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"En médecine esthétique, des réseaux quasi mafieux sévissent", avertit le docteur Philippe Kestemont

Directeur scientifique du congrès mondial de médecine esthétique et anti-âge, le docteur Philippe Kestemont dénonce les pratiques de ceux qui se nomment "créateurs de beauté".

Joelle Deviras Publié le 03/04/2022 à 19:00, mis à jour le 03/04/2022 à 19:07
Le docteur Philippe Kestemont, médecin et chirurgien esthétique, un des directeurs scientifiques du salon AMWC. Photo DR

Quand la médecine anti-âge ne prend pas une ride, l’esthétique se développe toujours plus, attirant des personnes de plus en plus les jeunes.

La 20e édition 2022 de l’AMWC (Aesthetic & Anti-aging Medicine World Congress) qui s’est déroulée, au Grimaldi Forum, du 31 mars au 2 avril, a affiché plus de 8.000 participants en présentiel et 4.000 en virtuel. Sous la supervision scientifique de l’Aesthetic Multispecialty Society (AMS), le salon réunit les spécialistes de la médecine et de la chirurgie esthétique, ainsi que de la médecine anti-âge. Directeur scientifique de l’événement, le docteur Philippe Kestemont brosse le tableau d’un secteur en pleine évolution.

Aujourd’hui, il semble que les traitements anti-âge attirent une population qui n’a pas encore de problème de vieillissement. Est-ce ce que vous constatez dans votre cabinet?

Oui, mais sans dérive. Les jeunes sont très documentés et on très bien compris. 90% d’entre eux ont des demandes très rationnelles. Il y a simplement une constatation: les jeunes s’intéressent à leur image et l’explosion des réseaux sociaux à visée picturale les incite à cultiver leur apparence. Ce phénomène est exponentiel. On ne reviendra pas en arrière. C’est trop énorme. Il faut s’adapter.

 

Les images retouchées avec les applications donnent une vision déformée de la réalité. La jeune patientèle a-t-elle des ambitions réaliste et judicieuse?

Paradoxalement, je trouve que oui. Ce sont des gens qui ont accès à une information riche et didactique. Ils ont compris la prévention du vieillissement. Ils peuvent donc demander un peu de botox ou de skin booster à vingt ans.

Mais il y a également des exigences pour modifier les traits du visage…

Aujourd’hui, les standards sont les grosses lèvres et les petits nez. Je n’ai pas à imposer mon regard. L’objectif c’est qu’à partir d’une demande, il faut surtout être un sage et mettre en place un service de vigilance. Et tout d’abord, il ne faut pas nuire et éviter les complications.

N’y aurait-il pas moins de complications si les injections étaient toujours faites par des médecins?

 

Les médecins ont leur part de responsabilité. Ils ont boudé la place des réseaux sociaux, considérant que ce n’était pas éthique. La chaise ne restant jamais vide, les "créateurs de beauté" et autres "cosmétologues" en tous genres fonctionnent comme des réseaux mafieux et proposent leurs services pour des russian lips ou les cat eyes très tendance en ce moment.

Comment réagissez-vous face à cette dérive?

Je m’implique sur les réseaux. Et je traite gratuitement les complications. Je ne veux pas voir une nécrose de lèvres à 20 ans. Quand j’interroge les jeunes femmes qui sont passées entre les mains de ces personnes, leur argument est de me dire que c’est la mode et que sur la page de tel ou tel influenceur (qui sont toujours des "professionnels" de seconde zone…) qui les a conduites jusqu’aux injections, il y avait des résultats magnifiques. En esthétique, des réseaux quasi mafieux sévissent partout.

Quelle est aujourd’hui la moyenne d’âge de la première consultation esthétique?

En vingt ans, on est passé de 40 à 20 ans. Ce qui permet de faire du naturel. Certaines de mes patientes ont la même tête depuis 20 ans. On maintient les formes et les volumes du visage le plus longtemps possible.

Comment évolue la demande des hommes?

La demande est passée de 10 à 20% en 20 ans.

 

Le regard de la société sur le vieillissement semble évoluer. Peut-être parce qu’on vieillit moins vite. Merci la médecine esthétique?

Merci la vie! L’espérance de vie augmente. Aujourd’hui, on a les moyens d’être bien dans sa peau et dans sa tête avec une médecine adaptée. Nous avons envie d’avoir une image globale de nous-même en rapport avec ce que nous avons dans la tête.

Quels sont les derniers traitements "à la mode"?

Les fils tenseurs, les injections, la bichectomie [intervention chirurgicale consistant à réaliser l’ablation des boules de Bichat, N.D.L.R.] pour creuser les joues. Je n’en suis pas fan…

Qu’est-ce qui est "passé de mode"?

Il y a eu une très grosse poussée des lasers il y a quelques années. On en parle moins… Ce sont pourtant de bons traitements.

Qu’est-ce qui est le plus efficace?

 

Il est bien de faire de subtils mélanges. En petite quantité, régulièrement. C’est ce qui donne le meilleur résultat.

La blépharoplastie est une pratique très courante ici. Qu’en pensez-vous?

C’est la technique à la fois la plus simple et la plus compliquée du visage. Réussie, c’est très élégant. Mais dès que l’on veut commencer à enlever trop de graisse, ça ne va plus. La petite blépharoplastie est une excellente chirurgie.

Qu’est-ce qui relève encore de l’intervention chirurgicale?

L’ovale et le cou. Rien n’a remplacé la chirurgie encore pour cela. Maintenant, les cicatrices sont petites et les suites simples. La médecine esthétique a allégé la chirurgie. Maintenant, c’est une nuit d’hospitalisation et quinze jours d’immobilisation.

À quel âge conseillez-vous un lifting?

Il ne faut pas faire plus de deux liftings dans sa vie. Un léger peut être fait vers 50 ans. Un autre vers 60 ou 65 ans. On traite l’ovale du visage, le cou et les paupières en même temps.

Quel en est le prix?

 

Le coût varie entre 8.000 et 20.000 euros.

Quels sont les produits éprouvés et qui constituent les outils incontournables de la médecine esthétique?

La toxine botulique et l’acide hyaluronique.

Comment voyez-vous l’avenir de votre spécialité?

Très mal pour les chirurgiens car les robots vont nous remplacer! Mais je ne le verrai sans doute pas. Vont également progresser la prévention et les additifs alimentaires et hormonaux. La recherche évolue de façon très intéressante même si pour l’instant ce n’est pas la panacée.

Qu’est-ce qu’un bon médecin esthétique?

Un médecin qui s’est formé et qui maîtrise la dimension technique de sa pratique. Et il a le droit ensuite d’avoir un côté un peu artiste.

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