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Comment la coopération entre médecines de ville et hospitalière a permis de ne pas engorger les services du CHPG à Monaco

Le dispositif de suivi médical renforcé à domicile, véritable alliance entre médecines de ville et hospitalière, a permis d’éviter une saturation totale du CHPG. Une étude menée le démontre.

Thibaut Parat Publié le 15/03/2022 à 08:00, mis à jour le 15/03/2022 à 11:52
Entre août 2021 et janvier 2022, sur 309 patients bénéficiant du suivi médical renforcé à domicile, seuls 13 d’entre eux ont été hospitalisés au CHPG. Sur 70 autres patients ne bénéficiant pas de ce dispositif, 11 ont été hospitalisés. Photo Jean-François Ottonello

Alors que la pandémie de Covid-19 connaît une période de calme sanitaire – l’équilibre reste néanmoins fragile avec l’apparition de nouveaux variants – l’heure est déjà à la rétrospective après deux années, aussi éreintantes, humainement, qu’enrichissantes, scientifiquement, pour le personnel médical et paramédical. À Monaco, une récente conférence a mis en lumière la fructueuse coordination, "l’alliance idéale" même, entre médecines de ville et hospitalière, au travers du dispositif du suivi médical renforcé à domicile.

"Il s’est étoffé au fil des mois. Aujourd’hui, il fonctionne sous la forme d’une astreinte quotidienne 7 jours sur 7, avec des médecins de ville et de l’hôpital. Les interventions se font sur la base d’une feuille de route transmise par le Centre de suivi à domicile sur la base de renseignements téléphoniques", résume Richard Manas, coordinateur au Centre de suivi à domicile.

Éviter la saturation du CHPG et libérer des lits

Outre le fait de soulager une médecine de ville débordée, l’objectif initial affiché demeurait la prise en charge précoce des patients très symptomatiques. "Il a permis de réduire les risques d’aggravation", se satisfait Gildas Rousseau, chef de service adjoint du service réanimation au CHPG et coordinateur du dispositif.

 

Et de fait, éviter également la saturation d’un hôpital lui aussi en tension. "Une saturation a pour impact un retard et une dégradation de la prise en charge du patient, la fatigue du personnel et des burn-out qui ont été assez fréquents", poursuit-il.

Autre façon de libérer des lits au CHPG: réduire la durée d’hospitalisation de patients stables, mais toujours dépendants en oxygène. "Ils pouvaient rentrer prématurément à domicile et avaient tous les jours la visite d’un médecin pour continuer à les suivre. a a permis de prévenir, à domicile, les complications cardiorespiratoires et thromboemboliques", expose le Dr Claire Dittlot, praticien hospitalier au CHPG. Avec la possibilité pour les médecins généralistes d’accéder aux dossiers patients hospitaliers.

Entre août 2021 et janvier 2022, sur 309 patients bénéficiant du suivi médical renforcé à domicile, seuls 13 d’entre eux ont été hospitalisés au CHPG. Sur 70 autres patients ne bénéficiant pas de ce dispositif, 11 ont été hospitalisés. Photo Jean-François Ottonello.

Une étude pour chiffrer l’impact de cette alliance

Une étude rétrospective observationnelle a été menée, d’août 2021 à janvier 2022 (Une période jugée pertinente car c’est à ce moment-là que le suivi médical renforcé à domicile s’est intensifié et structuré avec le passage d’un médecin 7 jours sur 7., ndlr), pour mesurer l’impact, et les bénéfices, de ce suivi médical renforcé à domicile.

Sur 309 patients (Des patients ayant, en moyenne, 69 ans et au moins une comorbidité., ndlr) bénéficiant de ce dispositif, seulement 13 ont été admis au CHPG, soit un taux d’hospitalisation de 4,21%. "Deux sont décédés, dont un en réanimation. L’âge moyen était de 83 ans", détaille le Dr Claire Dittlot.

En revanche, selon les bases de données du CHPG, sur 70 autres patients n’ayant pas bénéficié de ce dispositif à domicile, 11 ont été hospitalisés en réanimation avec un âge moyen de 65,5 ans. Plus jeune donc. "Sur ces 70 patients, 13 sont décédés avec une moyenne d’âge de 86 ans.".

L’étude met aussi en lumière le taux d’hospitalisation appliqué à la population résidente positive à la Covid-19. "Lors de ces cinq mois d’étude, sur 2.278 patients résidents positifs, il y a eu 54 hospitalisations. Ce qui représente un taux très faible de 2,4%. Tandis que dans d’autres pays, le taux moyen d’hospitalisations à cette période, où seul le variant Delta circulait, était plutôt de 5 à 7%", compare-t-elle.

 

Confrontée aux cas les plus critiques, dans le service de réanimation qu’elle dirige, le Pr Isabelle Rouquette-Vincenti salue cette régulation des patients en amont.

"Si on avait eu un taux d’hospitalisation de 5%, on n’aurait jamais pu tenir. On aurait été saturé", estime-t-elle.

"Expérience bénéfique"

Ce dispositif a aussi permis un soutien psychologique non négligeable pour les patients isolés et une aide logistique, notamment pour les courses alimentaires, et la pharmacie, assurée par la Croix-Rouge de Monaco. "Ce fut un outil majeur dans cette crise sanitaire", résume Mathieu Liberatore, président de la Commission médicale d’établissement.

"Cette expérience a été bénéfique et elle le sera pour le futur", conclut, dans une note d’espoir, le Dr Pierre Burghgraeve, médecin généraliste.

Paroles de médecins en première ligne

Dr Thomas Althaus, médecin-inspecteur à la Dasa

"Quand je suis arrivé à Monaco, j’ai été surpris de ce système extraordinaire de suivi à domicile – avec des médecins, des infirmiers, des binômes de la Croix-Rouge monégasque – que je n’avais vu nulle part ailleurs. C’est extraordinaire d’avoir pu prouver l’effet, l’impact sur l’hôpital. a valorise l’effort des équipes sur le terrain."

Pr Isabelle Rouquette-Vincenti, cheffe du service réanimation au CHPG

"On a connu des moments très durs. En plus du Covid, on avait aussi des occlusions, des accidents vasculaires cérébraux. Mais grâce à ce dispositif, on a eu moins de patients graves et on a pu travailler dans la sérénité. On n’a pas refusé de patients qui méritaient la réanimation. On n’a pas eu ce dilemme."

Dr Christophe Perrin, chef du service pneumologie au CHPG

"Quand on fait zoom arrière, qu’on voit ce qu’il s’est passé pendant deux ans, on a appris énormément de choses. Au départ, on est parti dans une panique totale. Tout s’est rapidement structuré, grâce à la bonne coordination de tous. A Monaco, on a la chance que ça se fasse rapidement (...) Cette coordination ville-hôpital a permis de considérablement protéger l’hôpital. La vaccination nous a aussi beaucoup aidés. C’est la solution pour nous protéger d’un avenir qui, on l’espère, ne sera pas aussi sévère."

Gildas Rousseau, chef adjoint du service réa au CHPG et coordinateur

"Il est nécessaire de faire des communications plus larges pour expliquer des choses simples et basiques: quand on a une maladie infectieuse, qu’on fait de la fièvre, il faut beaucoup s’hydrater – jusqu’à deux à trois litres par jour –, bien manger et bouger. Avec la Direction de l’action sanitaire, le CHPG et la Croix-Rouge monégasque, on a sorti une petite fiche avec des règles de bases: sur le décubitus ventral [action d’allonger une personne sur le ventre, N.D.L.R.] qui permet une meilleure oxygénation, ou comment mesurer ses constantes."

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