaccins qui font appel à une technologie récente. "Quelle sera leur durabilité, quelle sûreté en termes d’effets secondaires? Ce sont des questions légitimes. Il faut attendre les réponses, estime le médecin. On sait déjà que ces deux vaccins à ARN messager empêchent les gens vaccinés de développer des symptômes ou des formes sévères de la Covid-19. Mais ils n’empêchent pas d’être contaminés, de devenir positif, ni de transmettre le virus. C’est un progrès en termes de maladie mais ce n’est pas ce qui nous débarrassera du virus."

Personnes fragiles et inégalités

Si dans les deux cas, tout le monde est susceptible d’être contaminé, il y a quand même des différences notables: pas de guérisons envisageables avec le VIH qui se propage plus facilement dans les populations homosexuelles et toxicomanes.

Le Sars-Cov-2 ne cible a priori pas de populations particulières en termes de contamination mais la maladie est plus sévère et dangereuse pour des publics bien identifiés: personnes âgées, patients souffrant d’obésité, de diabète, d’hypertension…

Si les deux virus ont chacun leurs cibles privilégiées, ils font pourtant cause commune au chapitre des inégalités. "Ce sont toujours les plus pauvres qui sont les victimes facilement désignées. Le coronavirus circule plus facilement dans les familles nombreuses qui vivent dans de tout petits appartements ou chez les SDF. Pour le VIH, dans les populations des milieux de la toxicomanie ou de la prostitution. Ils peuvent faire d’autant plus de dégâts que ce sont des gens qui ne vont pas facilement vers le système de soins."

Posons-nous des questions...

Au sujet de la mobilisation

A l’évidence le Sars-Cov-2 a mobilisé plus vite, plus fort que le VIH à l’époque. La réaction a été immédiate, mondiale, et les investissements des Etats comme des laboratoires ont été massifs. Peut-être parce que "ça ne s’attrape pas de la même façon" et que l’on s’est tous senti plus immédiatement concernés par la Covid-19 ?

"Sur le plan du VIH, il y a toujours 38 millions de personnes séropositives dans le monde et dans certains pays, on ne fait pas grand-chose pour eux", rappelle le Dr Lafeuillade qui regrette "une banalisation de la maladie". Si les associations de patients ne s’étaient pas mobilisées de façon très active, "pas sûr que la recherche aurait autant progressé", souligne-t-il aussi.

Posons-nous ces questions : sans leur implication, sans le Sidaction et les collectes de dons, où en serait la recherche aujourd’hui ? Que serait-il advenu de l’épidémie de sida si l’ampleur de la mobilisation contre le VIH avait été la même, dès le départ? Le simple fait de ne pas avoir de réponse serre le cœur.

En termes de communication

"J’entends bien que l’apparition de la Covid-19 a été une situation stressante, analyse le Dr Lafeuillade. Mais la façon dont des confrères se sont écharpés sur les plateaux de télévision n’a pas été de nature à rassurer. Au contraire cela a rendu les choses encore plus anxiogènes. Quant à la gestion par le gouvernement... Je pense à ce qu’un de mes professeurs me disait: “un truc qu’on ne te reprochera jamais, c’est de dire la vérité”. Quand il n’y a pas de masques, pas de tests, il faut le dire."

Posons-nous la question : que se serait-il passé si au début de l’épidémie de sida, faute de préservatifs en stock, on avait fait passer le message que ce geste barrière-là n’était pas si utile que ça ? La réponse glace le sang.

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