Covid-19: pourquoi les soignants et médecins du CHPG à Monaco sont lassés, épuisés et en colère

Pour la première fois, le Centre hospitalier Princesse-Grace a ouvert ses portes à la rédaction de Monaco-Matin. Plongée dans ces services qui combattent l’épidémie de Covid-19. Le personnel soignant et les médecins ne cachent par leur lassitude, leur colère et leur épuisement.

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Thibaut Parat Publié le 28/01/2022 à 05:06, mis à jour le 28/01/2022 à 13:56
Laurence et Anaïs, infimière et aide-soignante en réanimation. Photo Jean-François Ottonello

Aux balbutiements de cette pandémie, il y a d’abord eu l’angoisse chez les soignants et médecins. Un sentiment causé par cette infection respiratoire virale dont les experts ignoraient tellement.

"Durant ma carrière, j’ai vu des catastrophes, des personnes terriblement malades ou accidentées. Mais pour la première fois, j’avais peur de l’inconnu, de ce qui allait se passer. On voyait au loin des populations décimées", se souvient le Pr Yann-Erick Claessens, chef du service des urgences au CHPG.

La peur, aussi, de contracter le virus à l’hôpital et de mettre en danger la santé des proches.

Mais, chaque soir à 20 h, il y a aussi eu ce sentiment de fierté quand les populations française et monégasque, reconnaissantes, applaudissaient les soignants en première ligne de cette bataille sanitaire.

"Le travail répétitif"

Mais les vagues successives ont fait naître un autre triptyque d’émotions: lassitude, épuisement et, parfois, colère.

 

"On ne voit pas le bout du tunnel. Le travail perd de son intérêt car cela devient très répétitif, témoigne Anaïs, aide-soignante en réanimation. Ce n’est pas de la démotivation car ce métier est une vocation. On l’a dans le sang. Mais on est lassés et épuisés."

D’autant que les services concernés par la prise en charge du virus doivent constamment adapter leur organisation en fonction du remplissage des lits et de l’absentéisme des collègues contaminés.

Quitte à ce qu’un agent prenne une garde au pied levé et fasse des heures supplémentaires, heureusement payées double et sur la base du volontariat. "Nos vies personnelles ont été mises entre parenthèses avec des horaires adaptables", résume Laurence, infirmière dans la même unité. "On ne peut pas laisser tomber l’institution", renchérit le Pr Yann-Erick Claessens.

Une adaptabilité largement saluée par la direction, les médecins et cadres de santé au fil de notre immersion. "Ils font preuve de souplesse, de disponibilité et d’engagement", salue le Dr Sylvie Chaillou, chef du service de gériatrie aiguë.

Un engagement nécessaire pour épauler des patients plongés dans une souffrance que parfois seule l’empathie peut apaiser. "On est parfois les seules personnes qu’ils vont voir de la journée. On a l’impression de les maintenir à bout de bras", poursuit Laurence.

 

L'attachement aux patients

Et parfois, comme cela arrive trop souvent depuis ce début d’année, les patients perdent la vie après des jours de lutte pour survivre. "C’est dur pour tout le monde, reconnaît le Pr Isabelle Rouquette-Vincenti, responsable du service de réanimation. Mais particulièrement pour les infirmières et aides-soignantes qui sont au contact permanent des patients qui se confient à elles. Elles s’attachent puis souffrent de les voir partir."

Anaïs acquiesce, les larmes aux yeux: "J’ai eu beaucoup de mal à me remettre du décès d’un patient. Je suis la dernière personne qu’il a vue. J’ai encore son visage en tête. Il refusait les soins. On a été obligé de l’endormir pour l’intuber et l’aider à respirer. On a eu, à la chaîne, trois ou quatre décès. Tous refusaient de se faire soigner. On n’était pas confrontés à cela avant", regrette-t-elle, en colère.

Des insultes et comportements agressifs aux antipodes des applaudissements au printemps 2020.

"Des ressources humaines et matérielles importantes"

"Notre chance est d’avoir, ici à Monaco, des ressources humaines et matérielles importantes", reconnaît Florence. La cohésion d’équipe, aussi, aide à tenir sur la durée. "On partage les mêmes choses donc on parle. À la maison, je n’évoque pas le travail", nuance Anaïs.

Pour répondre aux détresses psychologiques, la direction du CHPG a dépêché des psychiatres pour des séances de méditation et des psychologues pour des séances collectives.

"Nous organisons aussi des ateliers de philosophie avec les Rencontres philosophiques de Charlotte Casiraghi. Nous avons créé un espace fitness avec des séances animées par les kinés et souhaitons étendre ces activités avec des bénévoles qualifiés pour proposer yoga, pilates et coaching", confie Benoîte de Sevelinges, directrice du CHPG. En réanimation, des séances de relaxation avec lunettes de réalité virtuelle et des séances d’aromathérapie ont lieu.

 

Malgré ces dispositifs, certains jettent l’éponge. Comme cet infirmier qui projetait de devenir infirmier anesthésiste. Il s’est depuis reconverti comme cuisinier.

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