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Comment vivre vieux et mieux à Monaco

Dans les années qui viennent les plus de 60 ans représenteront une composante majeure de la population de Monaco. Comment favoriser leur autonomie ? C’est là la mission du centre de coordination gérontologique de Monaco.

Julie Baudin Publié le 29/04/2022 à 11:06, mis à jour le 29/04/2022 à 12:52
L’espérance de vie a augmenté de 15 ans lors des 50 dernières années. C.D.

De 2025 à 2050, la population senior va exploser. À Monaco comme ailleurs, le babyboom de l’après-guerre va laisser place au papyboom et la pyramide des âges va s’inverser. Certains observateurs parlent même de "gérontocroissance".

"Quand on considère que 75 ans est l’âge moyen de bascule dans la dépendance, on comprend que l’enjeu de la prise en charge des personnes âgées est essentiel, explique Philippe Migliasso, administrateur du Centre de Coordination Gérontologique de Monaco. Il l’est également face au fléau que représentent les maladies neurodégénératives dont on attend un doublement dans les années qui viennent, notamment la maladie d’Alzheimer qui est la plus représentative. Face à cela, plus on aura anticipé, plus on aura agi sur tous les facteurs intrinsèques, moins on aura le risque de bascule."

C’est là le rôle du CCGM créé en 2006 que ce cadre de santé coordonne au côté d’une équipe pluridisciplinaire composée notamment d’un médecin gériatre, le Dr Pascale Porasso, d’infirmières et d’assistantes sociales.

Un guichet unique voulu par le gouvernement princier en cœur de ville et facile d’accès. Il est l’interlocuteur privilégie de toute personne âgée vivant à son domicile de plus de 60 ans en perte d’autonomie physique ou cognitive, ainsi que des aidants.

Il tend à leur faciliter l’accès à l’information et aux aides disponibles en principauté. Il définit également un plan d’aide individualisé correspondant aux besoins identifiés de chaque personne. Il met enfin en œuvre une politique de maintien à domicile, en fédérant l’ensemble des acteurs publics et privés pouvant intervenir auprès de la personne âgée.

 

"En 50 ans, l’espérance de vie a augmenté de 15 ans grâce aux progrès sanitaires. Le défi de notre société, et notre mission au CCGM, c’est de permettre l'augmentation de l’espérance de vie en bonne santé et à son domicile. Nous sommes dans un processus d’accompagnement pour aller vers un bien vieillir."

"Nous sommes aussi aux côtés des aidants familiaux"

Avec le vieillissement de la population, est apparue la catégorie des « aidants ». Des « héros du quotidien », personnes non professionnelles qui viennent en aide à titre principal, pour partie ou totalement, à une personne âgée dépendante de son entourage, pour les activités de la vie quotidienne. D’enfant, conjoint ou ami, ils ont basculé brusquement dans le monde des aidants. « On sait combien l’aidant familial est une pièce maîtresse du maintien à domicile et dans le cas d’une maladie neurodégénérative. On sait aussi que ce rôle est un fardeau car ces personnes s’épuisent face à la tâche. Il est donc important de les accompagner », explique Philippe Migliasso.


« Malheureusement, ils nous sollicitent très rarement, reconnaît le médecin gériatre Pascale Porasso. Ce qu’ils vivent a pourtant un impact sur leur espérance de vie : on a des maladies, des dépressions, des cancers et des aidants familiaux qui meurent parfois avant même la personne dont ils s’occupent. »

« Des conseils, pas de jugement et une vraie écoute »


Cathy a pu récemment compter sur le soutien du CCGM pour ses parents, dont son papa atteint de la maladie d’Alzheimer. « J’ai reçu ici une vraie écoute, jamais de jugement et de vrais conseils. Cela m’a aidée plus que les médecins ».

 


Un soutien qui n’enlève rien à la gestion du quotidien et l’angoisse pour l’avenir, « mais qui facilite les démarches. J’ai été surprise par exemple de découvrir grâce à eux que mes parents avaient droit à des aides pour leur maintien à domicile. Je suis fille unique et je me suis sentie vraiment moins seule face à mes parents vieillissants. »

Philippe Migliasso, administrateur du CCGM Photo JFO.

Philippe Migliasso, administrateur du CCGM : "Ne rien brusquer, avancer pas à pas. Et anticiper"

Concrètement quel est le rôle du Centre de Coordination Gérontologique ?
Comme son nom l’indique, nous centralisons en un même endroit l’information médico-sociale. Quelle que soit la question que se pose une personne âgée de plus de 60 ans à son domicile ou un aidant, qu’elle soit d’ordre sanitaire ou social, nous sommes en mesure soit d’y répondre soit d’orienter la personne vers le service concerné.


Vous avez déménagé il y a un an avenue Princesse-Florestine. Être en cœur de ville c’était important ?
Oui pour toucher le maximum de personnes. Pour qu’il n’y ait aucun obstacle à ce qu’une personne âgée qui en éprouve le besoin vienne pousser notre porte. Nous sommes au cœur de la Condamine qui est le quartier où vit le plus fort taux de personnes âgées, ce qui facilite les choses. Sans compter les aidants, nous avons un fichier actif de 800 personnes sur les quelque 7 500 personnes qui représentent les plus de 60 ans résidant à Monaco. Il y a encore des gens qui ne connaissent pas et que nous pourrions aider.

"Il y a encore des gens
qui ne connaissent pas et que nous pourrions aider"


Comment se passe la prise de contact ?
C’est une démarche qui doit être volontaire, soit de la part du bénéficiaire, soit d’un aidant... Ensuite se met en place un diagnostic pour identifier les besoins de la personne par le biais d’une Évaluation Gérontologique Standardisée réalisée par les équipes médico-sociales au domicile de la personne. Ce bilan permet d’établir un protocole adapté et un plan d’aide personnalisé.


En quoi consiste cette évaluation ?
Elle permet une approche globale de la personne concernée avec quatre composantes : l’aspect médical, l’aspect psychologique, l’aspect social et enfin l’environnement. Ces quatre facteurs sont justement ceux qui interviennent dans la perte d’autonomie. Avec toute une série de questions nous allons déterminer son autonomie mais aussi dépister s’il y a des troubles cognitifs. On évalue aussi la nutrition qui est un des piliers de la prévention. Ensuite nous mettons en place un plan d’aide à base de préconisations. Il ne faut rien brusquer et avancer pas à pas. C’est pour cela que nous devons être dans l’anticipation.


Anticiper pour reculer l’entrée en Ehpad ?
Oui. Anticiper pour favoriser le maintien à domicile, mais aussi pour éviter les maladies neurodégénératives. Quand on met en place un accompagnement, on prévient aussi l’isolement social, la dépression, la malnutrition... Ce sont des facteurs qui peuvent accroître la venue d’une maladie neurodégénérative de type Alzheimer.

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