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Démissions de soignants, suspensions, absentéisme… des services hospitaliers risquent de fermer dans les Alpes-Maritimes

Le monde de la santé est en grave difficulté. Démissions, suspensions, absentéisme induit par la surcharge de travail dans un contexte de tension… le personnel manque. Des services risquent de fermer.

Nancy Cattan Publié le 22/09/2021 à 20:10, mis à jour le 22/09/2021 à 20:23
Le manque d’infirmiers se fait sentir dans tous les services. "On se retrouve à gérer 4 à 5 patients au lieu de 2", déplore Florent, infirmier en ranimation. (Photo Eric Ottino)

Des lits, puis des unités, puis des services entiers fermés, faute de personnel pour délivrer les soins aux patients hospitalisés. La pénurie de soignants est une réalité à laquelle font face la quasi-totalité des hôpitaux publics comme privés et qui laisse augurer, si elle ne parvient pas à être traitée, d’une dégradation sévère de l’offre de soins. Si aucun établissement n’est épargné, un secteur en fait particulièrement les frais, celui du grand âge. C’est à une situation inédite que l’hôpital privé gériatrique Les Sources à Nice est ainsi confronté depuis plusieurs mois.

"Après avoir été contraint de fermer une unité de 12 lits de SSR [soins de suite et de réadaptation, ndlr], c’est un service entier comptant 29 lits que nous avons dû fermer le 1er août", regrette Hervé Ferrant, directeur de l’hôpital privé gériatrique Les Sources à Nice, seul établissement entièrement dédié à la prise en charge des personnes âgées dans la région Paca-Est. Tous les jours, cet établissement, traditionnellement occupé à quasi 100% est ainsi contraint de refuser des hospitalisations de patients âgés à l’état de santé pourtant très dégradé: maladies neurologiques, pneumologiques, AVC, anémie sévère…

"le personnel avait fondu"

Un des enjeux pour les établissements, c’est d’améliorer les conditions d’exercice des soignants. L’hôpital privé gériatrique Les Sources à Nice a ainsi opté pour la pose de rails au plafond, pour aider à la manutention des patients.

Selon le directeur, si la problématique de recrutement des soignants n’est pas nouvelle [lire son interview en page suivante], elle s’est sensiblement dégradée au cours de la dernière année. Et il l’illustre par l’expérience vécue au sein de son propre hôpital. "Lors de la deuxième vague Covid, notre établissement a dû prendre en charge environ 20% des patients intubés en réanimation du département des Alpes-Maritimes. Nous avons eu besoin de personnel pour renforcer les équipes dédiées aux malades de la Covid. Lorsque cette deuxième vague s’est calmée, que les hospitalisations ont chuté, nous avons voulu rouvrir l’unité de 12 lits de SSR que nous avions fermée pour redéployer ces professionnels auprès des patients Covid. Mais ça n’a pas été possible, le personnel avait entre-temps fondu: près de 15 infirmières et aides-soignantes avaient démissionné…"

"On n’y arrive plus"

"Et lorsque nous avons voulu rouvrir un autre service de médecine, comptant 29 lits, fermé lui aussi en partie au bénéfice des patients Covid, là encore ça n’a été possible que très temporairement. Depuis le 1er août, ce service est aussi fermé, faute d’infirmières de nuit. Au total, ce sont 41 lits qui ne peuvent plus accueillir de malades alors que les demandes d’hospitalisation, pour des motifs divers, affluent. Les conséquences sont dramatiques en termes de services rendus à la population âgée azuréenne."

L’établissement niçois a pu bénéficier du soutien du groupe auquel il appartient (UNUVI) – "il a réussi à nous aider avec quelques IDE [infirmiers diplômés d’Etat, ndlr] venant d’autres régions pendant la seconde phase de Covid" – mais cette ressource s’est tarie, "le problème étant national."

Car si la direction des Sources a le courage, aujourd’hui, de prendre la parole pour alerter sur sa situation, plusieurs autres établissements décrivent, souvent en off, des situations presque aussi inquiétantes. "Tous les directeurs avec lesquels je discute font le même constat: “On n’y arrive pas!" » Blocs et lits fermés, absentéisme… Cadres des services devant jongler au quotidien pour maintenir les activités, en rappelant des salariés, en recourant à l’intérim…

Comment faire face?

Pour faire face à cette pénurie historique et recruter, tous les établissements sortent, aujourd’hui, l’artillerie lourde: prime, majoration de salaire – des montants mirobolants, difficiles à vérifier, circulent. La guerre est déclarée entre les hôpitaux, les cliniques, tous les moyens sont permis pour sauver "son" offre de soins, on n’hésite pas ainsi à aller "draguer" le personnel des établissements voisins.

 

"Tout le monde parle des problèmes de recrutement dans la restauration, l’hôtellerie, le bâtiment ou encore les collectivités locales… On évoque beaucoup moins les graves difficultés auxquelles est confronté le monde de la santé! Alors que les conséquences sont potentiellement dramatiques", dénonce Hervé Ferrant, avant de jeter une bouteille à la mer. "Il nous faudrait pourvoir 13 postes d’infirmières de nuit pour retrouver une pleine activité. Mais si nous arrivions déjà à recruter 3 à 4 infirmières, nous pourrions au moins rouvrir le service de médecine, d’ici à la fin du mois d’octobre." Souhaitons que cet appel au secours soit entendu. Parce qu’il en va de la santé de nos aînés, déjà tellement malmenée.

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