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Des téléconsultations à Monaco pour rester en bonne santé

Pour éviter que les services de médecine en ville comme à l’hôpital retrouvent un regain d’intérêt auprès de la population, Monaco encourage les échanges via l’ordinateur.

Joëlle Deviras Publié le 26/04/2020 à 20:41, mis à jour le 26/04/2020 à 20:43
Pour éviter que les services de médecine en ville comme à l’hôpital retrouvent un regain d’intérêt auprès la population, Monaco encourage les échanges via l’ordinateur. Photo Cyril Dodergny

Les médecins sont unanimes: depuis la crise sanitaire liée au Covid-19, les cabinets médicaux en ville et à l’hôpital sont plus ou moins désertés.

"Notre activité a été énormément diminuée", explique Virginie Perriquet, médecin généraliste, rue Princesse Florestine.

Même constat du gouvernement princier: "La téléconsultation est la réponse pratique, professionnelle mais aussi économique à l’exercice d’une médecine hors Covid aujourd’hui à l’arrêt ou presque, parce que les patients ont peur de fréquenter les salles d’attente ou bien de déranger le personnel médical".

Dans ce contexte, et pour éviter de se retrouver dans une situation sanitaire, qui nous repousse de plusieurs années en arrière, avec des pathologies sérieuses non soignées, le gouvernement princier a décidé d’autoriser, durant la période de crise, et sous certaines conditions, la téléconsultation à usage médical.

 

C’est ainsi que depuis le 12 mars pour les généralistes, et le 2 avril pour les spécialistes et sages-femmes, des arrêtés ont été pris par le ministre d’État.

La situation est donc réglée pour tous les professionnels de santé, y compris l’IM2S, le Centre cardio-thoracique. De son côté, le CHPG a son propre système de visio-conférence.

Logiciels gratuits durant la crise

Pour les médecins généralistes en particulier, l’urgence s’est fait aussitôt ressentir et Monaco n’a pas attendu le début du confinement le 17 mars pour trouver une alternative.

"Nous sommes très vite passés à la téléconsultation avec Doctolib, explique le docteur Virginie Perriquet. Depuis le 19 mars, nous avons proposé ce service aux patients. Aujourd’hui, au moins la moitié de mes confrères généralistes a le logiciel, qui est gratuit en avril et mai, dans le cadre de la crise du Covid."

Si Doctolib est certainement le plus connu, plusieurs logiciels ont été conçus en France pour gérer l’ensemble de la relation patient/médecin (visio-conférence, paiement en ligne, envoi de l’ordonnance, agenda).

Chaque médecin peut choisir le dispositif qui lui convient le mieux. Le gouvernement princier propose, de son côté, un logiciel nommé Medicam, élaboré par Mipih, qui offre les mêmes fonctionnalités que Doctolib sans la prise de rendez-vous.

 

"La solution (...) est référencée par l’Agence Numérique de Santé française dans le cadre de la gestion de la crise Covid-19. Elle nécessite moins de 20 minutes de formation pour les professionnels et une prise en main immédiate pour les patients."

Quel que soit le logiciel utilisé, la transmission de la feuille de soins par le médecin aux Caisses Maladie reste inchangée.

Les limites de la téléconsultation

"La téléconsultation a évidemment ses limites, explique le docteur Perriquet. Je n’hésite pas à demander aux patients de venir au cabinet sans amélioration dans les 48 heures. Mais le système est très pratique pour les renouvellements d’ordonnance par exemple."

Mais l’offre de téléconsultation semble ne pas répondre à la demande des patients. "Au début, ça a marché, poursuit la généraliste. Mais depuis deux semaines, même la téléconsultation ne marche pas."

L’espoir d’un "monde d’après" axé sur la fin du consumérisme ferait-il son œuvre en matière médicale? Ce serait formidable si c’était la marque d’une diminution du nombre de malades...


Une baisse de 70 à 90% du nombre de consultations médicales

Illustration. Photo P.L..

Jean-Michel Cucchi, président de l’Ordre des Médecins de Monaco, encourage les patients à consulter ou téléconsulter sans attendre, en cas de problèmes de santé.

 

Savez-vous combien de médecins utilisent "doctolib" aujourd'hui?
"Une vingtaine de médecins toutes spécialités confondues."

Le logiciel Medicam répond-il à une attente des médecins?
"Ce logiciel, mis à disposition des professionnels par le gouvernement, est déjà utilisé en France et présente toutes les assurances de sécurité et de confidentialité nécessaires. Son usage n’est pas obligatoire, mais je ne doute pas qu’il puisse être utile à de nombreux confrères qui n’ont pas encore à leur disposition d’outil dédié."

Selon vous, la téléconsultation est-elle "sous-utilisée" à Monaco?
"Jusqu’à l’arrivée de cette pandémie, la téléconsultation n’était pas autorisée à Monaco. N’ayant pas à souffrir de "déserts médicaux" sur notre territoire, sa mise en place n’avait pas été jugée nécessaire, priorité étant donnée au maintien du lien "physique" entre le malade et son médecin."

Quelle est la proportion des consultations qui pourraient être réalisées avec "efficacité" via le numérique?
"C’est difficile de répondre précisément à cette question, d’une part, parce que cette proportion varie en fonction de chaque pratique médicale et d’autre part, cela dépend du sens que l’on donne au mot "efficacité". Car, à mon avis, même s’il est des cas où la téléconsultation peut s’avérer suffisante, voire souhaitable en cas de risque contagieux, elle ne peut pas égaler la qualité d’une consultation "physique"."

Pensez-vous que la téléconsultation puisse lutter contre le désintérêt soudain de la population pour les services médicaux?
"Certes, la fréquentation a nettement diminué avec le confinement ; mais je ne pense pas que cela soit lié à un désintérêt de la population envers ses médecins. Rappelons-nous qu’au début du confinement, la consigne a été de surseoir à tous les actes médicaux "dont le report n’entraînait pas une perte de chance pour le patient" et que l’on ne peut donc pas faire grief à nos malades de l’avoir suivie. Considérant qu’il est essentiel de concilier consultation médicale et maintien des mesures de distanciation sociale, la téléconsultation est dans ce contexte un outil indispensable."

Avez-vous des chiffres ou une tendance de la baisse de fréquentation des services médicaux depuis la crise sanitaire du Covid?
"La baisse de fréquentation des cabinets se situe entre 70 et 90%. Ce n’est par pour autant que mes confrères sont inactifs, et je tiens à remercier ceux, très nombreux, qui ont répondu à notre appel et se sont portés volontaires pour participer à la prise en charge médicale au sein du Centre de Suivi à Domicile."

Êtes-vous réellement inquiet de la dégradation de la situation sanitaire globale de la population monégasque?
"Nous avons la chance à la base d’avoir à Monaco une excellente couverture sanitaire, néanmoins plus le temps passe et plus les retards de prise en charge médicale auront des effets négatifs. Il est important de dire à la population qu’il ne faut plus attendre pour prendre rendez-vous avec son médecin, que celui-ci, selon les cas, organisera une consultation "classique" ou bien une téléconsultation. L’ensemble des médecins de la principauté s’est organisé pour prendre toutes les mesures adéquates pour lutter contre les risques de transmission virale."

 

Savoir +
Le gouvernement centralise et communique la liste actualisée des médecins et sages-femmes proposant cette option, disponible sur le site www.covid19.mc.

Offre numérique MM+

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