Deuil périnatal: un médecin fait le point sur le protocole appliqué au CHPG à Monaco

Dans notre édition Monaco-Matin de ce 26 octobre, nous consacrons un dossier sur le thème du deuil périnatal, qu'il survienne in utero ou après l'accouchement. Après le témoignage d'une résidente monégasque et maman endeuillée, ainsi que le point de vue d'une sage-femme de Nice et l'association Nos Touts Petits de Nice, nous abordons ici le protocole suivi au Centre hospitalier Princesse-Grace de Monaco sur cette question.

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Thibaut Parat Publié le 26/10/2022 à 16:00, mis à jour le 26/10/2022 à 12:38
Ces dernières années au CHPG, entre 10 et 15 interruptions médicales de grossesse ont été pratiquées chaque année Photo C.D.

Chef du service de gyneco-obstrétique et de la maternité au CHPG, le Pr Bruno Carbonne évoque les différents cas médicaux du deuil périnatal et l’accompagnement au cœur de l’hôpital monégasque.

Les différentes situations

"Le premier cas médical est la mort du fœtus in utero qui peut être due à des pathologies ou à une anomalie de la croissance. Dans un tiers des cas, on n’a pas de causes ou d’explications, ce qui peut être très compliqué à vivre pour les parents. Le second cas est l’interruption médicale de grossesse (IMG) lorsque l’on met en évidence une grave pathologie ou malformation pouvant impacter le bébé toute sa vie. Ce sont les parents qui décident de la poursuite, ou non, de la grossesse. Le Centre de coordination périnatale étudie alors la recevabilité (lire ci-dessous). Le dernier cas, enfin, ce sont les complications pendant l’accouchement ou à la naissance. Le bébé décède dans les jours qui suivent. C’est une situation que l’on rencontre le plus rarement."

L’annonce de la maladie, de la malformation ou du décès

"Nous avons des personnels formés qui ont l’habitude de ce type d’annonces. Pour la mort in utero, découverte de manière inopinée, le choc est énorme pour les parents. Il faut faire preuve d’empathie, comprendre la douleur du couple qui va recevoir cette information très sensible. Rapidement, on va procéder à des explorations pour comprendre ce qu’il s’est passé: voir s’il y a une anomalie chromosomique en prélevant le liquide amniotique, s’il y a une infection, une anomalie du fœtus ou une anomalie du fonctionnement du placenta, qui est la cause la plus fréquente. Une autopsie du bébé peut avoir lieu une fois l’accouchement réalisé."

L’accouchement

"Certains couples demandent de vite réaliser une césarienne, d’autres expriment le sentiment d’être un tombeau vivant. Porter un bébé décédé est très choquant. On n’accède pas à cette demande car l’objectif est d’optimiser, au maximum, les chances de grossesses ultérieures. De plus, la cicatrice de la césarienne va matérialiser ce qu’il s’est passé. L’accompagnement psychologique et physique par l’équipe au moment de l’accouchement permet finalement un meilleur vécu qu’une césarienne et favorise l’initiation du processus de deuil."

Concernant l’IMG

"Il y a souvent une culpabilité chez les parents d’avoir arrêté la grossesse. Il est important de les accompagner, de les conforter dans leur choix. On ne peut pas se permettre d’avoir un jugement sur leur décision, ni la possibilité éthique d’avoir un avis contradictoire au leur. On les suit à 100%."

L’accompagnement et la création de souvenirs

"Dans la majorité des cas, cet enfant a été seulement imaginé, espéré et matérialisé par des images d’échographie. Sans contact, ni échanges. Si les parents n’arrivent pas à créer une présence, un souvenir concret de lui, le deuil peut être très difficile car l'enfant reste imaginaire. C’est pourquoi, une fois l’enfant né, on va aborder des sujets pouvant paraître choquants ou douloureux à appréhender comme celui de voir leur enfant décédé. On les encourage à le faire car cela va lui donner une existence réelle. Des photos du bébé peuvent aussi être prises. Ceux qui ne veulent pas, on leur demande la permission de le faire car on sait que, 9 fois sur 10, ils vont faire la demande un mois plus tard. Ils ont besoin de ça pour avancer. Il est impossible d’oublier un tel événement. Cela fait partie de la vie de leur couple, de l’histoire de leur famille."

Les chiffres en Principauté

Ces dernières années, au Centre hospitalier Princesse-Grace de Monaco, entre 10 et 15 interruptions médicales de grossesse ont été pratiquées chaque année "pour une pathologie fœtale d’une particulière gravité, reconnue comme incurable au moment du diagnostic", selon les termes de la loi monégasque, identiques à ceux de la législation française. C’est le Centre de coordination prénatal qui étudie la recevabilité de la demande.

Par ailleurs, chaque année toujours, une dizaine de cas de deuil périnatal en lien avec une mort fœtale in utero (3 pour 1.000 grossesses à l’échelle nationale française., ndlr) ou avec une fausse couche tardive (avant 24 semaines d’aménorrhée, donc avant un terme de viabilité du fœtus) ont lieu en Principauté.

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