Covid-19: comment rééduquer la perte de mémoire des odeurs

En dépit d’une rééducation olfactive, certaines personnes victimes de la Covid ne parviennent toujours pas à identifier et discriminer les odeurs. Ce qui conduit à poser l’hypothèse d’une atteinte au niveau cérébral justifiant une rééducation orthophonique. Recherche à Nice.

Nancy Cattan Publié le 14/09/2022 à 17:15, mis à jour le 14/09/2022 à 16:50
Illustration. Photo Pexels

Le plus gros de la crise sanitaire semble désormais derrière nous. Ou plutôt derrière la majorité d’entre nous. Car une frange de la population continue de voir son quotidien affecté par des symptômes séquellaires d’une infection par le coronavirus, en tête desquels la perte d’odorat – et donc du "goût" des aliments.

"30% des troubles olfactifs post-Covid 19 persistent au-delà d’un an et altèrent parfois sévèrement la qualité de vie: ils sont source d’anxiété, les patients s’interrogent sur leur avenir personnel, voire professionnel…", introduit le Dr Clair Vandersteen, chirurgien ORL à l’IUFC (Institut Universitaire de la Face et du Cou, CHU de Nice).

Au sein d’une équipe reconnue au niveau international pour ses recherches dans ce domaine (1), et en collaboration avec plusieurs partenaires industriels et universitaires, il a participé très tôt à la mise au point d’un programme de rééducation consistant à stimuler l’olfaction avec des odorants (à raison de deux séances par jour pendant 4 à 6 mois).

Le melon n’a plus le parfum du… melon

"C’est à ce jour le seul traitement, validé scientifiquement, qui permet de récupérer tout ou partie de son odorat. Cependant, nous nous sommes aperçus que la moitié des patients ainsi traités, s’ils pouvaient à nouveau sentir les odeurs, souffraient de parosmies nouvelles ou plus importantes."

Parosmie, un trouble de l’odorat – considéré comme un défaut central de l’interprétation du signal olfactif et qui se manifeste par une distorsion d’une odeur vers une autre odeur, parfois désagréable: "En flairant du melon par exemple, la personne ne sent pas l’odeur familière du melon, mais perçoit une odeur distordue et désagréable, comme celle d’un fruit pourri, voire de l’essence. En clair, leur perception ne correspond pas à ce qu’ils ont sous le nez."

 

Dysfonction du cerveau de l’olfaction

Selon le Dr Clair Vandersteen, ces plaintes persistantes concernant la reconnaissance des odeurs et des saveurs pointent les limites de la rééducation olfactive "classique" dans son efficacité au niveau du cerveau de l’olfaction.

Il développe: "La rééducation olfactive a des effets reconnus au niveau périphérique: elle stimule la régénération des neurones olfactifs présents dans le nez, ce qui accroît la perception olfactive brute. Mais, l’identification des odeurs, leur discrimination – qui font appel à des ressources cognitives plus importantes – restent affectées. Ce qui témoigne d’un dysfonctionnement au niveau du ‘‘cerveau de l’olfaction’’."

D’où l’idée de l’équipe niçoise de développer une autre approche, plus complexe que la rééducation olfactive classique. "Pour stimuler la récupération de l’olfaction au niveau du système nerveux central, on a décidé d’emprunter une autre voie, fondée sur le fait que l’olfaction fait partie d’un réseau sensoriel communiquant avec les autres sens: la vue, la mémoire, le goût (sucré, salé…) et l’odorat. En stimulant ce réseau sensoriel, on espère réactiver le chemin neuronal, partiellement rompu, vers les souvenirs olfactifs, eux, toujours intègres. Ce type d’approche fait intervenir la rééducation sémantique pratiquée par un (e) orthophoniste."

Les personnes ayant été soumises à ce protocole ne s’étaient pas simplement vues proposer de sentir des odeurs, mais plutôt un ensemble d’exercices les aidant à les contextualiser et à s’en souvenir: images, phrases, mots, couleurs…

"On leur présentait une odeur, sans donner son nom, puis on leur faisait réaliser différentes tâches cognitives, de reconnaissance de différentes images de fleurs par exemple, dont les odeurs correspondantes étaient plus ou moins proches. Le cerveau se réentraîne alors à discriminer ces parfums très similaires."

 

L’étude – à laquelle ont participé une centaine d’azuréens âgés de 14 à 75 ans – dont une majorité de 25 - 45 ans, la parosmie post-Covid étant l’apanage des jeunes – devrait livrer ses résultats d’ici 2 à 3 mois. "Il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives; les premiers résultats sont néanmoins très encourageants, ce qui nous permet d’être optimistes."

Un kit de rééducation

Mais, d’ores et déjà, le Dr Vandersteen et ses collaborateurs travaillent, en partenariat (2), à rendre disponible un kit de rééducation olfactive et sémantique (contenant des odorants de haute définition), associé à une application en ligne.

Destiné à la rééducation à domicile des patients atteints de perte olfactive persistante post-Covid et de parosmies, il permettra, une fois validé et disponible publiquement, de s’entraîner aussi souvent que possible (3), condition essentielle pour retrouver la vraie odeur des choses… et le goût de la vie, que ce trouble leur a souvent ôté.


1. Ont participé les Dr Auriane Gros, Dr Magali Payne, Dr Louise-Emilie Dumas et le Pr Laurent Castillo.

2. Sont impliqués des équipes de neuroscientifiques (laboratoire CoBTeK), des chimistes de l’Institut de Chimie de Nice (Pr Xavier Fernandez, ICN) et des industriels (GIVAUDAN, ONEPOINT).

3. Ma Madeleine: un kit olfactif et une web application pour la rééducation de l’odorat des personnes atteintes de Covid long.

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